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LES INTERVENANTS FRANCOPHONES ET LA LUTTE AU TABAGISME EN ONTARIO

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Par :     Donald Déry, M. Sc. santé communautaire, Centre de formation et de consultation (C.F.C.)

Cet article s’adresse aux intervenants qui offrent des services de réduction du tabagisme à la population d’expression française de l’Ontario.  Il a pour but d’esquisser un portrait du tabagisme chez les francophones ontariens, de présenter les principaux obstacles qui limitent la capacité des professionnels à intervenir efficacement auprès de cette clientèle et enfin, de faire connaître les services qui seront mis en place par le C.F.C. afin de répondre aux besoins exprimés.

QUI EST LE C.F.C.?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite présentation de notre organisme s’impose.  Le C.F.C. est un centre de ressources de la Stratégie antitabac de l’Ontario.  Il est financé par la Direction de la Promotion de la santé du Ministère de la santé et des soins de longue durée du gouvernement ontarien.  Le C.F.C. offre des services de formation et de consultation ainsi que la production et la distribution de matériel de support antitabagique aux organismes de lutte au tabagisme de l’Ontario.

LE TABAGISME CHEZ LES FRANCO-ONTARIENS

La communauté francophone de l’Ontario est-elle plus ou moins affectée par le tabagisme que les autres communautés linguistiques? Une étude effectuée par Santé Canada et Price Waterhouse (1996) permet d’éclairer la question .

Prévalence de fumeurs quotidiens francophones
et non-francophones, Ontario, 1996
 

La prévalence du tabagisme est systématiquement plus élevée chez les franco-ontariens dans toutes les catégories d’âge lorsque comparée aux non-francophones.  Parmi les francophones âgés de 12 à 19 ans, 19 % fume quotidiennement contre 12 % chez les non francophones de ce groupe d’âge.

Proportion de fumeurs selon les groupes linguistiques, Ontario, 1996   

D’autre part, parmi les franco-ontariens âgés de 12 ans et plus, 30 % fume la cigarette alors que cette proportion est de 27 % chez les anglophones et 19 % chez les allophones.  Parmi les fumeurs francophones, 26 % fume à tous les jours comparativement à 22 % chez les anglophones et 14 % chez les allophones.

Proportion des fumeurs francophones selon la région, Ontario, 1996
 
La répartition géographique des fumeurs francophones présente également des particularités importantes.  Nous remarquons que 31 % des francophones du Nord fume à chaque jour contre 25 % chez ceux de l’Est et 24 % chez ceux du Sud de la province.

Ces statistiques démontrent que les franco-ontariens constituent le groupe linguistique le plus affecté par le tabagisme en Ontario et que les facteurs déterminants le tabagisme dans cette communauté sont influencés par leur localisation géographique.  

SONDAGE

Dans le but d’ajuster ses services aux besoins des francophones, le C.F.C. a décidé de réaliser un sondage auprès des intervenants qui offrent des services antitabagiques à cette clientèle.  Ce sondage a permi d’identifier les difficultés rencontrées par les intervenants francophones et de recueillir leurs recommandations sur le rôle que pourrait jouer le C.F.C. en réponse aux besoins identifiés.  La collecte de données s’est déroulée par téléphone du 30 juillet au 5 septembre 2001 auprès de vingt-cinq (25) informateurs clés provenant de seize municipalités ontariennes.

Selon cette étude, les difficultés les plus importantes auxquelles les intervenants font face dans la prestation des services aux francophones concernent le manque de ressources, le faible taux d’alphabétisation des francophones, les difficultés à rejoindre les francophones et à modifier les normes sociales dans les petites communautés rurales du Nord de l’Ontario ainsi que les difficultés reliées à l’organisation interne des services.  Voici comment les répondants décrivent ces difficultés :

- Manque de ressources
Le manque de ressources est principalement relié au manque de personnel bilingue ou francophone pour offrir les services (18/25)  Les autres difficultés concernent le manque de financement (6/25) pour la traduction en particulier, le manque d’outils francophones (7/25), de temps et de ressources “pour tout faire” (3/25), le manque d’animateurs de groupes francophones (2/25) et de bénévoles bilingues formés. Le haut degré de roulement du personnel vient également complexifier ce manque de ressources.

- Faible taux d’alphabétisation et difficultés de traduction
Selon les répondants, il y a un manque de documentation francophone concise et facile à lire (6/25)  De plus, le haut niveau de langage utilisé dans les documents traduits rend ceux-ci presque inutilisables pour certains clients.  Le matériel devrait être disponible dans d’autres formats que l’écrit.  

- Difficultés à rejoindre les francophones
Le petit nombre de francophones dans certaines communautés, la faible demande d’informations en français et le manque de connaissances des moyens efficaces pour rejoindre les francophones sont les principales difficultés rencontrées par les intervenants.  Soulignons cependant que les données statistiques concernant la nature, le nombre et la provenance des demandes de services en français ne sont pas recueillies systématiquement par tous les organismes de santé, ce qui rend difficile la description détaillée de cette difficulté.

- Communautés rurales en général et celles du Nord de l’Ontario en particulier
Les problèmes économiques des plus petites municipalités viennent se confronter aux objectifs de réduction du tabagisme dans ces communautés.  Dans ces communautés, fumer est une norme culturelle largement acceptée.  Ce contexte particulier montre que les objectifs et les stratégies de réduction du tabagisme doivent être adaptées à la réalité de ces communautés.

