L’ENTRAIDE VOCATIONNELLE POUR LES PERSONNES VIVANT UNE PROBLÉMATIQUE DE CHÔMAGE CHRONIQUE- UNE SOLUTION PRATIQUE POUR RÉACT

L’ENTRAIDE VOCATIONNELLE POUR LES PERSONNES VIVANT UNE PROBLÉMATIQUE DE CHÔMAGE CHRONIQUE- UNE SOLUTION PRATIQUE POUR RÉACTIVER LE DÉSIR VOCATIONEL.

Par Marcel Grimard M.Ed, D.Ed (abt)
Conseillier en orientation
Spécialisé en réadaptation professionnelle des personnes
vivant avec un problème de santé mentale persistant et sévère

Plusieurs d’entre-nous avons vécu une perte d’emploi au cours de notre carrière pour des raisons comme un licenciement collectif suite à la fermeture de l’entreprise, un renvoi ou une démission.  Pour la plus part d’entre-nous, la période de chômage était inférieure à une année.  Par contre pour un nombre important de chercheurs d’emploi, cette période d’inactivité vocationnelle dépassait cette « norme » d’une année.  Certains groupes d’individus sont plus touchés par le chômage que d’autres.

Cependant, il faut comprendre qu’il existe deux types de chômage : cyclique et structurel.  

Comme le nom l’indique, le chômage cyclique est causé par un ralentissement économique, les entreprises ne pouvant plus vendre leurs produits et services se trouvent dans l’obligation de licencier temporairement ou de façon permanente leur main d’œuvre où font faillite. Nous assistons alors à une hausse du taux de chômage national. Règle général, les personnes les plus touchées par ce type de chômage seront les jeunes, les femmes, les personnes handicapées, les nouveaux immigrants et les travailleurs non-spécialistes. Dès que la reprise économique s’active le marché du travail récrée des emplois et une partie de ces personnes pourront réintégrer un emploi. Cependant, certains ne pourront pas se trouver du travail et deviendront des chômeurs chroniques.

Le second type de chômage est de nature structurel c’est-à-dire qu’un secteur de l’économie pour diverses raisons (nouvelles technologies, globalisation, hausse des tarifs douaniers, etc.) connaît des modifications dans sa structure de production. On voit apparaître une hausse du chômage dans ces secteurs : l’industrie du bois d’œuvre est typique d’une restructuration ou celle de l’industrie des pâtes et papiers au début des années 90 en sont un bel exemple.  Toutefois, ces modifications sectorielles tendent à affecter un même groupe de profession créant un surplus massif de main d’œuvre. Lorsque la période de restructuration est terminée un nombre limité de travailleurs peuvent réintégrés ce secteurs laissant en chômage les travailleurs les moins « employable ».  Pour des régions mono industrielles comme le nord de l’Ontario, le résultat est catastrophique : exode des jeunes, vieillissement de la population, augmentation des problèmes sociaux et psychologiques (toxicomanie, violence domestique, etc.) augmentation des faillites personnelles, etc.

Peu importe le type de chômage que les individus sont victimes, ils vivront tous un processus de deuil plus ou moins grands. Certains pourront vivre au début une période d’euphorie et se sentiront en vacance et attendrons quelques mois pour commencer une recherche d’emploi (en particulier si la mise à pied a lieu en été), d’autres par contre vivrons colère ou anxiété qui au début les paralyseront (ou du moins aurons une  recherche d’emploi moins efficace. Dans quelques, nous pourrons observer une très grande culpabilité et de honte d’avoir perdu un emploi surtout si ces personnes ont été congédiées.

