Back to top

ABATTRE LES TABOUS ENTOURANT L’HARCÈLEMENT PSYCHOLOGIQUE AU TRAVAIL

Section: 

INTRODUCTION

Qui n’a pas été un jour témoin ou victime dans son milieu de travail d’une forme ou autre de harcèlement ?  Qu’on l’appelle harcèlement psychologique, harcèlement moral, mobbing ou cruauté mentale, pour beaucoup d’entre nous c’est encore un sujet tabou.  Par contre, le harcèlement psychologique au travail est loin d’être un cas isolé car il y aurait une personne sur trois qui serait concernée !  Ce n’est pas non plus un nouveau phénomène qui vient d’apparaître dernièrement dans les milieux de travail.  Il a toujours existé mais la médiatisation qui s’est intensifiée depuis les cinq dernières années a permis d’être plus sensible à ce phénomène.

Marie-France Hirigoyen, phychanalyste et psychiâtre, auteure du livre « Le harcèlement psychologique » définit le harcèlement psychologique comme «... une violence silencieuse et répétée au quotidien, installée dans le temps, qui vise à détruire peu à peu l’intégrité et l’identité de la personne ».  

Qu’est-ce que le harcèlement psychologique au travail ?

Le harcèlement psychologique au travail n’est pas toujours évident même pour la personne qui en est la victime.  Il s’agit souvent d’un enchaînement d’attaques régulières et banalisées : brimades, menaces, disqualification, humiliation, propos vexatoires, mise sous pression, isolement, oubli de transmettre certaines informations et  autres qui s’étendent habituellement sur de longue période de temps.  Chaque fait pris séparément peut passer pour un malentendu ou paraître anodin et on peut même reprocher à la personne atteinte de mauvaise interprétation. Mais si on prend l’ensemble de tous les petits détails alors cela crée un processus destructeur sur la personne visée.

Contrairement à ce que l’on pense, la personne harcelée n’est souvent pas une personne « fragile ».  Elle est quelqu’un de généreux, qui apporte chaleur et qui a du cœur.   Bien souvent, elle a un petit quelque chose en plus.  Il est souvent difficile pour la victime de mettre des mots sur ce qui lui arrive, d’analyser la situation dans laquelle elle se trouve et de repérer et reconnaître cette situation abusive.  Souvent la victime va endurer parce qu’elle se croit incapable d’y réagir, par manque de confiance en elle, à cause de la peur des conséquences ou à cause d’impassibilité réelle ou perçue de quitter son emploi. Le harcèlement psychologique en milieu de travail débouche sur des conséquences très graves. Dans tous les cas, ce n’est pas la personnalité de la victime qui est en cause, mais c’est le harcèlement qui est une atteinte à la personnalité.

Selon Marie-France Hirigoyen, "les harcelés sont généralement des "grandes gueules" ou pour le moins des fortes personnalités... La victime, c'est en fait bien souvent celui qui résiste, notamment à ses collègues... mais aussi à son supérieur hiérarchique ou encore à la pression de ses subordonnés."

Ce comportement peut prendre les formes suivantes :

 

  •  La victime est empêchée de s’exprimer : on ne lui répond pas, on l’interrompt.
  •  La victime est isolée : on l’isole sur son lieu de travail, on ne lui parle plus.
  •  Sa reconnaissance sociale est détruite : on lance des rumeurs à son sujet, on se moque d’une infirmité ou de sa nationalité, on lance des rumeurs ou des calomnies à son sujet, on l’insulte.
  •  La victime est discréditée sur son lieu de travail : on ne lui donne plus de travail, plus d’informations, on lui fait exécuter des travaux humiliants, on lui attribue des tâches très inférieures ou très supérieures à ses qualifications.
  •  Sa santé est compromise : on la contraint à des travaux dangereux, on cause des dégâts à son poste de travail, on l’agresse physiquement.

Y a-t-il un portrait type de l’agresseur ?  Les études qui ont été faites sur ce sujet démontrent qu’il y a des éléments communs dans leur façon d’agir.  Premièrement, avec le harcèlement psychologique, on a affaire avec une personne qui cherche à « casser » quelqu’un sans laisser de trace.  Il se pose d’abord comme un référant et on lui attribue souvent un air supérieur et distant.  Ensuite, « il entre en relation » avec les autres pour les séduire.  Il s’attaque à l’estime de soi de sa victime pour augmenter sa propre valeur.  Il utilise souvent un assemblage de « sous-entendus », de « non-dits » destinés à créer un malentendu pour ensuite l’exploiter à son avantage.  Et même dans le cas de conflit apparemment ouvert, le sujet réel du conflit n’est jamais évoqué.  L’important pour lui est de déstabiliser la personne visée et ce, en prenant son temps.
(Source : Les savoirs d’expérience développés dans les services aux personnes vivant la violence psychologique, Québec, 2000)

