2IÈME RAPPORT KIRBY SUR LA SANTÉ MENTALE : « DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE »

Après la lecture du 2ième rapport Kirby au sujet de la santé mentale: “De l’ombre à la lumière” du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie disponible depuis mai 2006, je ne pouvais le passer sous silence. Je ne semble pas avoir été la seule à avoir été profondément touchée par la sensibilité des témoignages de celui-ci.  Je venais de lire un document émergeant de l’expérience humaine de ceux et celles affecté(es) de près ou de loin par la maladie mentale.  Ce comité, sous le leadership de l’honorable Micheal J.L. Kirby, a réussit un tour de force en offrant des recommendations solides émanant de témoignages recueillis par non seulement des acteurs oeuvrant dans des secteurs variés de notre société mais aussi  par des milliers de gens vivant avec la maladie mentale.  S’il y a un rapport qui peut offrir un changement fondamental non seulement à la problématique de la santé mentale mais à celle de la santé en général dans ce pays,  c’est sans aucun doute le rapport Kirby.  Je vous invite à prendre de votre précieux temps pour vous en inspirer. Voici donc dans cette édition du Bloc-Notes l’avant-propos et l’introduction du rapport sommaire qui vous donnera un aperçu de ce que vous retrouverez parmi ces centaines de pages.

Hélène Roussel
Consultante en promotion de la santé
Centre ontarien d’information en prévention

AVANT  PROPOS
Dans son étude sur les services psychiatriques au Canada intitulée Au service de l’esprit, l’Association canadienne pour la santé mentale faisait le constat suivant :

Aucune autre affection, sauf peut-être la lèpre, n’a causé au patient autant de confusion, d’erreurs d’aiguillage et d’opprobre que la maladie mentale […] Quelle que soit l’époque, les personnes atteintes ont été exclues, bannies de la société. Encore de nos jours, la maladie mentale est trop souvent considérée comme un crime à sanctionner, un pêché à expier, un démon à exorciser, une honte à dissimuler, une tare à déplorer ou un problème d’assistance sociale à régler au moindre coût[1]. [traduction]

Ces propos datent de près d’un demi-siècle. Et pourtant, le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie a recueilli plus de deux mille témoignages, livrés par des personnes atteintes de maladie mentale et des membres de leurs familles, qui confirment que la situation n’a pas changé.

Pour les membres du Comité, il était douloureux d’entendre ces témoignages. Chacun de nous a été profondément troublé en écoutant et en lisant ces récits et, au fil des mois, nous avons ressenti la déchirure jusqu’au fond de notre âme.

Les membres du Comité ont été touchés en raison de leurs propres expériences. Notre groupe, comme tout groupe d’une douzaine de personnes, a vécu l’impact de la maladie mentale sur la famille : une belle-sœur aux prises avec la schizophrénie, un neveu qui s’est enlevé la vie, une fille qui a lutté contre l’anorexie pendant des années, une sœur qui a dû être hospitalisée à maintes reprises pour dépression grave; rares sont les familles qui ne sont pas affectées par la maladie mentale.

C’est en raison de ce vécu personnel que le rapport est devenu pour nous beaucoup plus qu’une simple étude de politiques : elle a pris l’allure d’un véritable apostolat.

Nous savons à quel point il est difficile d’améliorer la situation des personnes atteintes de maladie mentale. Nous savons qu’il sera encore plus difficile de modifier des attitudes profondément enracinées et d’atténuer l’opprobre et la discrimination. Le défi à relever est formidable : conduire chacune de ces personnes sur la voie du rétablissement.

Et, pourtant, nous sommes convaincus qu’il est désormais possible d’effectuer de réels changements. Nous avons parcouru le Canada et rencontré des politiciens, des hauts fonctionnaires, des fournisseurs de services de santé mentale et une multitude de simples citoyens qui veulent s’investir afin de démarginaliser les personnes aux prises avec la maladie mentale.

Nous invitons les lecteurs à travailler à nos côtés à la transformation des services offerts en santé mentale, en maladie mentale et en toxicomanie au Canada, de sorte que les personnes atteintes de maladie mentale puissent enfin passer De l’ombre à la lumière.

 

J'espère que les Canadiens nous accueilleront au sein de la société en nous traitant comme des partenaires à part entière. Nous ne voulons pas être craints ou pris en pitié. N'oubliez pas que nous pourrions être vos mères et vos pères, vos sœurs et vos frères, vos amis, vos collègues de travail et vos enfants. Tendez-nous la main et voyagez avec nous sur la voie du rétablissement

 

Roy Muise — 9 mai 2005 - Halifax[2]


INTRODUCTION

Le présent document constitue un résumé de tous les chapitres (à l’exception des deux premiers) du rapport final du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie, De l’ombre à la lumière – Transformer les services en santé mentale, en maladie mentale et en toxicomanie au Canada[3]. Les chapitres omis racontent l’expérience de personnes qui vivent avec la maladie mentale et de leur famille. Le lecteur est fortement encouragé à les lire pour « mettre un visage sur la maladie mentale et la toxicomanie ».

