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Pauvreté au Canada : le paradoxe d’une économie riche qui cache bien sa pauvreté

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« En élaborant une stratégie canadienne de réduction de la pauvreté, nous franchissons un pas important pour réduire la pauvreté au Canada. C’est de cette façon que nous pourrons réaliser notre vision d’un pays diversifié, prospère et réellement inclusif — un pays dans lequel tout le monde peut réaliser son plein potentiel. »  -- L’honorable Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social

Ainsi se lit l’annonce du projet Combattons ensemble la pauvreté du gouvernement Trudeau, lancé en novembre dernier et qui deviendra un des instruments clés pour définir une nouvelle stratégie fédérale envers la réduction de la pauvreté. La démarche vise d’abord à faire la cueillette de données probantes au niveau de  six collectivités du Canada (Saint-Jean, N.-B.**, Trois-Rivières, QC, Toronto, ON, Winnipeg, MB, Yellowknife, T.N-O. et Tisdale, SK). Les résultats  seront publiés en juin prochain. Ensuite, s’ajoute à cette recherche l’annonce du début février dernier : le gouvernement entend donner la parole aux Canadiennes et Canadiens pour avoir leur avis sur quelles mesures ils considèrent les plus aptes à mener efficacement la lutte contre la pauvreté au pays. On peut dès maintenant donner son avis en ligne et éventuellement aussi dans des consultations publiques. L’ensemble de ces démarches participatives éclaireront le travail d’un comité consultatif ministériel sur la pauvreté.

Mais devant les statistiques effarantes de la pauvreté chez nous, est-ce que cette démarche est plausible ? Peut-elle réellement mener à quelque chose de concret ? À des politiques qui peuvent agir de manière profonde pour changer le statu quo au pays ?

Parlons pauvreté, concrètement

Afin de mieux cerner l’enjeu de la pauvreté au pays et comment celle-ci se vit réellement chez nous, voici dix statistiques qui jettent une lumière préoccupante sur la question :

  1. Au Canada, 3 millions de citoyens vivent dans la pauvreté, ce qui signifie que 1,9 million de familles arrivent difficilement à joindre les deux bouts.
  2. Au Canada, le taux de personnes à faible revenu tourne autour de 9 % depuis 10 ans. Cela signifie que chaque jour, trois millions de Canadiens vivent dans la pauvreté ;
  3. Parmi les personnes âgées canadiennes vivant seules, 63 % d’entre elles sont des femmes à faible revenu ;
  4. En 2014, plus d’un demi-million d’enfants canadiens vivaient dans des ménages à faible revenu ;
  5. La pauvreté frappe globalement 19 % d’enfants, dont près de 40 % d’enfants autochtones. C’est plus d’un million d’enfants qui vivent dans une situation de précarité quelconque face à leur alimentation ou leur habitation.
  6. Un enfant sur sept vit dans des refuges pour sans-abri au Canada.
  7. En moyenne, 9 % des habitants du Canada sont pauvres. Toutefois, certains groupes sont beaucoup plus susceptibles que d’autres de vivre dans la pauvreté, dont les femmes autochtones (membres des Premières nations, Métisses, Inuites), 36 %, les femmes membres d’une minorité visible, 35 %, les femmes ayant une incapacité, 26 %, les femmes à la tête d’une famille monoparentale, 21 % contre 7 % des hommes à la tête d’une famille monoparentale, les femmes âgées célibataires : 14 %.
  8. Le taux de pauvreté du Canada est élevé comparativement à d’autres pays développés. Le pays est au 20e de 31 pays de l’OCDE.
  9. Les personnes seules de 45 à 64 ans, les chefs de famille monoparentale, les nouveaux immigrants, les Autochtones et les personnes handicapées sont  les plus susceptibles de connaître la pauvreté.
  10. De 1989 à 2011, le revenu des 10 % de familles les plus riches a augmenté de 43 000 $, tandis que celui des familles au revenu le plus faible a augmenté de seulement 596 $.

Pauvreté absolue vs pauvreté relative

La Fondation canadienne des femmes relève habilement qu’il y a deux « types » de pauvreté, soit la pauvreté absolue et la pauvreté relative, ce qui met en perspective les statistiques et les chiffres. À cet effet, la Fondation rappelle que les statistiques sont calculées en fonction des seuils de faible revenu établis par Statistiques Canada et que ceux-ci servent à mesurer la pauvreté relative. La Fondation propose ces définitions :

  • La pauvreté absolue renvoie à un état de privation, à une situation où une personne n’a pas les moyens de se procurer des nécessités de base comme une nourriture suffisante, un logement adéquat, des vêtements et des services de transport.
  • La pauvreté relative décrit un état d’inégalité, une situation où une personne est clairement moins à l’aise que la plupart des membres de sa communauté. De nombreux ménages à faible revenu arrivent à peine à payer le loyer et la nourriture, et encore moins à payer des soins dentaires, des lunettes, des sorties scolaires, de l’équipement sportif pour les enfants, l’accès à Internet ou des médicaments sur ordonnance. Il s’agit là de choses que la plupart des gens au Canada tiennent pour acquises et considèrent comme des nécessités de base.

