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LIRE ET ÉCRIRE, LA DIFFICULTÉ D’UN ENFANT SUR CINQ!

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par Suzanne Bonneville

De nombreux enfants, parents, enseignants et la société en général se soucient de la réussite scolaire. Malheureusement, certains enfants se voient incapables de réussir aussi bien que leurs pairs. Malgré tous leurs efforts, certains ont toujours de la difficulté à lire, à calligraphier lisiblement ou à orthographier convenablement. Ni l’enfant, ni les parents ne sont responsables de ces difficultés!

Malheureusement, les troubles d’apprentissage sont généralement génétiques et invisibles. Il est normal que certains enfants de familles allophones éprouvent un certain retard académique surtout lorsque ces enfants ne possèdent pas une bonne aptitude envers les langues. L’enfant de familles allophones est trop souvent orienté vers un système scolaire anglophone. Si cet enfant éprouve un trouble d’apprentissage, ce trouble se reflétera dans les deux langues. De plus, tout le temps que l’on prend pour documenter de nouveau ce trouble crée un plus grand retard académique chez l’enfant. Les recherches ont démontré que 80% des troubles d’apprentissage sont causés par une forme de dyslexie développementale.

Mais qu’est-ce que la dyslexie développementale? Quelles sont les causes principales de cette dyslexie? De quels types d’erreurs de lecture et d’écriture s’agit-il? Quels symptômes physiques sont associés à la dyslexie développementale? Comment ceux-ci sont-ils interprétés par leurs pairs, le personnel enseignant et leurs parents ou leurs tuteurs? Quelles suggestions les experts dans le domaine nous font-ils?

D’abord, la dyslexie développementale est définie comme un trouble d’apprentissage qui se reflète dans les domaines de la lecture, de l’écriture et de l’épellation malgré les efforts surhumains fournis par la personne atteinte et en dépit d’une scolarisation régulière, d’une intelligence normale ou même supérieure et d’un milieu socioculturel propice au développement de la lecture.  Les recherches démontrent que cette dyslexie développementale se divise en trois grandes formes. Premièrement, la dysnemkinésie est une dyslexie motrice qui se manifeste d’une part par une difficulté à faire la distinction entre les lettres et d’autre part par une difficulté à mémoriser les mouvements requis pour écrire le lettres et les chiffres. Ensuite, la dyséidésie est une dyslexie visuelle qui se manifeste par une difficulté à reconnaître les mots visuellement ou d’en faire le rappel lors d’activités d’écriture. Finalement, la dysphonésie est une dyslexie phonétique qui se manifeste par une difficulté à faire l’analyse de mots inconnus. Quoiqu’il existe différents niveaux de sévérité de dyslexie développementale, une personne dyslexique est généralement atteinte de ces trois formes de dyslexie.

Contrairement à une dyslexie acquise, la dyslexie développementale est causée par une malformation génétique. Grâce à l’évolution des recherches et des outils de recherches en neurologie et en génétique, plusieurs études démontrent que le cerveau des dyslexiques fonctionne différemment que le cerveau d’une personne dite « normale ».

Contrairement à la paralysie cérébrale ou autre handicap visible, la dyslexie développementale est un handicap invisible. Toutefois, une personne renseignée peut facilement reconnaître les symptômes de la dyslexie chez l’enfant d’âge préscolaire. Il est aussi possible de dépister l’enfant dyslexique dès son entrée à l’école.

Faisons d’abord une mis en garde et disons qu’il est tout à fait normal que pendant son apprentissage de la lecture et de l’écriture, le jeune enfant fasse des erreurs. On ne devrait pas en conclure pour autant qu’il s’agisse de dyslexie. Pour en venir à dire qu’un enfant souffre de dyslexie, il s’agit de remarquer non seulement le genre d’erreurs faites par l’enfant, mais aussi la fréquence de ces erreurs et la persistance de ces erreurs. Il faut aussi considérer l’ensemble des erreurs et des difficultés.

L’enfant dyslexique peut faire de nombreuses erreurs de lecture ou d’orthographe. Par exemple, l’inversion de lettres : b, d, p, q, n, m, u, w ou l’inversion de séquences de lettres : per, pre, bra, bar, pain, pian ou encore l’omission de lettres ou de syllabes. Son débit de lecture peut souvent être très lent. Il peut parfois omettre de changer les mots d’un texte. D’autre part, sa calligraphie peut être pauvre ou très pauvre. Il éprouve souvent de la difficulté à calligraphier les lettres e, i, n, m, u, v, w, a, o, l, t. Finalement, l’enfant qui souffre d’une dyslexie développementale sévère peut même inventer de nouvelles lettres. Cependant, ce qui peut être déroutant, c’est qu’un grand nombre de dyslexiques aiment beaucoup la lecture et qu’ils ont un grand désir d’apprendre!

