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BARRIÈRES LINGUISTIQUES DANS L’ACCÈS AUX SOINS DE SANTÉ

Section: 

Si les humains considèrent le langage comme leur premier outil de communication, tout comme les symboles et les images, celui-ci leur permet cependant une précision dépassant n'importe quel autre outil.  La communication s’est bien plus que des mots; elle inclut tout un processus mental nécessaire dans la physiologie d'un cerveau pour communiquer avec des mots ou autres abstractions de ce genre.

Les barrières linguistiques ne sont pas seulement dues à l'incapacité d'une des parties de mémoriser le vocabulaire de l'autre. Il y a des concepts véhiculés par certaines cultures qui ne peuvent être communiqués à d’autres, car il n'y a simplement pas d'équivalent dans les autres langues. Ceci est une des raisons des problèmes de communication, et quand la pensée occidentale demande qu’on lui trouve le mot équivalent et qu’on lui en fournit le plus proche candidat, il en ressort une phrase dont le sens peut être très différent de l'intention première.

Comme vous pouvez le constater, la communication joue un rôle essentiel dans la prestation de soins de santé de qualité. Pour se faire, il faut que les intervenants professionnels puissent être capable de communiquer avec le patient dans sa langue.  Le professionnel doit d'abord comprendre ce que le patient dit et même plus, c'est d'abord de l’écouter mais aussi de s'assurer d'être véritablement compris donc pour aider une personne, il faut pas juste passer par sa langue mais aussi tenir compte de sa culture.  

L'efficacité des soins offerts est souvent étroitement liée au climat de confiance qui s'établit entre le patient et les intervenants professionnels. Il suffit de penser aux services de première ligne, aux services de santé mentale, aux services à domicile, aux services à la petite enfance et aux personnes vieillissantes, et aux soins de longue durée qui sont offerts.  Les personnes qui utilisent ces services sont doublement vulnérables, premièrement à cause de leur état soit physique ou mental et aussi à cause de la langue car en Ontario la majorité de ces services sont disponibles en anglais.  

L’interprétation n’est pas la seule solution de rechange

Les services d’interprétation sont essentiels pour l’accès aux soins de santé pour des personnes qui ne maîtrisent pas l’anglais.  Plusieurs recherches ont démontré qu’une meilleure communication est obtenue lorsque les intervenants et les patients parlent la même langue. Malheureusement, on a souvent recours aux membres de la famille, à des bénévoles communautaires ou à des interprètes non-professionnels pour offrir ce service.  Nous retrouvons plusieurs de ce genre d'interprètes qui travaillent dans des services qui sont financés pour aider les nouveaux arrivants qui offrent des services d’interprétation alors qu’ils n’ont pas nécessairement de l’expérience dans le domaine de la santé.  De plus, dans bien des cas, les services d’interprétation sont considérés comme un service “supplémentaire” et non un service de base pour les francophones.  

On reconnaît que cette solution n’est pas idéale car elle peut occasionner des erreurs de communication sérieuses et dangeureuses.  Oui, il y a aussi des interprètes professionnels mais là encore il y a aussi des risques dus à l’interpréation comme telle et à la compréhension.  Dans les deux cas, on ne tient pas toujours compte des différences sociales et culturelles du patient.  Idéalement, les soins devraient être offerts par un intervenant professionnel qui parle la langue du patient et qui comprend sa culture.

En 1992, Downing (1992), professeur et chercheur linguistique à l’University du Minnesota, a fait une étude qui avaient pour but d’analyser la communication entre un patient et d’interprète l’un des membres de sa famille qui lui servait.   Dans cette étude, il a relevé plusieurs formes d’incommuncations telles que ...
- l’interprète n’a pas compris la question de l’infirmière et n’a pas demandé des éclaircissements
- l’interprète a interrompu la dynamique de l’entrevue en demandant de reformuler ce qu’on venait de  lui dire ;
- l’interprète a répondu lui-même à une question sans même tenter de la traduire
- l’interprète a donné ses propres impressions ou opinions sur le patient sans qu’on lui demande ;
- l’interprète a omis d’interpréter une réponse donnée par le patient.

Ce ne sont que quelques exemples de mis-interprétation qui peuvent survenir lorsqu’une personne sert d’interprète entre un professionnel et un patient.

  • Les barrières linguistiques représentent également un défi à l’apprentissage pour les étudiants en santé et services sociaux.

  • Les barrières linguistiques à l’exactitude du diagnostique et au consentement éclairé peuvent également placés l’intervenant professionnel devant un plus grand risque de poursuite (Schneiderman, 1995).

