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L’EMPOWERMENT : MOI AUSSI J’AI MON MOT À DIRE !

Section: 

La participation est un élément essentiel à la promotion de la santé.  Elle permet à l’individu et aux communautés de développer des compétences et ce, tout en brisant l’isolement des personnes qui sont généralement exclues du pouvoir  (femmes, handicapés, jeunes, etc...).  

De plus, la participation des collectivités engagées dans la promotion de la santé est de plus en plus perçue comme un mécanisme d’empowerment.

«L’éducation aux fins d’habilitation devrait toujours engager les gens dans un dialogue de groupe qui leur permet de cerner leurs problèmes, d’évaluer les origines sociales, historiques et culturelles de ceux-ci et d’élaborer des stratégies d’action pour changer leur vie personnelle et sociale.» p.203 (Traduction libre)
Wallerstein, N. «Powerlessness, Empowerment, and Health: Implication for Health Promotion Programs», AJPH, V^N#, jan./fév. 1992.

L’empowerment est d’abord une approche ou une attitude basée sur la croyance que les personnes autant que les communautés possèdent ou peuvent développer des capacités pour effectuer les changements nécessaires pour assurer leur accès à des ressources ou au pouvoir et voire même les contrôler.  Cette approche favorise donc une plus grande autonomie de l’individu et leur permet de jouer un rôle actif dans le processus décisionnel de leur communauté.  
Selon la Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé : « Les gens ne peuvent réaliser leur potentiel de santé optimal s’ils ne prennent pas en charge les éléments qui déterminent leur santé ».

L’empowerment se fait à deux niveaux : sur l’individu et sur la communauté et ce, parallèlement.  L’empowerment cherche à développer chez les individus leurs capacités à prendre part aux décisions qui vont l’affecter dans leur vie quotidienne.  L’emporwerment, c’est aussi de soutenir les communautés dans leurs démarches pour acquérir le pouvoir donc elles ont besoin pour ne plus être disempowered.

L’empowerment au niveau individuel permet...

  • l’augmentation de la confiance et de l' estime de soi, de l' autonomie, de la créativité, de l' entraide, de la fierté, de la dignité, de l' auto-prise en charge;
  • intégration de personnes en difficulté par le biais du travail, de l' accompagnement social, de la création d'activités socialement utiles et reconnues

L’empowerment au niveau communautaire permet...

  • la création de lieux de convivialité et leur appropriation par les populations;
  • la création de lieux d' entraide et de support  (économique, émotif, etc.) ;
  • une amorce de reconstitution du lien social base sur l' entraide;
  • la mise en route de processus éducatifs susceptibles de reconstruire le tissu social et la fibre participative: plus de formation, d' information, d' éducation populaire, de prise de conscience, de solidarité;
  • et d’ amener les actions locales à avoir un impact dans la sphère politique.

Les communautés offrent à l’individu plusieurs occasions de participer et de se faire entendre.  Ils  sont appelés à participer à différents regroupements tels que des comités consultatifs du maire, des forums et consultations communautaires, des comités français de l’hôtel de ville et des groupes de travail et ce, sur une foule de problématiques.  Les membres de la communauté sont à l’origine de la plupart des politiques efficaces parce que le processus d'établissement d'une politique débute habituellement lorsque la population prend conscience d'un problème et décide de le régler.

QU’EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE DANS LA PRATIQUE

L’empowerment individuel

L’empowerment de l’individu constitue un cheminement qui sera vécu simultanément par la communauté et les individus qui en sont membres et ce à travers 4 volets : la participation, la communication, la conscience critique et la compétence.  C’est l’interaction entre ces quatre volets qui fait le processus d’empowerment.

À fin de vous aider à mieux comprendre, voici donc un exemple d’un processus d’empowerment individuel.  Dans un premier temps, la personne va commencer par participer à une réunion.  Elle jouera un rôle passif.  Elle écoute et essait de comprendre ce qui ce dit, ce qui se passe.  Elle va donc chercher de l’information.  Ensuite, elle va commencer à s’exprimer petit à petit, peut être par dire tout simplement qu’elle est présente.  Elle se sent de plus en plus confortable, donc elle va commencer à donner son opinion, à s’exprimer.  Cette même personne finit alors par s’impliquer donc elle commence à participer à certains projets ou à dire son mot sur des décisions prises dans sa communauté. Elle ira peut être même à développer ses propres projets.


La participation

Comme vous pouvez le voir, cela peut être un long processus. Ça prend du temps parce que l’individu doit passer à travers tout un processus d’acquisition de compétences et en même temps qu’il développe aussi son estime de soi.                                                 
L’individu va participer premièrement comme étant un observateur pour ensuite devenir un membre actif de sa communauté.  Il cherche de l’information, s’informe s’il a quelque chose qui déjà été fait pour régler ce problème, quels groupes communautaires se penchent là-dessus.
 
L’empowerment de l’individu est un processus qui a pour but de créer des changements positifs de la perception qu’il a de lui-même.  L’empowerment veut dire qu’on ait prêt à faire des changements et pour que ces changements surviennent, l’individu doit reconnaître qu’il possède un bagage d’expériences, qu’il doit développer ses capacités afin de pouvoir agir de façon indépendante et qu’il doit acquérir certaines connaissances de lui-même et de son environnement.
 
L’approche axée sur l’empowerment doit savoir stimuler et soutenir une telle progression afin que tous les membres de la communauté puissent à la fois exercer leurs droits et prendre leurs responsabilités collectives en participant aux décisions qui les concernent.


La communication

La communication est basée sur la manière dont chaque personne voit et interprète les choses et les événements.  La perception de ce qui existe peut être différentes de ce qui existe vraiment.  L’expérience et le vécu d’un individu peut faire varier sa façon de voir.  Par exemple, le manque d’estime de soi chez certaines personnes peut être le produit de l’absence de pouvoir et non pas sa cause.