Plusieurs autres symptômes peuvent être observés chez les enfants dyslexiques. Parmi certaines de ces observations, il y a la façon dont ils tiennent un crayon, la difficulté de suivre une ligne lorsqu’ils écrivent, l’absence de majuscules et de signes de ponctuation dans les textes qu’ils écrivent, le bégaiement, le manque de coordination, le problème chronique de gérance de temps, l’imagination très fertile, la difficulté avec l’orientation spatiale, le retard dans le développement physiologique et psychologique, les symptômes de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité. Quoiqu’ils éprouvent de la difficulté en lecture, ils excellent souvent en mécanique, en arts, en musique, en mathématiques. De plus, puisque la dyslexie développementale est héréditaire, plusieurs membres d’une famille démontrent souvent les mêmes symptômes ainsi que les mêmes habiletés spécifiques.

Puisque le majorité du personnel enseignant et les parents sont très peu renseignés sur les symptômes de la dyslexie développementale, il est très difficile pour eux de comprendre pourquoi un enfant intelligent n’arrive pas à lire ou à écrire. Malheureusement, l’absence de connaissances dans ce domaine se traduit souvent par des commentaires négatifs qui minent l’estime de soi du dyslexique. De plus, puisque le dyslexique n’arrive pas à terminer à temps les travaux de classe et les épreuves et qu’il connaît plusieurs échecs scolaires, il peut devenir la risée de ses camarades. Donc, ces enfants sont autant handicapés par l’ignorance des gens au sujet de leur trouble d’apprentissage que par leur trouble d’apprentissage lui-même.

Alors, comment aider les enfants dyslexiques? En premier lieu, le système scolaire et le personnel enseignant doivent connaître et reconnaître les symptômes de la dyslexie développementale. En second lieu, ils doivent être en mesure de modifier leurs stratégies d’enseignement et d’évaluation afin de donner une chance équitable à tous leurs élèves. Au cycle préparatoire et primaire, des exercices pour développer la conscience phonologique des enfants ainsi qu’un enseignement explicite et multi-sensoriel de la lecture, de l’écriture et des autres matières sont primordiales. Pour l’élève un peu plus âgé, une période de récupération multi-sensorielle est essentielle. En ce qui a trait à l’enseignement des autres matières, certaines modifications doivent être apportées tant au niveau des stratégies d’enseignement que des stratégies d’évaluation afin que ces élèves retrouvent le goût d’apprendre et atteignent leur plein potentiel. De plus, les parents doivent être informés des symptômes de la dyslexie développementale et des stratégies d’enseignement et de récupération qu’ils peuvent utiliser avec leurs enfants.

Enfin, avant de pouvoir développer le goût de la lecture chez l’enfant dyslexique, il faut d’abord en développer l’habileté. De nos jours, tous les enfants méritent d’apprendre à lire et à écrire. Il a été prouvé que la réussite scolaire des enfants dyslexiques est assurée lorsqu’il y a un partenariat entre tous les intervenants en éducation, la famille et le dyslexique.

Finalement, la dyslexie développementale nous touche tous de près ou de loin. Un enfant sur cinq souffre de dyslexie. D’après des études aux États-Unis, la dyslexie développementale est la cause principale de l’abandon scolaire. De plus, soixante pour cent des dyslexiques se retrouvent en prison. Malgré ces statistiques, les recherches prouvent que les dyslexiques sont des atouts pour la société. Edison, Einstein, Churchill, Rodin, Disney, etc. étaient tous dyslexiques. N’oublions pas que l’intelligence d’une personne ne se mesure pas unique par son habileté dans le domaine des connaissances linguistiques! Permettons aux dyslexiques de connaître des succès à l’école et de faire briller leurs talents!

Suzanne Bonneville est experte-conseil en troubles d’apprentissage et en littératie. Enseignante de carrière, elle est à la retraite depuis juin 2003. Elle fut responsable de la pédagogie dans son école et chef de secteur pendant plusieurs années. Suite aux difficultés scolaires qu’éprouvait sa fille, elle s’est spécialisée en troubles d’apprentissage et en stratégies d’éveil à la lecture et à l’écriture chez les enfants. Elle est président et fondatrice de l’Association francophone de parents d’enfants dyslexiques (AFPED).

L’AFPED vise à sensibiliser et renseigner les divers intervenants en éducation ainsi que les parents des symptômes liés à ce trouble d’apprentissage invisible. L’accent est mis sur le dépistage précoce, les différentes stratégies qui favorisent l’éveil à la lecture et à l’écriture ainsi que sur les stratégies de rééducation qui se sont avérées efficaces pour les élèves à risque.

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