Effets sur la santé

On ne peut pas séparer la santé mentale et la santé physique d’un individu.   D'après Christophe Dejours, dans la préface de son ouvrage « Travail, usure mentale », si le harcèlement conduit aujourd'hui plus souvent que naguère à des troubles psychopathologiques graves chez les victimes, ce n'est vraisemblablement pas parce que la technique du harcèlement se serait perfectionnée (...). Ce qui a changé, semble-t-il, c'est plutôt la passivité et l'absence de solidarité de la part des collègues de la victime du harcèlement, et la profonde transformation du sens de la justice dans le monde du travail. La conséquence du harcèlement psychologique est avant tout une pathologie de la solitude, de l'isolement, qui renforce la souffrance.
Le harcèlement peut provoquer dans un premier temps des symptômes de stress : nervosité, irritabilité, anxiété, troubles du sommeil, brûlures d'estomac, hypertension artérielle, douleurs musculaires, etc.  Au bout de quelques mois, ces symptômes peuvent se transformer en troubles psychiques manifestes. Certains réagissent avec une hyper-combativité qui les fait souvent qualifier de paranoïaques. D'autre sont envahis par un sentiment d'épuisement et de fatigue chronique, une baisse de l'estime de soi, pouvant évoluer vers la dépression. Les conséquences possibles sont une atteinte de la personnalité, la dégradation de la santé, l'invalidité, la perte de l'emploi, et même le suicide.

Il amène la personne victime de remettre en question ses valeurs et ce, jusqu’à ne plus savoir qui elle est et ce qu’elle vaut.  Les deux principales conséquences observées chez les personnes victimes sont alors l’isolement et l’impuissance.  Sur le plan somatique, les victimes ont tendance à éprouver des troubles de sommeil, de digestion ou des tensions musculaires dont les symptômes sont respectivement l'insomnie, des ulcères d'estomac, des maux de dos, de cou ou d'épaules. Sur le plan comportemental, les conséquences peuvent se refléter par une consommation accrue d'alcool ou de tabac, des troubles alimentaires comme la boulimie ou l'anorexie et par une plus grande agitation ou même de l'hyperactivité.  En plus, les conséquences de ce type de violence affectent également le conjoint et la famille de la personne victime et ils auront eux-aussi à composer avec la situation difficile qui est vécue.

Le harcèlement psychologique a également des répercussions au niveau organisationnel.  Un personnel harcelé, stressé, ayant perdu toute confiance en lui, aura des difficultés à prendre des initiatives ou des décisions. La qualité de son travail s'en ressentira. Même s'il met tout son énergie à résister à la pression, à "tenir", un jour ou l'autre, il devra s'arrêter de travailler pour se soigner. Et l'absentéisme et la détérioration du climat de travail ont des conséquences négatives pour l'organisme :

  •   perte de production
  •   baisse du niveau de qualité
  •   coût du travail supplémentaire
  •   fluctuation du personnel
  •   dégradation de la culture organisationnelle
  •   image de l’entreprise dévalorisée

COMMENT LUTTER CONTRE LE HARCÈLEMENT ?

Il y a plusieurs de lutte possible contre le harcèlement.  

  • La prévention : que se soit au niveau gouvernemental ou organisationnel, la prévention du harcèlement psychologique sur le lieu de travail devient un sujet prioritaire.  Selon la chercheure Chantal Leclerc, « prévenir, c’est commencer par proposer des informations sur ce qu’est le harcèlement psychologique, sur son caractère punissable, grave et indésirable.  Les conditions de stress, les pressions, la rentabilité et la compétitivité qui augmentent dans les organismes sont des facteurs important pesant souvent négativement sur les rapports humains.
  • Le dépistage : Le dépistage et la reconnaissance d’un cas d’harcèlement psychologique sur le lieu de travail ne sont pas évidente.  Il est souvent plus économique pour l’organisme de parler de « petites tensions entre deux personnes », de placer la faute sur le harcelé que sur le ou les harceleurs.  
  • La médiation et la sensibilisation de la population : La lutte contre le harcèlement psychologique passe inévitablement par la mise en place de campagnes de sensibilisation et d’éducation sur cette question.  Un processus de médiation, de formation et d’éducation doit prendre place dans les organismes si on veut remédier cette situation. Les médias sont la principale source d’information de la population (69 %) alors que des employeurs (22 %) et des syndicats (16 %) ont contribué à informer les salariés (Info + : Harcèlement psychologique au travail, février 2005).