  • Il a été démontré que les barrières linguistiques ont des effets négatifs sur l’accès aux soins de santé, la qualité des soins et les droits des patients, la satisfactions des patients et surtout sur les résultats des tratements des patients.

  • Accès aux soins - Les barrières linguistiques ne se limitent pas seulement aux soins offerts par un médecin ou bien dans un hôpital.  Une plus grande attention doit être accordée également aux barrières au niveau de l’accès aux programmes de prévention, particulièrement aux programmes de promotion de la santé, qui servent à diffuser de l’information sur la santé et à prévenir des problèmes de santé futurs.  

  • Qualité des soins - Actuellement il existe peu d’études centrées sur les barrières linguistiques comme le principal facteur qui influence sur les soins.  Cependant, il y a toute fois plus d’études qui indiquent que la langue peut contribuer de façon importante à ce que les groupes minirotaires francophones vivent une expérience positive lorsqu’ils ont recours aux services de santé.

  • Les barrières linguistiques ont également des répercussions sur les intervenants : elles entaînent  un stress supplémentaire, de même qu’un niveau d’insatisfaction moins élevé pour les intervenants professionnels.  peuvent donc éprouver un plus haut niveau de stress en essayant de respecter les normes d’éthique lors de la prestation de soins de santé et services sociaux, y compris les codes de déontologie de leurs professions respectives.   Les barrières linguistiques ont une incidence sur plusieurs domaines clés de l’étique :

- le processus décisionnel;
- la confidentialité;
- la vulnérabilité des patients;
- l’égalité entre les patients et la représentation culturelle
(Emmanuel, 1996)

Les lacunes

Dans l’une des études faite par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, on mentionne que «... les soins de santé offerts aux francophones varient considérablement d'une région à l'autre, souvent sans égard à la densité de la population de langue française ».  De plus, on souligne que la moitié des francophones de l'extérieur du Québec n'ont que rarement accès à des services de santé en français et cette proportion varie grandement d'une province à l'autre, selon les données du rapport. Par exemple, près de 25 % des francophones du Nouveau-Brunswick et du Manitoba n'ont aucun accès à des services en français à leur centre de santé communautaire, alors que cette proportion est de 59 % en Ontario, 80 % en Nouvelle-Écosse et 93 % en Alberta.

Cependant, la réalité est que, malgré tous les efforts de francisation faits jusqu’à maintenant auprès des organismes et des intervenants professionnels, il n’en demeure pas moins que plusieurs individus vivant dans un environnement francophone en milieu minoritaire sont très souvent incapables de consulter des intervenants professionnels de la santé et des services sociaux et/ou de recevoir des services adéquats en français.

Des études confirment également que l’incapacité des organismes et des intervenants professionnels à communiquer adéquatement dans la langue de l’usager a comme conséquences :

  • D’augmenter le temps de consultation, d’augmenter la possibilités d’erreur au moment du diagnostique et de l’intervention ou du traitement;
  • D’influencer la qualité des services où une bonne communication est essentielle;
  • De diminuer la fiabilité aux traitements;
  • De provoquer une surutilisation des salles d’urgence; et
  • De réduire le niveau de satisfaction au niveau des soins et services reçus par l’usager.

(Source : Mémoire présenté à la Commission sur l’avenir des soins de santé au Canada par la Fédération canadienne des communautés francophones et acadiennes, novembre 2001, p.8)

À l’opposé, la capacité des organismes et des intervenants professionnels à communiquer adéquatement dans la langue de l’usager a comme conséquences :

  • D'assurer une information de grande qualité sur les questions de santé est accessible à quiconque en a besoin, sous une forme facile à comprendre;
  • D’aider les participants à comprendre leur état de santé et à d’en assumer le contrôle, grâce à l'acquisition de compétences et à une sensibilisation critique;
  • De mettre les questions liées à la santé au programme des décideurs et de les encourager à élaborer des politiques de promotion de la santé;  et
  • D’aider les usagers à s'organiser de façon à prendre des mesures sociales directes [propices à leur santé] en fonction de leurs propres priorités.

(Source : French, 1990)

Les Codes d’éthique qui règlementent la conduite des professionnels de la  santé insistent  sur l’obligation d’offrir des soins de qualité, ce qui inclut, entre autres, une information de grande qualité sur les questions de santé à quiconque en a besoin,  un diagnostique approprié et des traitements efficaces.  De là vient l’importance de développer les capacités francophones au sein des organismes afin d’assurer l’accès, la qualité des soins et services offerts et ce dans la langue du client.  .La coordination et l’intégration du bilinguisme dans les organismes et chez les intervenants professionnels auront un impact sur la santé, le bien-être ainsi que sur l’accès aux soins et services de santé et, utilement sur la qualité de vie du francophone.