Le Comité a formulé 118 recommandations qui, avec les faits saillants de chaque chapitre, constituent l’essentiel du présent résumé.

Le chapitre 3 du rapport décrit la vision et les grands principes qui ont guidé le Comité dans la formulation de ses recommandations en vue de transformer l’organisation et la prestation des services et des mesures de soutien en matière de santé mentale et de toxicomanie.  Il ne contient pas de recommandations, mais il a été jugé bon de le résumer ici, car il permet de mieux comprendre la réflexion du Comité.

Deux autres chapitres – le chapitre 5 (Vers un réseau de services transformé) et le chapitre 16 (Initiatives nationales pour la santé mentale) – ont aussi un rôle plus grand que les autres. Ensemble, ces trois chapitres constituent le cadre de base des recommandations du Comité. Les chapitres 5 et 16 contiennent aussi d’importantes recommandations qui touchent l’ensemble du système de traitement de la maladie mentale et de la toxicomanie.

Chaque chapitre aborde un sujet particulier, qu’il s’agisse d’un groupe démographique donné (comme les enfants au chapitre 6 ou les Autochtones au chapitre 14) ou de questions précises (comme la promotion de la santé mentale au chapitre  15 ou les groupes d’entraide au chapitre 10).

Le rapport a été écrit à l’intention d’un vaste auditoire. Tous ceux qui sont concernés, directement et indirectement, par la maladie mentale et la toxicomanie devraient le lire. Le Comité encourage ceux qui n’ont pas le temps de lire la totalité du rapport d’en lire le résumé, mais aussi les chapitres qui portent sur des sujets qui les intéressent.

Le rapport intégral débute avec un extrait du témoignage de Helen Forristall, une jeune femme que le Comité a eu l’occasion de rencontrer à St. John’s, Terre-Neuve.

 

Je n’aime pas admettre que je suis malade. J’ai honte et je suis humiliée, et je dois travailler sur cet aspect-là. Je suis une consommatrice à cause de la maladie mentale, et je suis très offensée par la perception négative.

[…]

Mon médecin m’a dit que j’avais un cerveau malade, comme quelqu’un d’autre peut avoir un cœur malade. Ça, c’est bien au bureau du médecin, mais ça ne marche pas dans la société. Les gens me disent de m’en sortir, et de penser à des choses positives. Ils recommandent des livres, et puis me font sentir coupable. Ils disent des choses comme : « Tu es trop jeune pour faire une dépression. » Ou encore : « Tu n’as aucune raison d’être déprimée... » Je le répète, je n’ai pas choisi cette maladie. Si j’avais le cancer du sein, personne ne me dirait des choses pareilles.

Quand j’ai dit à mon employeur que je souffrais d’une dépression, il a dit que je devais le prouver. J’ai dit que j’avais bien l’intention de le prouver. J’avais une lettre de mon psychiatre indiquant que je faisais une dépression. J’ai demandé s’il voulait voir dans mon sac, voir toutes les pilules que je dois prendre et dont j’ai à subir les effets.

Je dois aussi souffrir l’humiliation d’être regardée de haut et ça m’ennuie beaucoup; il est donc difficile pour moi d’être ici [à une audience publique]. Je me cache derrière mes cheveux quand une photo est prise parce que chaque jour, j’ai encore honte.

Je voulais dire que l’an dernier j’ai quitté mon travail en pleurs. [...] J’ai travaillé au gouvernement fédéral. J’ai quitté mon emploi le 9 juillet. Je n’y suis pas retournée. Je suis en congé sans traitement pour une durée indéterminée. Chaque mois, je dois remplir un questionnaire pour prouver que je suis toujours malade mentale.

J’ai dû implorer mon médecin traitant de me donner un rendez-vous avec un psychiatre. Je l’ai imploré, je l’ai supplié et voici ce qu’il m’a répondu : « Oui, eh bien, il traite 600 malades. Il se fait vieux et tu n’en as pas vraiment besoin. Contente-toi de prendre tes médicaments. »

<>[…]

<>Je suis inscrite à un programme à Merchant House; j’ai dû attendre six mois pour avoir une entrevue et être admise. Je suis heureuse de dire que je participe au programme, mais ma conseillère a recommandé que je fasse une thérapie de groupe; pour cela, je suis inscrite sur deux listes d’attente. Je suis la seizième sur une des listes et elle n’a pas voulu me dire quel était mon rang sur l’autre parce qu’elle est trop longue. Elle m’a dit que le programme était censé durer six mois, mais c’est en fait deux ans à cause de la longueur des listes d’attente.
<>

[...]J’ai perdu des amis et des membres de ma famille parce qu’ils ont peur. Cette peur vient de leur ignorance et chaque jour, je dois faire face à la réalité des pensées suicidaires, des médicaments, de ma thérapie et des consultations psychiatriques. Ce n’est pas facile.

[...] je préférerais de loin avoir le cancer du sein plutôt qu’une maladie mentale. Je préférerais cela parce que je n’aurais pas à subir les préjugés[4].

Pour avoir accès au sommaire du rapport cliquez sur ce lien http://www.parl.gc.ca/common/Committee_SenRecentReps.asp?Language=F&Parl=39&Ses=1