QUOI FAIRE EN TANT QU’INDIVIDU

  • Surtout, EN PARLER
  • Accumulez des preuves en notant dans un cahier date, heure, description des faits
  • Parlez de votre problème à un collègue, au personnel des ressources humaines ou à des amis
  • Contestez calmement les remarques injustifiées soit en demandant des précisions ou des explications écrites
  • Si aucune allocution ne peut être trouvée, demander un changement de service, une mutation ou négocier votre licenciement
  • Analyser tous les « pour » et les « contre » de la situation et décidez ce qui est le mieux pour vous
  • Si vous subissez du harcèlement, sous quelque forme que ce soit, il faut en parler et le dénoncer avant que le mal soit fait


Quoi faire en tant qu’organisme

Le travail d’éducation et de sensibilisation doit également se faire aussi dans les organismes.  La conscientisation des gestionnaires est aussi importante parce que premièrement ce n’est pas un problème qui est effectivement reconnu en raison de cette sorte de violence qui est sournoise, invisible et qui, faite d’un amas de petits incidents banals, très difficilement prouvables.  

En fait, la solution privilégiée contre le harcèlement consiste à promouvoir l'implantation d'une culture exempte de harcèlement. Pour ce faire, il est essentiel d'établir des politiques organisationnelles qui reconnaîtront le phénomène de harcèlement, véhiculeront des valeurs préventives et expliciteront les gestes à poser lorsqu'une situation de harcèlement se manifeste. Il faut en même temps outiller le personnel des organismes face à ce problème.  Il faut aussi identifier les ressources à leur disposition. À cet effet, on pourrait aussi avoir des brochures à l’intention du personnel sur le harcèlement psychologique : ce que c’est, comment le dépister et comment le dénoncer

Pour favoriser une plus grande ouverture et une plus grande responsabilisation des gestionnaires dans les milieux de travail, il faut également que les organismes mettent en place des procédures ou mécanismes de plaintes et qu’ils se donnent des politiques ou des règles internes pour contrer le problème.  Les gestionnaires pourraient facilement intégrer des mesures nécessaires aux mécanismes déjà implantés dans le cadre des programmes de santé et sécurité au travail.

CONCLUSION

Une réflexion plus profonde est à faire dans les milieux de travail si l’on veut mettre fin au harcèlement psychologique.  Le principal défi qui est posé est de développer dans nos milieux de travail, des lieux d’écoute, de débat dans un climat sécuritaire et de réflexion.
Malgré la croissance de la recherche et de la documentation sur ce sujet, un décalage notoire est encore maintenu entre l'ampleur du problème et la connaissance actuelle sur la prévention (Runyan, 2001). Des actions devront être mises en place afin de combler certaines carences ayant trait notamment au manque d'études épidémiologiques sur ce phénomène ainsi qu'au manque d'interventions testées sur le terrain. Selon lui, il serait pertinent de développer des stratégies de prévention de la violence appuyées par des théories et concepts issus de l'intervention. Plus concrètement, il faudra s'efforcer de standardiser les définitions et développer un vocabulaire clair décrivant les moyens de prévention et les mesures d'intervention.

Pour en savoir plus :

Les nouvelles normes de protection en cas de harcèlement psychologique au travail : une approche moderne
Auteurs : Hélène Fréchette, Guy Poirier et Robert Rivest ont rédigé un livre :, publié aux Éditions Yvon Blais. Ce livre fournit aux décideurs et aux plaideurs les balises permettant de développer une approche objective de la question.

Prévenir l’harcèlement psychologique : c’est l’affaire de tous !

http://www.cnt.gouv.qc.ca/fr/gen/publications/pdf/c_0248.pdf
Ce guide de prévention sur le harcèlement psychologique au travail a été publié par la Commission des normes du travail du Québec qui considère que la prévention est l’approche à privilégier afin de rendre les milieux de travail exempts de harcèlement psychologique. Vous trouverez dans ce guide :
• La définition du harcèlement psychologique au travail
• Les obligations de l’employeur
• Le contenu d’une démarche pour prévenir le harcèlement psychologique dans une petite entreprise
• Des moyens pour faire cesser le harcèlement psychologique au travail
• Un exemple de grille pour détecter les facteurs de risque
• Une affiche : Qu’est-ce que le harcèlement psychologique au travail ?
• Un exemple de déclaration de l’engagement de l’employeur
• Mieux vaut prévenir...

Projet de loi 131 : Loi modifiant la Loi sur la santé et la sécurité au travail en matière d’actes de violence et de harcèlement au travail - http://www.ontla.on.ca/documents/Bills/38_Parliament/Session1/b131.pdf

POUR UN MILIEU DE TRAVAIL À L'ABRI DES CONFLITS ET DU HARCÈLEMENT
Politique du ministère de la Justice - Janvier 2001
http://canada.justice.gc.ca/fr/dept/pub/just/harassment_4.html

Edition: