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Bien vivre son allaitement

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Bien vivre son allaitement

À l’occasion de la semaine mondiale de l’allaitement maternel du 1er au 7 août prochain (laquelle est soulignée en octobre, en Amérique du Nord), nous nous penchons sur la question, laquelle fait partie d’une réflexion globale sur le développement durable de nos communautés. En ce sens, la semaine sur l’allaitement maternel veut nous pousser à valoriser et à réfléchir sur combien il contribue : au bien-être de chaque individu dès le début de sa vie, au respect mutuel entre nous et au souci de notre monde, lequel nous partageons et pour lequel nous sommes tous redevables.

Les bienfaits inestimables de l’allaitement

Présentement, l’UNICEF, l’Organisation mondiale de la santé, la Société canadienne de pédiatrie, Santé Canada, Les diététistes du Canada et l’Agence de la santé publique du Canada recommandent l’allaitement exclusif pendant six mois pour que bébé en tire tous les bienfaits aujourd’hui et à long terme. Vers l’âge de six mois, ils recommandent aussi l’introduction d’aliments complémentaires et la poursuite de l’allaitement pendant deux années ou plus. Et pour cause, puisque comme nous le rappellent Naître et grandir :

« Les recherches scientifiques découvrent encore aujourd’hui l’importance de l’allaitement maternel. Le lait maternel est complexe et inimitable. Le geste d’allaiter dépasse la nutrition. C’est une façon d’entrer en communication avec l’enfant. »

Toujours selon le site, les bienfaits sont inestimables pour la mère et l’enfant :

  • Le lait maternel est un aliment vivant et frais qui passe de la mère à l’enfant, sans intermédiaire.
  • Il est parfaitement adapté aux besoins de l’enfant : il stimule son développement physique et intellectuel, et il contribue à la maturation de son système digestif et de son système immunitaire. On sait aussi que chaque mère produit un lait adapté aux besoins de son enfant.
  • Il est très facile à digérer grâce à toutes les enzymes actives non allergènes qu’il contient, et grâce à ses protéines parfaitement absorbées par l’enfant.
  • Il fournit la quantité de minéraux et de vitamines nécessaires au bébé sans nuire à ses reins. Il fournit également tous les types de gras dont l’enfant a besoin : acides gras oméga-3 et autres acides gras essentiels, qui contribuent au développement du cerveau du petit et de sa vision.
  • L’allaitement réduit chez la mère, le risque d’hémorragie après l’accouchement, il contribue à sa perte de poids plus rapide, il diminue les probabilités que celle-ci souffre d’anémie (en retardant le retour de ses menstruations) et il réduit le besoin d’insuline des femmes diabétiques. À long terme, il diminue aussi le risque de souffrir d’ostéoporose, d’un cancer du sein, de l’ovaire ou de l’utérus. Enfin, il agit sur le plan hormonal et abaisse le niveau de stress de la maman.
  • Il protège l’enfant : les bébés nourris de lait maternel souffrent moins d’anémie, de gastroentérites, de diarrhées, de maladies des voies respiratoires, de rhumes, d’otites et de méningites que les bébés qui ne le sont pas. Même lorsqu’ils sont atteints de l’une ou l’autre de ces maladies, ils ont moins souvent besoin d’être hospitalisés. Enfin, ils sont plus protégés contre plusieurs maladies chroniques, comme l’obésité, la maladie de Crohn, la colite ulcéreuse, le diabète et la leucémie.
  • C’est un don de la nature que la plupart des femmes possèdent, quelle que soit leur condition sociale : le lait maternel est économique, écologique et pratique. Et c’est, sans contredit, l’aliment le plus écologique qui soit, puisqu’il ne laisse aucun déchet.
  • Il est disponible sans délai, en tout temps, et il est toujours à la température idéale pour l’enfant. Il n’y a rien à acheter, à préparer, à tiédir, ni à laver. Du même coup, le lait maternel facilite les sorties en famille : il est toujours prêt, qu’on soit en avion, au restaurant, en voiture ou en plein air !

