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L'ANALPHABÉTISME ET LES SOINS DE SANTÉ : QU’EN EST-IL EN L’AN 2003 ?

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Quel lien peut-on faire entre l'alphabétisme et les soins de santé ?  Bien plus que ce que l’on pense.  En effet, au Canada, près de la moitié des Canadiens ont de la difficulté à lire l’information écrite qu’ils rencontrent dans leurs activités quotidiennes. Environ 22 % des adultes canadiens se classent au niveau le plus faible des capacités de lecture et un autre 26 % des adultes se classent au niveau 2; c’est-à-dire qu’ils savent lire mais ils ne comprennent que les textes simples, dont la présentation est claire et le contexte familier.

L’alphabétisme ne se limite pas à la capacité de décoder des mots; c’est beaucoup plus que savoir lire, écrire et calculer.  Comme on le souligne dans le deuxième rapport de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes (EIAA), Littérature et société du savoir, « l’alphabétisme va au-delà; c’est comprendre et être capable d’utiliser l’information requise pour bien fonctionner ... » : c.eci inclut l’habileté à comprendre les instructions des médicaments prescrits, les rendez-vous, le matériel médical éducatif, les formulaires de consentement et les instructions écrites par des professionnels de la santé.

Le niveau d’alphabétisation des personnes va donc influencer sa compréhension et son interprétation de l’information fournie par les professionnels de la santé. En 1999, les ministères de la Santé du fédéral, des provinces et des territoires ont publié un rapport de politique publique intitulé « Pour un avenir en santé : Deuxième rapport sur la santé de la population canadienne ».  Ce rapport recensait les tendances suivantes concernant l’alphabétisation :
• Les niveaux d’alphabétisation sont plus élevés dans l’ouest et plus faibles dans l’est.
• Les personnes âgées de 64 ans et plus ont des niveaux d’alphabétisation plus faibles.
• Les chômeurs ont trois fois plus de probabilité d’être faiblement alphabétisés.
• Les personnes peu alphabétisées se sentent aliénées, ont une moins bonne santé et ont moins accès aux services et à l’information sur la santé.

L’alphabétisme est associé à la compréhension donc les personnes ayant de faibles capacités de lecture connaissent souvent mal le domaine de la santé et les concepts et la terminologie liés à la santé.  Elles ont un accès limité à l’information sur la santé, autant écrite que verbale, qui proviennent des organismes et des professionnels de la santé.  Par conséquent, il n’est pas rare que ces personnes ne comprennent pas les renseignements qui leur sont donnés et qu'elles commettent des erreurs qui peuvent nuirent à leur santé.  De plus, il arrive souvent que ces mêmes personnes cachent leur incapacité à lire, écrire ou comprendre.  Dans bien des cas, elles ont honte d’avouer leurs difficultés, manquent de confiance en elles-mêmes et hésitent à demander de l'aide professionnelle. Par conséquent, elles ne comprennent pas toujours les conseils de leur médecin, elles évitent tout contact avec les services de santé parce que ceux-ci les intimident ou les mettent mal à l’aise avec les formulaires compliqués à l’arrivée au bureau de médecins ou autres.  Elles négligent ainsi leur santé jusqu'à ce qu'elles soient en état de crise, faisant ainsi un mauvais usage des services d'urgence. Le résultat : des coûts plus élevés pour la personne et le système de santé dûs aux visites répétées au médecin, des analyses plus fréquentes, plus d’admissions à l’hôpital et un prolongement de séjours dans les institutions de soins de santé. Ce qui coûte plus de 9 milliards de dollars à l’économie canadienne.

« Les gens ne disent pas au médecin qu'ils n'ont pas compris ce qu'il leur a dit ou ce qui est écrit. Les analphabètes ont honte de leur situation et, dans une société de plus en plus axée sur la communication, ils s'excluent de la vie sociale. »

C'est aussi parmi les personnes âgées que l'on retrouve le plus haut taux d'analphabétisation. Elles font partie d’un des groupes les plus vulnérables de notre société, surtout par rapport à l’alphabétisation en santé :

  • 40 % des personnes âgées n’ont pas fini l’école primaire et environ 80 % sont plutôt faiblement alphabétisées.
  • Un grand nombre de personnes âgées ont passé des années à développer des techniques pour faire face à leur faible alphabétisation. En conséquence, il arrive souvent qu’elles surestiment leur niveau d’alphabétisation. En même temps, les personnes âgées peu alphabétisées s’intéressent beaucoup à leur santé; elles veulent être suffisamment bien informées pour prendre leurs propres décisions.
  • Chez les personnes âgées, pour qui 25 % à 40 % des ordonnances sont prescrites, on constate qu’elles ne sont pas toujours capables de suivre leurs traitements.  Elles peuvent avoir des difficultés à prendre leurs médicaments parce qu’elles n’arrivent pas à lire l’étiquette du médicament ou à respecter la posologie indiquée. L’emballage des médicaments génériques peut être un véritable cauchemar pour les personnes faiblement alphabétisées.

ALPHABÉTISATION EN SANTÉ

Le lien entre le niveau d’alphabétisation et la santé est complexe.  Le niveau d’alphabétisation des clients  aura un impact sur ses connaissances reliées à la santé, son état de santé et aussi sur l’accès à des soins et services en santé.  Des recherches démontrent que dans le système de santé, les personnes faiblement alphabétisées rencontrent plus de difficultés que les autres; ces difficultés sont à la fois visibles et invisibles.

Le National Health Education Standards (http://www.aahperd.org/aahe/pdf_files/standards.pdf) définit l’alphabétisation en santé comme étant  « la capacité d’un invidu d’obtenir, d’interpréter et de comprendre des informations de base reliées à la santé et aux services qui y sont offerts dans ce domaine et, ensuite, d’utiliser cette information pour faire des choix éclairés concernant leur santé » (traduction libre).  

La façon dont on informe les personnes faiblement alphabétisées est donc très importante si l’on veut que notre message soit bien compris et interprété.  Informer un client, c’est de le mettre au courant, de lui donner des renseignements précis, d'avertir et d'instruire car l''information permet d’éclairer le choix du patient, de le placer face aux chances et aux risques à accepter ou à refuser, après que le médecin a, pour sa part, satisfait à la règle de la raison proportionnée.  Mais pour les personnes faiblement alphabétisées cela peut devenir tout un défi.

L’alphabétisation en santé présume que le client a...
• des connaissances sur la santé
• la capacité de trouver de l’information sur la santé
• la capacité d’interpréter l’information sur la santé
• des connaissances et capacités de trouver les soins de santé adéquats
• la capacité de comprendre et de donner son consentement
• la capacité de comprendre le ou les « risques »

Cependant il n’est pas toujours facile pour les professionnels de la santé de repérer une personne faiblement alphabétisée. Un grand nombre d’adultes ont honte de leur manque d’alphabétisation et elles ont développé au cours des années des techniques qui permettent de camouffler leur handicap.  Elles trouvent mille moyens de cacher leur problème.  Par contre, grâce à une éducation spécifique, les personnes faiblement alphabétisées peuvent acquérir des connaissances et des techniques nécessaires à une meilleure gestion de leur santé.  Il sera alors possible pour ces personnes de substituer leur état de dépendance à une attitude responsable et elles deviendront de véritable partenaire de l'équipe qui la soigne.

Dans le rapport de la Première conférence canadienne sur l’alphabétisation et la santé (Ottawa, 2000), deux niveaux d'intervention ont été proposés :

1- Évaluer le niveau de lecture des patients

  • Poser des questions générales. Par exemple : « Dites-moi comment vous allez expliquer ce que vous avez appris à votre famille. »
  • Demander-leur de se souvenir d’une fois où ils ont appris quelque chose de nouveau. Est-ce qu’ils ont observé quelqu’un d’autre le faire? Est-ce qu’ils ont appris à le faire en lisant quelque chose? Est-ce qu’ils l’ont vu faire sur vidéo? Demandez-leur comment ils aimeraient l’apprendre aujourd’hui.
  • Adapter vos documents écrits, ce qui peut dire avoir deux versions d’un document écrit. La première peut être une version de base écrite dans un style correspondant à un niveau de 4 e à 6 e année. L’autre version peut avoir  davantage d’informations. Proposez les deux versions au patient.

  • Utiliser des pictogrammes pour les aider à mieux comprendre - Un pictogramme est un dessin très simplifié qui représente une idée ou une action. Les pictogrammes peuvent être très efficaces. Toutefois, pour des raisons bien évidentes, cette méthode ne marche pas bien pour les personnes atteintes de troubles de la vue. Les pictogrammes doivent aussi refléter le milieu culturel dans lequel on les utilise. Ainsi, une image qui donne de bons résultats dans le sud de l’Ontario peut ne pas marcher dans le Nord.

  • Communiquer de façon claire verbalement - Communiquer clairement verbalement, c’est parler d’une façon facile à comprendre. La communication verbale comprend les données, les conseils et les « simples conversations ». Elle comprend également les signaux non verbaux et les expressions comme le fait de hocher la tête.  Pour les médecins, cela signifie qu’ils doivent penser à s’exprimer d’une certaine façon pour que ce soit facile à retenir, vérifier que leurs patients ont bien compris et proposer des plans de traitement que leurs clients puissent suivre. C’est aussi écouter leurs patients et leur donner la chance d’exprimer leurs sentiments.

Conseils pour communiquer de façon claire verbalement

  •  Organisez votre information.
  •  Servez-vous de mots courants et pas du jargon technique.
  •  Donnez à vos clients la chance d’exprimer ce qu’ils ressentent et de vous raconter l’histoire de leur maladie.
  •  Regardez-les directement dans les yeux.
  •  Servez-vous aussi de l’information écrite par sécurité.
  •  Planifiez avec vos clients ce qu’ils peuvent faire.
  •  Dites à vos clients ce que vous pensez.  
  •  Expliquez les procédures et demandez-leur leur permission pendant les examens.
  •  Accordez la priorité à votre client, pas à vos notes, ni aux radiographies, ni à l’écran de l’ordinateur.
  •  Vérifiez que vos clients ont compris ce que vous avez dit.

2. Créer un environnement convivial pour les personnes faiblement alphabétisées

  • Adapter l’environnement pour le rendre plus chaleureux et plus soucieux des gens - Les professionnels de la santé doivent devenir plus sensibles aux besoins des patients faiblement alphabétisés. Parallèlement, les établissements peuvent eux-mêmes adopter des stratégies toutes simples comme « peindre des pas » pour diriger les patients vers l’aire de réception.

  • Adapter l’environnement pour le rendre plus chaleureux et plus soucieux des gens.  Pour un grand nombre de personnes – et tout particulièrement pour les personnes âgées – une visite à l’hôpital ou chez le médecin peut être un véritable cauchemar. Les personnes faiblement alphabétisées ont souvent des difficultés à remplir des formulaires compliqués. Elles ont aussi du mal à s’exprimer avec des médecins ou des infirmières qui se montrent impatients ou insensibles. En conséquence, il arrive souvent que ces personnes ne comprennent pas les instructions verbales ou écrites qu’on leur donne au sujet de leur santé.  Il faut donc s'assurer qu'il existe un mécanisme en place afin de les aider à mieux comprendre les instructions qu'elles ont reçues par exemple.

  • Utiliser une langue claire et simple avec tous les patients, tant oralement que par écrit. Un autre moyen est d’identifier les patients faiblement alphabétisés et de leur fournir une information tout spécialement adaptée à leurs besoins.

UNE INFORMATION CLAIRE ET EXACTE SUR LA SANTÉ SUR L'INTERNET :

Oui, il y a l'information écrite et verbale mais il ne faut pas oublier celle que l'on publie sur l'Internet.  La croissance d’Internet permet à des gens de tous horizons d’avoir accès à l’information dans leur bureau ou chez eux, ainsi que dans d’autres lieux comme les bibliothèques publiques.  À la fin de l’an 2000, 60 % des Canadiens se servaient d’Internet pour trouver de l’information sur la santé.

Les personnes faiblement alphabétisées ont tendance à préférer le téléphone plutôt que l’Internet. Pourquoi? Premièrement, parce qu’elles n’ont peut-être pas suffisamment d’argent pour s’acheter un ordinateur et payer les frais d’un fournisseur de services. Deuxièmement, parce qu’elles ne possèdent peut-être pas les compétences nécessaires pour trouver l’information sur l'Internet ou pour la comprendre.

L’Internet est très prometteuse pour fournir de l’information sur la santé.  Toutefois, elle peut également répandre de fausses informations. La « langue » de l’Internet crée également un nouveau niveau d’alphabétisation que les gens doivent acquérir.

Les organismes doivent créer des sites Web qui soient faciles à utiliser. Ils doivent fournir une information dans un style clair et simple et aussi se servir des principes propres à l’utilisation d’une langue claire   Un bon exemple est le site du Réseau canadien de la santé (http://www.canadian-health-network.ca/).  


CONCLUSION

Dans un pays comme le nôtre où on rencontre près de la moitié de la population qui éprouvent ce genre de problème, les professionnels et fournisseurs de soins de santé et de services sociaux ont un rôle important à jouer car il arrive que les personnes faiblement alphabétisées ne comprennent pas l’information qu’on leur donnent à lire.  Plusieurs éprouvent également de la difficulté à comprendre ce que ces derniers leur  disent. Les obstacles à l’accès aux soins de santé et services sociaux sont donc nombreux et accablants.  Il est donc essentiel les professionnels et fournisseurs de soins de santé et de services sociaux comprennent l’impact de l’analphabétisation sur la santé de leurs clients faiblement alphabétisés.  Ils doivent donc s’assurer que la personne auquelle ils offrent des soins de santé ou des services sociaux a bien compris le message et d’utiliser des explications plus simples ou différentes pour faire en sorte que leur message soit bien reçu et compris.


L'alphabétisme n'est pas une simple question de connaissance ou d'ignorance, mais plutôt d'acquisition de divers niveaux de compétences.

 
POUR EN SAVOIR PLUS

ABC CANADA Fondation pour l'alphabétisation - http://www.abc-canada.org/

Répertoire linformation sur la santé en language clair - http://www.pls.cpha.ca/francais/directrf.htm

Effets du niveau d’alphabétisme sur la santé des Canadiens et des Canadiennes
Étude de profil - http://www.nald.ca/FTEXT/effets/howdoesf.pdf

The Adult Literacy and Lifeskills Survey - http://www.ets.org/all/

Clear Language and Design (CLAD) - http://www.eastendliteracy.on.ca/ClearLanguageAndDesign/

LE LANGAGE CLAIR - http://daniel.waldschmidt.free.fr/e3.htm

Des mots au paragraphe – http://www.chez.com/divirion/web_pao/pao_21.htm

Faits saillants du deuxième rapport de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation                    des adultes : Littératie et Société du Savoir - http://www.nald.ca/nlsf/ialsf/ialsrepf/ialsfrp2/high1f.htm

Literacy & Health Prescription for Progress - Summer Institute 2003
du 26 au 28 juin 2003 - Montréal, Québec
Pour plus de renseignements : http://www.nald.ca/PROVINCE/QUE/litcent/whatsnew/SI2003/1.htm

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