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Repenser son travail en tant qu’intervenant

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En lisant un article qui aborde le problème de la fatigue chez l'intervenant en santé mentale écrit par Bruno Fortin - psychologue, ceci m’a amené à partager avec vous, chers collègues. un petit moment de réflexion sur notre travail en tant qu’intervenant.

Comment expliquer aux autres que notre travail en tant qu’intervenant est un travail qui semble à prime abord assez simple et ne demandant pas trop d’énergie que celui-ci peut être également “essoufflant”.  Selon certains, les intervenants ne font pas grand chose !  Ça demeure assis toute la journée, dans une chaise confortable, et ça ne fait qu'écouter les gens, discuter et se promener ici et là. Quoi de plus simple?

Alors comment expliquer que notre travail puisse être épuisant et qu’il peut être également une source de détresse émotionnelle? Cela s'explique par plusieurs facteurs :

  • Devoir prendre des décisions importantes au sujet de situations complexes, sous pression, dans un climat de crise, alors qu'il manque des informations importantes, et que l'enjeu peut être une question de vie ou de mort.
  • Devoir recommencer encore et encore des interventions auprès de gens parfois passifs, peu motivés, qui ne suivent pas les conseils qu'ils réclament eux-mêmes ainsi qu'auprès de personnes qui régressent parfois à leur niveau de fonctionnement antérieur.
  • Obtenir des résultats difficiles à évaluer et peu spectaculaires qui nous amènent ou qui amènent notre entourage à douter de la valeur de notre travail.
  • Fournir une attention soutenue, une bonne présence d'esprit, et faire preuve de souplesse face aux imprévus quotidiens et aux changements fréquents.
  • Vivre souvent de l'impuissance sans perdre l'espoir.
  • Recevoir des commentaires dévalorisants de gens qui croient à tort savoir ce qu'il faut faire et pouvoir le faire sans formation.
  • Recevoir les critiques de personnes d'orientations théoriques différentes.
  • Travailler selon des modalités différentes de celles que l'on a apprises, loin de nos attentes et de notre idéal.
  • Travailler au sein de structures cloisonnées, rigides, où règne une certaine confusion dans la définition des rôles, ainsi que sur le plan des priorités.
  • Côtoyer quotidiennement des gens dont les valeurs sont en conflit avec les nôtres.

Plusieurs intervenants vont reconnaître dans cette liste plusieurs facteurs qui ont un impact sur leur santé mentale et qui peuvent conduire à la limite jusqu’à un état de détresse.  À tous ces facteurs, n’oublions pas d’ajouter l'isolement professionnel et le manque d'encadrement que vivent plusieurs d’entre nous.

Le choix de devenir intervenant peut-il être un choix basé sur des attentes réalistes? Pouvons-nous avouer être à la recherche de saines gratifications telles que le plaisir de découvrir le sens de ce qui était confus, le contact intime avec une riche variété de styles de vie, le plaisir d’apporter quelque chose à sa communauté  en partageant ses connaissances et en promouvant des valeurs qui nous tiennent à coeur.  (Grosch et Olsen,1994) ? Bien que le travail d’intervenant soit valorisant, l’intervenant se voit confronter à la culpabilité de ne pas réussir, à ne plus trouver le temps pour relaxer ou de ne pas suivre les conseils qu’ils offrent eux-mêmes dans leur profession.

Quelles stratégies d'adaptation adopter? Comment prendre soin de soi lorsqu'aider fait mal? Bruno Fortin, psychologue, suggère quelques conseils  tels que mieux gérer son temps, planifier plus de loisirs, se reposer et relaxer, de prendre du temps "de qualité" auprès de nos proches, faire plus d'exercice, développer des intérêts et des loisirs hors du travail, trouver un équilibre entre le travail et vie personnel.  Selon lui, l'intervenant pour y arriver devra donc parfois porter son regard sur la nature de la tâche, sur ses conditions de travail, sur son style de vie, sur la satisfaction globale de ses besoins ainsi que sur l'état de son réseau de support.   Il pourra également remettre en question ses critères d'estime de soi et ses attentes quant à son rôle.  Il devra peut être résoudre les situations inachevées avec son histoire et sa famille personnelle, au sujet du travail, au sujet de la performance, au sujet du rôle de sauveur. Il devra être en contact émotionnel avec les autres tout en demeurant autonome dans son fonctionnement émotionnel. L'intervenant aura également avantage à évaluer sa capacité à être non réactif, c'est-à-dire à ne pas être poussé à réagir d'une façon prévisible, à sortir des triangles difficiles, et établir de vraies relations un à un.

Comment doit être un intervenant? Un étude, faite par des étudiants il y a quelques années, a permis de définir ce qu’est un bon intervenant et ils ont suggéré la liste suivante de caractéristiques.

 

  • Autonome personnellement et professionnellement
  • Calme intérieurement
  • Capable d'accepter le client comme personne
  • Capable d'accueillir les gens
  • Capable d'adaptation
  • Capable d'apprendre
  • Débrouillard
  • Capable d'écouter
  • Capable d'établir un bon contact avec les gens
  • Capable de communiquer avec les membres d'une équipe multidisciplinaire
  • Capable de faire face aux crises
  • Capable de gérer son stress
  • Capable de gérer son temps
  • Capacité de respecter les contraintes administratives
  • Capable de s'affirmer
  • Capable de se débrouiller avec la technologie moderne (ordinateurs, télécopieurs, etc.)
  • Capable de se déplacer
  • Capable de se remettre en question
  • Congruent
  • Créateur
  • Discret
  • Disponible
  • Dynamique
  • Empathique
  • En bonne santé physique et mentale
  • Esprit d'équipe
  • Esprit ouvert
  • Expérience personnelle et professionnelle pertinente
  • Formé par une scolarité institutionnelles ou par une formation professionnelle pertinente
  • Honnête
  • Intuitif
  • Le sens de l'organisation
  • Maîtrise de soi
  • Motivé à se former et à s'améliorer
  • Polyglotte
  • Réaliste
  • Un bon sens de l'humour
  • Un sens éthique
  • Une bonne connaissance de soi et de ses limites
  • Une bonne correspondance entre les ressources personnelles et les exigences de l'emploi
  • Une stabilité financière, personnelle et relationnelle

Je n'ai pas rencontré beaucoup d'intervenants qui correspondent complètement à ce portrait. .Le rôle d’intervenant continuera donc d'être rempli par des êtres humains imparfaits qui visent l'accessible plutôt que l'idéal, tout en tenant compte des attentes de leur client, du mandat que leur confie leur employeur, et du contexte dans lequel se déroule leur intervention.

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