Un portrait de l’allaitement, chez nous

Voici ce que rapporte Statistiques Canada sur l’allaitement maternel chez nous :

  • La majorité des mères, 89 %, allaitaient leur bébé en 2011-2012, ce qui représente une légère hausse par rapport à 2003 (85 %).
  • Le nombre de mères ayant allaité exclusivement pendant six mois (ou plus) a augmenté, passant de 17 % en 2003 à 26 % en 2011-2012.
  • En 2011-2012, les mères qui ont allaité exclusivement pendant six mois (ou plus) avaient tendance à être minimalement dans la trentaine et à posséder un titre d’études postsecondaires.
  • En 2011-2012, les raisons les plus fréquemment citées pour justifier l’interruption de l’allaitement avant six mois étaient « pas assez de lait maternel » et « difficulté à appliquer les techniques d’allaitement », même si l’insuffisance de lait maternel est un problème médical rare.

Les données rapportées par le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario et son Rapport initial sur la santé publique et la durée de l’allaitement maternel abondent dans le même sens. On y rapporte notamment que d’après les 36 bureaux de santé publique de l’Ontario, le taux le plus élevé de mères ayant allaité leur enfant (né au cours des cinq dernières années au moment de l’enquête) pendant au moins six mois était estimé à 65 % et le plus faible, à 25 %.

L’allaitement : une clé du développement durable de notre planète

Au-delà des bienfaits physiques évidents, l’allaitement maternel contribue largement à cette « nouvelle » vision de notre monde, celle qui vise la pérennité de la planète, pour tous. En raison des problèmes liés aux changements climatiques, des disparités grandissantes entre les pays industrialisés et les pays en voie de développement ainsi que l’accès bien inégal aux biens communs comme l’eau notamment, nous nous devons de voir autrement le développement global du monde. C’est pourquoi l’an dernier, des chefs de file mondiaux réunis à l’occasion du Sommet des Nations Unies sur le développement durable, ont adopté dix-sept (17) objectifs de développement durable à atteindre d’ici 2030. Leur définition de développement durable réunit tous les efforts qui tiennent compte de trois facteurs importants : l’écologie, l’économie et l’équité. Et l’allaitement maternel appuie tous ces objectifs : en luttant contre la pauvreté, en combattant les inégalités sociales et l’injustice, en réduisant la dépendance sur des mélanges commerciaux coûteux et en contribuant à l’assainissement de l’environnement en éliminant tous les déchets liés aux préparations commerciales (bouteilles, boîtes, eau utilisée pour laver les contenants, etc.).

Cette démarche est largement soutenue par le World Alliance for Breastfeeding Action (WABA), un mouvement né il y a 25 ans, d’idées échangées dans le sous-sol de l’édifice de l’UNICEF à New York. WABA est désormais un regroupement mondial avec plus de 300 endosseurs organisationnels et travaille partout dans le monde dans le but de protéger, de promouvoir et de soutenir l’allaitement en vue de contribuer à un changement positif au niveau des politiques et de la pratique autour de l’allaitement. WABA nous demande tous :

  • Que pouvons-nous faire pour promouvoir, protéger et soutenir l’allaitement ?
  • Avec qui pourrions-nous travailler et comment ?
  • À quoi ressemble l’allaitement dans votre communauté ?
  • Combien d’hôpitaux sont certifiés Amis des bébés ? (lire plus bas)
  • Quel soutien les femmes reçoivent-elles pour l’allaitement une fois qu’elles retournent au travail dans notre communauté ?

