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Imposer une taxe sur les boissons sucrées* : la solution pour contrer le diabète et l’obésité au Canada?

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Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

La Société canadienne du diabète (SCD) affirmait qu’en 2015, 3,4 millions de citoyens et de citoyennes canadiens souffraient de diabète, un « fardeau » selon l’Agence de santé publique du Canada (ASPC) en raison du poids taxant que la maladie représente tant pour la personne atteinte que pour le système des soins de santé. L’agence affirme que si les taux d’incidence et de mortalité actuels se maintiennent, 3,8 millions de personnes souffriront du diabète d’ici trois ans — ce qui représenterait une augmentation de 25 % des coûts de santé d’ici 2025 selon la Société canadienne du diabète. Et selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des 347 millions de personnes dans le monde qui sont diabétiques, leur prévalence est surtout dans les Amériques (11 %). Cela porte le Canada au troisième rang mondial pour l’incidence de la maladie. Ajoutons à cela qu’en raison des produits obésogènes (ces produits de consommation transformés et « non naturels » qui incitent au gain de poids), le Canada se place au 5e rang des pays industrialisés les plus en surplus de poids chez les adultes (et les enfants, au 6e). De plus, l’obésité coûte 4,6 à 7,1 milliards de dollars par année en soins de santé et en perte de productivité.

S’attaquer aux boissons sucrées = une solution mondiale

Devant ce constat, le Canada est devenu solidaire des Nations unies et de son rapport portant sur la prévention et le contrôle des maladies non transmissibles dont le cancer, les maladies respiratoires chroniques, les maladies cardiovasculaires et le diabète. Dans le but de réduire le nombre de cas déclaré chaque année, une des mesures de redressement préconisées par l’ONU est la taxation des boissons sucrées. Selon son rapport, « Les politiques fiscales qui conduisent à une augmentation d’au moins 20 % du prix de vente des boissons sucrées entraîneraient une réduction proportionnelle de la consommation de ces produits ». Ainsi, le 11 octobre dernier, l’ONU appelait publiquement les gouvernements à taxer ces boissons « estimant que cela pourrait réduire la consommation de ces produits ».

Le Canada est en train d’emboîter le pas et semble abonder dans le même sens d’après son rapport parlementaire intitulé L’obésité au Canada : une approche pansociétale pour un Canada en meilleure santé, publié en mars dernier. Dans cette étude sur les causes de l’obésité et ses solutions, le comité s’est penché sur plusieurs pistes pour s’attaquer à la problématique, notamment chez les jeunes. Envisager une taxe sur les boissons sucrées et édulcorées en fait partie, mais le comité propose aussi :

  • de mettre à jour le guide alimentaire, et ce, sans l’intervention du secteur agroalimentaire pour éviter tous biais mal dirigés ;
  • d’imposer des étiquetages sur les devants des emballages ;
  • d’interdire toute publicité pour les aliments et boissons qui visent spécifiquement les enfants et,
  • d’élaborer et diffuser une campagne nationale de lutte contre l’obésité.

En août dernier, la Plateforme d’évaluation en prévention de l’obésité (PEPO) de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec – Université Laval (l’Institut) renchérissait sur le rapport parlementaire avec son livre intitulé Taxing Soda for Public Health : a Canadian Perspective. « L’ouvrage propose une analyse exhaustive du bien-fondé, des impacts potentiels et de l’applicabilité d’une taxation des boissons sucrées en tant que mesure de santé publique pouvant contribuer à prévenir l’obésité et le diabète, en particulier au Canada. [...] le livre expose les avantages et les inconvénients d’une telle mesure, et indique qu’une taxe sur les boissons sucrées pourrait faire partie d’un éventail de politiques nutritionnelles au Canada. » En effet, les avis semblent s’entendent sur le fait que la taxation serait un des stratagèmes à adopter dans le cadre d’un plan-cadre beaucoup plus complet pour combattre la montée fulgurante des cas de diabète et d’obésité au pays.