Le cycle de chômage ressemble énormément à une montagne russe avec en alternance des périodes de joie intense suivies de périodes de déprime.  Plus la période de chômage s’étend, plus les périodes de joie deviennent de courte durée tandis que les périodes de déprime durent longtemps.  Si le chômeur ne trouve pas un emploi dans la période de ces prestations d’assurance emploi (s’il était admissible) s’enclenche une détérioration de l’état psychologique de celui-ci. Cette détérioration s’apparente à une dépression avec une symptomatologie similaire : tristesse, perte d’énergie, perte/gain d’appétit, perte/gain de poids, insomnie, perte de libido. Dans quelques cas, certaines personnes pourront vivre des pensées suicidaires, commettre des actes suicidaires ou développer une psychose dépressive. Ces personnes si elles ne reçoivent pas un traitement psycho pharmacologique verront leur état psychologique continuer à s’aggraver pour se stabiliser dans cet état dépressif qui deviendra un état dysthymic (autrefois appeler mélancolie). Comme un client me l’a déjà décris : « la vie devient grise, tout est gris, seul les journées de pluie nous donne un réconfort puisque la nature reflète notre humeur, bref s’il pleuvait tous les jours je me sentirais un peu mieux dans ma peau. »

Schéma

Euphorie

Dépression      

    Entrevue   pas offre entrevue  pas d’offre entrevue fin des prestation

Arrivé à ce stade, le chômeur chronique en plus de sa dysthymie maintenant vit des prestations d’aide sociale (Ontario au Travail). Son revenu est limité, son alimentation est déficiente et ses conditions d’habitation sont fortement détériorées. Certains auront perdu un/e conjoint/e.  Plusieurs auront perdu leur réseau social.  Bref, il ne voit plus la lumière au bout du tunnel et pour compenser contre cette réalité plusieurs utiliseront l’alcool, les drogues (légales et illégales).  Et comme mentionné plus haut, certains choisiront le suicide. Bref, le désespoir est à fleur de peau.

Alors pourquoi parler de réactivation vocationnelle dans un contexte de chômage prolongé ?  La raison principale réside dans le rôle que joue le travail rémunéré et non rémunéré dans les sociétés occidentales. En effet, le travail comme nous le savons depuis Maslow  remplis les besoins suivants : biologiques, de sécurité, d’estime de soi, d’appartenance, et d’actualisation. Toutefois pour la personne vivant une situation de chômage prolongé, il est nécessaire de réactiver la pyramide des besoins à sa base : les besoins biologiques.

Or, l’aide sociale comble que très partiellement les besoins biologiques et de sécurité, un programme d’entraide vocationnelle doit débuter dans un contexte social qui permet de remplir l’estomac puis graduellement créer un lieu sécuritaire (créer des normes de groupes qui favorisent des échanges honnêtes et authentiques) puis offrir des activités de prise en charge qui développeront l’estime de soi d’où un sentiment d’appartenance au groupe. Cette reconquête de l’estime et de l’appartenance permet d’accéder au besoin d’actualisation.

Contrairement à bien des croyances, un programme d’activation vocationnelle n’est que la première étape vers  un programme d’insertion professionnelle qui offre un groupe de support à la recherche d’emploi. Le chercheur d’emploi a besoin du support du groupe pour éviter la solitude, retomber dans son désespoir et de perdre sa motivation.  Le groupe d’entraide peut être autonome c’est-à-dire le groupe se prend en charge ou semi dirigé avec un/e animatrice. Le deuxième type de groupe d’entraide permet une dynamique de groupe plus centré sur les tâches vocationnelles en outillant les participants/es  avec des exercices pratiques pour favoriser l’échange, le réseautage et les connaissances.
 
Structure d’un programme d’insertion professionnelle :

Ce programme active le désir vocationel en créant une dissonance cognitive entre la perception du chômeur prolongé et la réalité ESPE pour amener le chômeur prolongé à faire un bilan de compétences puis à identifier un lieu vocationel pour ces compétences par la suite il détermine les méthodes pour se réinsérer dans l’espace ESPE. A la fin du programme, il réintègre le groupe d’entraide pour recevoir le support du groupe mais également de maintenir les objectifs d’insertion.

Un programme structuré d’insertion professionnelle offrant conjointement un groupe d’entraide vocationel connaît un très bon taux de succès avec plus de 80% des chômeurs prolongés qui trouvent un emploi dans les six mois suivants l’entrevue d’accueil au programme peu importe la clientèle : jeunes, femmes, personnes avec un handicap, nouveaux immigrants.