Aller au-delà des statistiques…

Ce sont là des questions très percutantes qui demeurent parfois difficiles à aborder puisqu’elles vont au-delà des statistiques en étant intimement liées à un contexte socioculturel et une socialisation. Et des mentalités, ça ne se change pas du jour au lendemain… Les discours sur l’allaitement ont beaucoup évolué au cours des années, comme l’indique ce témoignage de Mélissa Savaria, infirmière spécialiste en lactation IBCLC (International Board Certified Lactation Consultant) au CHU Sainte-Justine à l’unité néonatale :

« Le mot d’ordre des professionnels de la santé c’est de promouvoir, protéger et soutenir l’allaitement maternel. On doit donner toute l’information aux nouveaux parents sur les bienfaits du lait maternel. On ne doit pas les juger [les mères, les parents], mais s’assurer que la décision est éclairée. On sait aujourd’hui que le lait maternel est la meilleure chose pour le bébé, mais on connaît moins les risques de la préparation commerciale. Il y a quelques années, on évoquait les avantages de l’allaitement, ensuite on a mis l’accent sur les bienfaits et maintenant, ce sont des risques du non-allaitement et des préparations commerciales dont on parle. En ayant ce discours-là, beaucoup de parents culpabilisent, mais ce sont des données probantes et des faits véridiques. »

L’auteur du populaire livre sur l’allaitement Bien vivre l’allaitement, Annie Desrochers va encore plus loin en critiquant l’environnement qui accueille souvent « mal » la maternité – et encore plus l’allaitement maternel, phénomène qu’elle considère signifie l’infantilisation des femmes et la dépossession de leur autonomie :

« C’est l’application sur le terrain qui est à revoir. Il faut aller au-delà des statistiques. Le bébé naît, on le met au sein de la mère, et hop ! On coche la case pour les statistiques. Le personnel de la santé est content, mission accomplie ! Au suivant ! Or c’est après qu’il faudrait intervenir. Il n’y a pas de service après-vente. Les femmes se retrouvent face à elles-mêmes, sans aucune aide. On manque cruellement d’empathie et d’écoute envers les mères. Certains professionnels de la santé se permettent de dire quoi faire au nom du bien suprême de l’enfant. Allaitement ou pas, c’est vraiment ça qu’il faut changer au lieu d’être dans l’atteinte d’objectifs et être dans la performance. […] On n’explique pas beaucoup ce que c’est que les premières semaines avec un nouveau-né. C’est vrai que c’est très difficile, on ne dort plus, on a mal dans le corps, le ventre qui pend, on pleure pour rien, on ne se retrouve plus. On est isolée aussi. C’est un choc immense. On ne peut pas le comprendre sans l’avoir vécu… »

Lorsque l’on constate que « Selon l’Enquête sur les expériences de la maternité au Canada, la majorité des femmes au Canada ont accouché dans un hôpital ou une clinique et ont reçu de l’aide d’un fournisseur de soins de santé lorsqu’elles ont commencé à allaiter », on comprend rapidement combien l’appui institutionnel devient critique au soutien et au maintien de l’allaitement maternel à long terme.

Comment mieux soutenir la maternité et son allaitement alors ?

Citons d’abord le travail d’organismes comme La Ligue La Leche et ses spécialistes en lactation ainsi que les spécialistes en lactation de l’International Board Certified Lactation Consultant (IBCLC), des initiatives comme les hôpitaux amis des bébés (IHAB), un programme international de l’OMS et de l’UNICEF qui accorde aux établissements de santé une accréditation particulière en raison de leur appui strict à l’allaitement (selon une liste de critères établis). Notons aussi le travail et les nombreuses ressources liées à l’allaitement d’organismes comme Nexus Santé et son programme Meilleur départ, notamment son excellent livret Mon guide sur l’allaitement.

Cependant, au dire d’Annie Desrochers, auteur et mère militante de l’allaitement maternel, il faut tout simplement donner de l’espace aux femmes, qu’on arrête de les juger pour tous les choix qu’elles ont à faire : « C’est tout ce que les femmes demandent, peu importe leurs choix. Qu’on leur fiche la paix. » 

Nous avons constaté à quel point les valeurs sur l’allaitement ont changé en une cinquantaine d’années et combien celles-ci sont étroitement liées aux valeurs culturelles. Valoriser l’allaitement maternel c’est un travail colossal qui, selon tous les avantages qu’il procure à maman et bébé, se doit d’être réalisé. Et désormais, nous y sommes tous engagés puisqu’il est au cœur d’une nouvelle façon de voir notre monde, soit avec un peu plus de douceur et de considération — tant pour les autres que pour soi-même.

 

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