Et pourquoi cibler les boissons sucrées en particulier ?

L’ONU est sans équivoque sur la question : « Une réduction de la consommation de boissons sucrées signifie une consommation plus faible de sucre et de calories dans l’ensemble, une amélioration de la nutrition et une réduction du nombre de personnes souffrant de surpoids, d’obésité, de diabète et de caries dentaires. » Et selon Dr Douglas Bettcher, le directeur du département de la prévention des maladies non transmissibles au sein de l’OMS, « La consommation de sucre et en particulier de boissons sucrées “est un facteur important dans l’augmentation de personnes souffrant d’obésité et de diabètes à travers le monde”. De plus, des études démontrent que les boissons sucrées et édulcorées sont particulièrement vilaines pour déclencher le diabète de “type 2”, et ce, indépendamment si les individus sont obèses ou pas. Soulignons que ce type de diabète se présente chez des gens dont l’insuline est produite, mais mal-utilisée par le corps (contrairement aux diabétiques de “type 1” chez qui il n’y a aucune production d’insuline). Mais le diabète “type 2” peut être prévenu contrairement à celui de “type 1”.

Le directeur du département de la nutrition pour la santé et le développement à l’OMS, le Dr Francesco Branca, abonde dans le même sens en déclarant : “D’un point de vue nutritionnel, les gens n’ont pas besoin de sucre dans leur alimentation. L’OMS recommande que si les gens (en) consomment, qu’ils gardent leur consommation en dessous de 10 % de leurs besoins énergétiques totaux — cela équivaut à moins de 250 ml de boissons sucrées couramment consommées par jour.

Si cette démarche vous rappelle les contrôles sur le tabac, vous avez raison. Les taxes sur le tabac ont effectivement diminué le tabagisme au Canada et partout ailleurs au monde , et ce, malgré les répercussions sur le marché noir. L’OMS déclare sans hésiter qu’“augmenter de 10 % le prix de vente des produits du tabac fait chuter de 4 % à 8 % le nombre de fumeurs.

Est-ce que cette mesure, qui se veut transformative, fonctionne ?

Après qu’une telle taxe ait été imposée au Mexique, les ventes des boissons sucrées sur son territoire auraient chuté de 7,3 % par personne et les ventes d’eau auraient quant à elles, augmenté de 5,2 % dans l’année qui a suivi l’imposition d’une taxe (2014-2015). Le Mexique est un pays aux prises avec des nombres effarants d’obésité : 2/3 des adultes et plus du tiers des enfants et adolescents sont obèses et les boissons sucrées représentent près de 10 % d’apport quotidien dans le régime alimentaire de ses citoyens, ce qui est bien au-delà du 3 % recommandé.

Chose certaine, l’idée n’est pas nouvelle et ce n’est pas la première fois qu’elle fait surface même si elle semble gagner du terrain tant au Canada qu’ailleurs. Et comme toute autre mesure de contrôle imposée par les instances publiques, déjà des opposants se font entendre.  Le Mexique et la Californie ont réussi à imposer des taxes sur les aliments et/ou boissons jugés malsains et gras alors que d’autres pays ont essayé et échoué, comme le Danemark qui a annulé sa “fat tax” en 2012 et une autre taxe sur les boissons sucrées en 2013 de peur que celles-ci n’affectent pas trop durement  les citoyens pauvres et à faible revenu. Toutefois, le terrain semble de plus en plus fertile pour une telle mesure au Canada. Un dossier à suivre au cours des prochains mois.

*Pour les fins de cet article, “boisson sucrée” comprend toute boisson où du sucre est ajouté. Cela peut comprendre les boissons gazeuses, les saveurs ajoutées aux bouteilles d’eau, les boissons laitières, les boissons sportives dites “performantes”. La définition habituelle de ces boissons exclut les jus purs non additionnés de sucre et les breuvages sucrés avec des édulcorants artificiels.

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