- Organisation des services
Un répondant mentionne que certains départements de santé ont comme politique d’offrir les services seulement lorsqu’un nombre minimal de participants y est inscrit.  Ces politiques désavantagent les francophones car le quota devrait être plus faible pour ces derniers.  Selon un autre répondant peu d’organismes informent spécifiquement les francophones de la disponibilité des services en français.  Il y a très peu de publicité auprès des francophones.  Au niveau des ressources humaines, des programmes de perfectionnement en français des professionnels sur le tabagisme sont nécessaires.  Les intervenants ont besoin de support pour apprendre le français.  Actuellement, le ministère paie pour les niveaux intermédiaires mais ne paie pas pour les débutants.

- Les jeunes
La majorité des répondants (17/25) fait ressortir le manque de programmes axés sur la réduction de la fumée secondaire à la maison, dans l’auto et dans les autres lieux fréquentés par les enfants.  Le manque de programmes de prévention en milieu scolaire (8/25) et le manque de programmes de cessation adaptés aux adolescents constituent des difficultés importantes d’intervention auprès des jeunes.

SUGGESTIONS CONCERNANT LE RÔLE DU C.F.C. :

Selon certains répondants, le C.F.C. devrait tenir des ateliers de formation simultanément en anglais et en français dans le but de promouvoir le réseautage entre les professionnels anglophones et francophones d’une même communauté.  La liste des consultants du C.F.C. a besoin d’être mise à jour et d’y intégrer un plus grand nombre de consultants francophones ou bilingues afin d’offrir des services adaptés aux intervenants francophones.  Il y a un besoin de support pour la planification d’interventions ciblant les jeunes (développement et distribution de matériel)  

Les communautés rurales et celles du Nord de l’Ontario devraient avoir accès à un plus grand nombre d’ateliers en français dans leur région (ailleurs que dans les grands centres, par exemple : Cornwall, Hearst, North Bay)  On souligne l’importance de reconnaître que les communautés du Nord sont différentes en termes de culture, de niveau d’alphabétisation, etc.  Ce constat devrait déboucher sur la création d’un réseau francophone pour les intervenants du Nord et d’ajouter sur la liste du C.F.C. des consultants et des conseillers communautaires francophones provenant du Nord ontarien.  Enfin, il y a lieu de développer du matériel adapté aux francophones faiblement scolarisés.

SUGGESTIONS DE SUJETS DE FORMATION ET DE SÉMINAIRES

Le C.F.C. devrait former les professionnels francophones sur les même sujets que ceux offerts aux professionnels de langue anglaise (7/25)  Ceci veut dire d’offrir des formations en français aux employés des Unités sanitaires comme les infirmières, les médecins, les travailleurs communautaires, ceux de santé mentale, etc.; d’offrir également ces formations aux professionnels en pratique privée tels les médecins en clinique privée, les dentistes et les pharmaciens.  Les répondants font remarquer que ces professionnels sont très respectés par la communauté francophone et ils pourraient jouer un rôle dans la dénormalisation de l’usage du tabac dans cette communauté.  

Il y aurait également lieu de former les employés qui font des visites à domicile et ceux qui offrent des services téléphoniques de cessation de fumer.  Ces formations devraient cibler les informations de base à transmettre à la population ainsi que les aspects spécifiques de l’intervention et du counselling antitabagique minimal.  Il y a aussi un besoin de former des animateurs francophones dans le but de les habiliter à offrir des programmes intensifs de cessation tabagique.  Ceci inclue la formation de pairs capables d’animer des groupes de cessation sur les campus universitaires et les collèges.  Cette suggestion est particulièrement importante dans les municipalités qui ont nouvellement adopté un règlement sur l’interdiction de fumer. On souligne l’importance de répéter régulièrement les ateliers de formation car il y a beaucoup de rotation du personnel donc plusieurs nouveaux professionnels non formés sur les stratégies et les méthodes de lutte au tabagisme.

ORIENTATIONS DU C.F.C.

La problématique du tabagisme chez les francophones ontariens, les besoins exprimés et les recommandations des intervenants lors de ce sondage amènent le C.F.C. à ajuster ses services en conséquence.  

Le C.F.C. a décidé d’intégrer à sa structure organisationnelle une ressource francophone permanente à son bureau d’Ottawa.  Ceci signifie qu’en tout temps, les intervenants francophones de l’Ontario auront accès à une ressource spécialisée dans le domaine de la lutte antitabagique. Grâce à cette permanence, le C.F.C. sera en mesure :

  • d’augmenter graduellement la disponibilité de ses services de formation et de consultation en français;
  • de mettre à jour sa liste de consultants et d’intervenants communautaires en portant une attention spéciale à l’ajout de ressources francophones;
  • d’ajouter à son site Web une liste d’adresses électroniques des intervenants francophones, ce qui facilitera l’échange d’information entre le C.F.C. et les intervenants ontariens d’expression française;
  • d’offrir des services spécifiques adaptés aux particularités épidémiologiques et socioculturelles des différentes communautés francophones de l’Ontario.

À VOUS LA PAROLE
Vous avez des commentaires ou des suggestions pour améliorer les services francophones du C.F.C. ?  Veuillez communiquer avec monsieur Donald Déry au 613-724-4122 poste 23648 ou via notre ligne sans frais 1-800-363-7822.  Vous pouvez également transmettre un courriel à donald.dery@ville.ottawa.on.ca.  Pour en savoir plus sur le C.F.C., consultez notre site web http://www.ptcc.on.ca .

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