Il y a donc place au développement d'un processus de renforcissement des capacités francophones  au niveau de plusieurs organismes et des intervenants professionnels. La mise en place d'un tel processus va permettre d'offrir un continuum de services en santé de qualité en français partant des services de première ligne, depuis la promotion de la santé en passant par la prévention, le dépistage, l’information sur la santé, les interventions, les diagnostiques, les traitements et ce, jusqu’aux soins de longue durée.  Pour ce faire, il faut donc que les professionnels francophones aient accès à des outils de travail et de la formation en français afin qu'ils puissent travailler efficacement et offrir des soins et services de qualité à leur clientèle francophone.

L’accès à des soins et des services sociaux de qualité est une question de droit pour les communautés francophones de l’Ontario !  Cependant, il existe plusieurs failles au niveau de la sensibilisation et de l'information les droits à des services dans l'une des langues officielles du Canada et sur le processus de revendication ?  Les revendications ayant trait aux droits à l’accès linguistique dans les soins de santé au Canada sont principalement basées sur des interprétations de la Charte canadienne des droits et libertés, la Loi canadienne sur les droits de la personne, les lois en matière des droits de la personne des provinces et des territoires, la Loi canadienne sur la santé, les lois provinciales sur la santé, particulièrement la Loi 8 en Ontario.  Des dispositions juridiques et spécifiques garantissant aux clients le droit de prendre part aux processus décisionnels reliées à la santé et notamment le droit d’être informé des options de traitements et de prendre de son propre chef une décision éclairée à ce sujet (Etchells & all. 199?). En Ontario, la Loi 8, peut servir de point de départ à une poursuite mettant en cause l’accès linguistique aux soins de santé.

Il y aurait avantage, en tant qu'intervenants et aussi en tant qu'organismes, de promouvoir des activités de sensibilisation et de formation sur les effets des barrières linguistiques auprès de nos collègues anglophones.  

Conclusion

Des services de santé sont de meilleure qualité, plus efficaces et efficients, s'ils sont rendus dans la langue du patient. Il s'agit d'une relation d'aide où les professionnels interrogent, informent, instruisent, conseillent, orientent les usagers.  Les barrières linguistiques ont un impact négatif sur l’efficacité et la satisfaction des intervenants professionnels.  

Pour obtenir cet idéal, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir mais nous pouvons voir petit pas sont faits et ce à différents niveaux.  
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POUR EN SAVOIR PLUS

Équité et capacité de répondre aux besoins - http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/soinsdesante/f_equity/

La Division des stratégies en matière de ressources humaines en santé, anciennement la Division des systèmes de santé, recueille depuis 1999 de l'information sur l'équité du système de santé et sa capacité de répondre aux besoins des populations minoritaires et marginalisées. Ce travail s'inscrit dans le cadre de l'initiative Innovations en matière de santé dans les collectivités et en milieu rural, dont la durée est de trois ans, et qui a pour but de résoudre certaines questions de qualité et d'accès dans le domaine de la santé et des soins de santé. Le travail actuel comprend l'appui à la rédaction des documents d'information, l'inventaire des ressources et des possibilités d'apprentissage, l'établissement de réseaux et le partage de l'information sur l'équité dans les soins de santé.  

Barrières linguistiques dans l'accès aux soins de santé -

[http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/soinsdesante/f_equity/pdf/barriers_f.pdf

Ce document donne un aperçu des recherches actuelles décrivant l'effet des barrières linguistiques sur l'accès aux soins de santé, la qualité de cet accès et le rôle que peuvent jouer les programmes d'accès qui tiennent compte de la langue des clients dans l'élimination de ces barrières. Voici quelques-uns des sujets traités dans le rapport : contexte de la prestation de services au Canada, aperçu des questions relatives à l'organisation de la recherche, modèles d'interprétation et effets des barrières linguistiques.

Pour obtenir des exemplaires, s'adresser à:

Publications
Santé Canada
PL 0900C2
Ottawa (Ontario)
K1A 0K9
Tél: (613) 954?5995
Télécopieur: (613) 941-5366

Équité et sensibilité - http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/soinsdesante/f_equity/pdf/flyer.pdf

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