La Banque mondiale offre aussi l’explication selon laquelle le seuil absolu est une valeur fixe qui définit ce sur quoi les ménages doivent pouvoir compter pour satisfaire leurs besoins élémentaires alors que le seuil relatif varie et se calcule en fonction de la distribution globale des revenus ou de la consommation du pays.

Quelles sont les causes de la pauvreté au Canada ?

Manifestement, lutter contre la pauvreté n’est pas une mince affaire. Les nombreux éléments qui la causent s’enchevêtrent et sont imbriqués les uns dans les autres et ont des répercussions sur toute une gamme d’autres politiques publiques. En ce  sens, plusieurs mesures publiques ont une incidence sur la pauvreté, notamment les conditions qui stimulent l’emploi, les programmes qui appuient les familles avec de jeunes enfants,  ou encore les modalités qui modulent les salaires et les avantages sociaux par exemple.

Dans un reportage dédié à la pauvreté au Canada, Radio-Canada International rapportait en février dernier, que le chômage passant rarement en dessous de 7 % au pays,  frappe près de 1,5 million de citoyens (sur environ 35 millions de Canadiennes et Canadiens). S’ajoutent à cela le surendettement, les prix des loyers qui demeurent élevés, et le coût de la vie comme facteurs contribuant largement à la pauvreté. Dans un article dédié à la pauvreté, Nexus Santé rappelle aussi que :

 « La pauvreté est généralement associée au manque de revenu — ou à un revenu trop faible — qui puisse suffire à assurer le bien-être physique des gens. Le fait d’être pauvre ici veut généralement dire qu’on a de la difficulté à payer les nécessités de la vie telles que l’alimentation, le logement et les vêtements. Cela veut dire qu’il faut avoir recours chaque mois aux banques d’alimentation et vivre dans un logement surpeuplé ou insalubre. »

La Fondation canadienne des femmes abonde dans le même sens en affirmant que l’emploi est majoritairement en cause (emplois insuffisants, emplois précaires et emplois insuffisamment rémunérés, perte d’un bon emploi stable). L’emploi étant la clé qui permette aux gens de gagner leur vie et de s’autonomiser, lorsque celui-ci est menacé ou peu fiable, la survie même peut être menacée. En ce sens, la Fondation cautionne que les conditions de vie et les mésaventures fâcheuses peuvent aussi contribuer à rendre le quotidien très difficile (incapacités mentale ou physique, maladies ou accidents graves). Aussi, la Fondation n’écarte pas les pratiques discriminatoires nombreuses qui contribuent largement à l’insécurité de l’emploi (barrières linguistiques, compétences acquises hors du Canada, discrimination de tous les genres). 

La pauvreté coûte cher

La Fondation canadienne des femmes rappelle qu’« une pauvreté élevée nuit à la compétitivité d’un pays et à la santé de sa population, et contribue à rendre la société moins égalitaire. » Nexus Santé rapporte et endosse l’affirmation de l’Association médicale canadienne (AMC) de 2013, qui dans son rapport intitulé « Qu’est-ce qui nous rend malades », affirme  que la pauvreté est LA plus grande barrière à la bonne santé.  Le même rapport nous ramène vite à la nécessité de solutions collectives et d’efforts communs où nous avons tous un rôle à jouer : « Il faut presser les gouvernements d’agir, mais il est clair que les citoyens, les médecins et les communautés peuvent aider à régler ces problèmes ».

 

Notes et références :

**Le 14 mars dernier, le gouvernement canadien faisait état de cette première consultation ainsi que de ses prochaines étapes.

Sources statistiques

Point 1 : https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social/campagne/reduction-...

Points 2, 3 et 4 : http://nouvelles.gc.ca/web/article-fr.do?nid=1119579

Points 5, 6, 9 et 10 : http://www.rcinet.ca/fr/2017/02/14/canada-le-paradoxe-dune-economie-rich...

Points 7 et 8 : http://www.canadianwomen.org/fr/Les-faits-a-propos-des-femmes-et-de-la-p...

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