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Un exemple d’intervention de pairs au Québec : l’intervention par les pairs investit la promotion de la santé

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Un exemple d’intervention de pairs au Québec : l’intervention par les pairs investit la promotion de la santé

Article par :
Bellot Céline
Professeure agrégée, responsable de la maîtrise
Jacinthe Rivard
Chargée de cours, coordonnatrice de recherche, École de service social, Université de Montréal, Québec
Paru dans La revue bimestrielle de l’Inpes, La Santé de l’homme, no. 421 (http://www.inpes.sante.fr/SLH/pdf/sante-homme-421.pdf )

Au Québec, l’intervention par les pairs est florissante. Elle est largement développée auprès des populations stigmatisées : prévention de la transmission  du VIH, actions auprès de populations précarisées, etc. Si ces interventions ont incontestablement permis de renforcer la participation des publics concernés, les résultats de ces programmes demeurent inégaux. Deux principaux risques d’échec apparaissent : la non-reconnaissance de l’action du pair et la difficulté de le recruter.

L’intervention par les pairs s’est largement développée au Québec au cours des dernières décennies. Les savoirs expérientiels des pairs permettent de toucher la communauté et de soutenir la prévention et la promotion de la santé. Toutefois, les principaux risques d’échec sont la non-reconnaissance de l’action du pair et de son rôle social, ainsi que la difficulté de recruter des pairs. Ces interventions ont néanmoins clairement contribué à bousculer les modèles habituels d’intervention, en renforçant particulièrement la participation des publics concernés.

Au Québec, l’intervention par les pairs comme stratégie et outil d’intervention s’est répandue sous de multiples formes, dans divers champs d’intervention et auprès de publics différents (1, 2). Ce développement s’appuie sur un postulat originel selon lequel les pairs pourraient jouer un rôle spécifique, d’une part en prévention des difficultés que rencontrent les jeunes ou d’autres populations vulnérables, et d’autre part dans une dynamique de promotion de changement de comportements, de valeurs ou d’attitudes (3). En effet, les champs d’application de l’intervention par les pairs sont vastes et vont de l’éducation à la santé jusqu’à l’insertion sociale. Mais une idée commune les relie : octroyer un nouveau rôle au pair : celui de médiateur, de « passeur ». Ainsi, dans le champ de l’éducation, le pair n’est plus simplement un étudiant ; dans celui de la santé, un malade ou un patient ; dans celui de l’insertion, une personne exclue ou marginalisée. Ce travail à la construction et à la réalisation d’un rôle différent constitue le cœur de l’approche de l’intervention par les pairs.

La reconnaissance du pair dans la communauté

L’idée de « pair » n’est pas nouvelle, puisque tout le monde est entouré de pairs, dans la mesure où le pair désigne le semblable. Ce caractère du semblable s’exprime à travers des fonctions, des  statuts, des rôles, des positions et des valeurs qui sont similaires.
Ainsi, la notion de pair s’en châsse directement dans la question de l’identité, du lien et donc de l’appartenance. Mais, la ressemblance dans la fonction, le statut, le rôle ou la position ne suffit pas à fixer la notion de pair. Encore faut-il associer à cette ressemblance une relation suffisamment forte pour que « l’autre » soit reconnu comme un pair. Dès lors, la notion de pair est une notion dynamique où l’interaction entre « le soi » et « l’autre » va définir cette ressemblance par la relation entretenue. Par conséquent au Québec, la notion de pair s’inscrit nécessairement dans l’idée d’une  communauté, que celle-ci soit attachée à un comportement partagé, une difficulté, un trouble ou un mode de vie.

L’approche par les pairs s’appuie sur cette dynamique de relation. Le nouveau rôle endossé par le pair au sein de sa communauté et dans le cadre d’une intervention permet de structurer l’approche et de soutenir sa pertinence, son efficacité du point de vue de l’action préventive ou de la promotion de la santé (4). Cette dynamique prend maintenant la forme d’un soutien public réel aux interventions qualifiées de « par et pour », dans une logique de reconnaissance de la participation des personnes aux prises avec des difficultés (2).

Les champs d’intervention du pair

L’intervention par les pairs s’intègre dans trois grands paradigmes d’intervention : l’influence sociale, la ressource sociale ou le relais social.

Influence sociale

Le paradigme de l’influence sociale constitue certainement le champ d’action le plus évident lorsqu’il est question d’intervention par les airs auprès des jeunes. La littérature abonde pour présenter, décrire et évaluer ces modèles d’intervention d’inspiration éducative, où le rôle du pair est défini autour des mécanismes d’influence qu’il peut utiliser auprès de ses proches, dans une logique de prévention ou de promotion de changements de comportements, d’attitudes et de valeurs. Ce paradigme s’appuie sur les perspectives de l’apprentissage social : il soutient que le pair, par la proximité de sa relation avec son semblable, peut jouer un rôle de modèle ou être perçu comme tel par celui visé par l’intervention. Ainsi, au Québec, de nombreux programmes de prévention/promotion auprès des jeunes (sur le tabagisme, la drogue, la sexualité, le harcèlement/racket) soutiennent des interventions dans lesquelles les pairs peuvent prendre un rôle actif. L’enjeu de ce paradigme demeure celui de leur recrutement : suffisamment proches des modes de comportements préconisés, mais toujours à proximité des jeunes visés, afin d’être perçus comme des pairs. Les intervenants adultes conservent un rôle déterminant pour la définition du cadre, des objectifs et des moyens d’action en prévention/promotion des changements de comportements.

Ressource sociale

Le paradigme de la ressource sociale s’ancre plus globalement dans un modèle de santé où la question des réseaux sociaux et du soutien social devient une condition nécessaire – mais non suffisante – pour améliorer le mieux-être des individus. Le rôle du pair se définit autour des relations d’entraide, d’échanges qu’il entretient pour assurer son bien-être et celui des autres. Son intervention s’appuie alors sur les alliances et la circularité des expériences. Les pairs sont ainsi institués comme un groupe, lequel en se créant et en se maintenant devient une ressource pour l’ensemble de ses membres. Empruntée aux modèles d’intervention développés par les groupes d’entraide anonymes (AA, NA, etc.), soutenue par l’idée du « groupe-communauté », cette approche par les pairs s’est diversifiée, passant d’une dynamique de groupe thérapeutique à une mobilisation politique en vue d’actions collectives. Au Québec, ce paradigme est largement développé auprès des populations stigmatisées (personnes souffrant de problèmes de santé mentale, usagers de
drogues, transsexuels, etc.). In fine, l’enjeu demeure la circularité de l’intervention, qui, si elle constitue un répit pour les personnes stigmatisées, ne parvient souvent pas à modifier de manière importante le regard social sur ces personnes, confinant de fait les individus dans un réseau social étroit dont il est difficile de sortir.

Relais social

Le paradigme du relais social a émergé plus récemment. Il prend forme davantage dans un modèle social qui tente de trouver de nouvelles façons de rebâtir le lien social et les solidarités dans notre société moderne éclatée et fragmentée. Ce paradigme se distingue des deux premiers en s’attardant davantage sur les exigences de la cohabitation et du mieux vivre ensemble, plutôt que sur une dynamique de rapprochement des jeunes avec le reste de la société. Le pair est alors celui qui, en appartenant à des mondes sociaux opposés, différents, construit des passages symboliques ou réels entre ces mondes. Dans ce paradigme, les pairs sont placés au cœur de dispositifs où ils vont devoir agir tant dans le monde de la marginalité dont ils sont proches, que dans le monde de la conventionalité des services de santé et sociaux auxquels ils sont rattachés. Véritables traducteurs des deux mondes, leur action préventive et de promotion vise à rapprocher les deux univers en agissant comme des médiateurs ou des « passeurs ». Ces  interventions exigent un dispositif complexe de relations partenariales, de reconnaissance mutuelle et d’adaptation perpétuelle (2). La formation et le suivi constants de tels types de projets, posés en équilibre entre deux mondes, constituent les défis les plus importants des interventions développées dans ce paradigme.

Des résultats inégaux

Au Québec, l’intervention par les pairs est florissante (voir quelques exemples dans l’encadré ci-dessus). La construction de modèles d’action fondés sur la proximité et sur le savoir expérientiel des personnes pour soutenir la prévention et la promotion se décline de diverses manières, mais ne conduit pas toujours aux résultats escomptés, tant pour le pair que pour la personne aidée. En effet, l’instrumentalisation de ce type d’intervention – par les adultes qui l’ont conçue, le milieu institutionnel qui le chapeaute ou encore le bailleur de fonds qui le finance – la non-reconnaissance de l’action et du rôle social du pair, les difficultés à soutenir le travail de véritables pairs vivant, eux aussi, des difficultés, la pertinence et l’adéquation de la formation des pairs, sont au nombre des déceptions recensées. Pour autant, ces interventions ont contribué à leur manière à refaçonner les modèles conventionnels de l’intervention, en renforçant la participation des publics concernés par une intervention, du type préventif, clinique ou politique.

Source : http://www.inpes.sante.fr/SLH/pdf/sante-homme-421.pdf

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