L’empowement individuel a donc un impact sur le plan psychologique; c’est-à-dire que lorsqu’on travaille avec ceux et celles qui subissent une forme quelconque d’exclusion sociale, on travaille en même temps sur l’estime de soi de ces personnes.  Donc dans la pratique cela veut dire que l’individu passent d’une participation muette à la participation aux discussions et ensuite aux débats pour finalement aboutir aux décisions.  D’ailleurs toute dynamique d’entraide dans un milieu aura tendance à diminuer le sentiment d’isolement et de culpabilité qui accompagnent l’absence du pouvoir.

La conscience critique

La conscience critique s’échelonne sur trois niveaux :

  • le développement d’une conscience collective – l’individu réalise qu’il n’est pas le seul à avoir ce problème
  • le développement d’une conscience sociale – les problèmes individuels et collectifs sont influencés par la façon dont la société est organisée
  • le développement d’une conscience politique – la solution à ces problèmes passe par une action de changement social, c’est-à-dire une action politique

L’action collective prend tout son sens.  Une intervention au niveau collectif vise un changement structure par la modification d’un rapport entre plusieurs individus, un rapport de force collectif.  

L’empowerment accorde à chaque individu le droit de prise en charge individuelle de sa propre destinée.  Ainsi le développement d’une conscience critique peut réduire le sentiment d’auto-culpabilisation, ce qui vient amoindrir d’une certaine façon la portée de ces politiques sociales et des points de vues populaires qui ont tendance, en général, à blâmer la victime pour son manque de pouvoir.

La compétence

L’exercice du pouvoir repose sur trois capacités : choisir, décider et passer à l’action.  Le développement de ces capacités ou l’habilitation repose sur une acquisition progressive de connaissances techniques et pratiques et qui de plus, accompagné de succès renforce la capacité d’exercer du pouvoir dans d’autres sphères.  Il ne faut pas isoler le développement de capacités individuelles des contextes interpersonnels et sociaux.

L’EMPOWERMENT COMMUNAUTAIRE

L’empowerment communautaire est un peu semblable à l’emporwement individuel mais ses composantes sont un peu différentes.  C’est un processus qui est basé sur la coopération, la synergie et la transparence.  Ce même  processus exige que l’information circule librement et largement.  À quelque part, on peut dire que l’empowerment communautaire permet une ouverture vers l’empowerment individuel.

L’empowerment communautaire comprend quelques étapes :

La découverte
On rassemble des gens autour d’une table.  On découvre qui sont les autres, leurs expériences et leurs champs d’action.  On établit alors un dialogue entre ceux-ci parce qu’en se connaissant c’est plus facile de travailler ensemble.  

Le sentiment d’appartenance
Maintenant que les membres du groupe se connaissent, il faut développer un sentiment d’appartenance – je fais partie du groupe.  Le sentiment d’appartenance, c’est un lien qui unit les membres du groupe et qui les fait sentir comme un membre d’une grande famille.  Il se développe  par le biais de relations harmonieuses dans le groupe, résultats d’objectifs atteints et le sentiment d’une reconnaissance sociale dans le milieu.  On parle en terme de groupe donc on commence à développer une infrastructure : temps, durée et lieu des réunions, etc.

Le diagnostic

Les individus ou la communauté deviennent conscients de l’existence de certains facteurs ou de l’importance relative de facteurs déjà connus dans leur communauté et qui peuvent affecter leur santé.  Le diagnostic communautaire repose sur plusieurs éléments critiques dont : le maillage des ressources locales et un développement s’appuyant sur les forces du milieu; une orientation stratégique basée sur la coopération, la synergie, la transparence et l’imputabilité; la circulation large et libre de l’information; des lieux décisionnels assurant une pleine participation; le renforcement du sentiment d’appartenance à la communauté.

L’empowerment communautaire peut offrir à plusieurs individus de prendre part aux décisions qui les affectent et de faire reconnaître leurs intérêts particuliers, qui risquent d’avoir été réduits, sinon banalisés ou même écartés par des interventions antérieures.  L’empowerment touche avant tout les personnes qui n’ont pas de pouvoir.  

Il ne faut pas oublier aussi que la participation populaire est une condition de base pour la revitalisation économique et sociale d' une communauté et que la démocratie implique la participation de ceux et celles qui en furent traditionnellement exclus (femmes, jeunes, pauvres, personnes peu scolarisées etc.).

L’empowerment communautaire permet un élargissement de la démocratie, au double sens de l'accroissement du nombre de gens et d' acteurs ayant une voie/voix auprès du nombre de problématiques sur lesquelles ils participent. Cela signifie à la fois donner à l’individu la possibilité d' agir sur leur cadre de vie, de devenir des acteurs et des partenaires, accréditer de nouveaux acteurs dans la définition des orientations du développement et se concerter pour devenir une force de proposition auprès des décideurs.

LES MÉDIAS

Il ne faut surtout par oublier le rôle que joue les médias dans l’empowerment.  Nous savons tous l’influence des médias peuvent exercer sur l’opinion publique et les décideurs. C’est un outil précieux à utiliser quand vient le temps d’informer, de sensibiliser et de conscientiser la population.  Ils sont une source d’information importante qui peut également vous appuyer dans vos démarches d’empowerment.
Les médias vous permettent d’informer et de signaler l’importance du problème du problème à la population.  Utilisés efficacement, ils sont aussi un atout important pour attirer l’attention des décideurs tout en informant la population.  
D’ailleurs, plusieurs médias permettent aux citoyens d’exprimer leurs points de vue par l’entremise de tribunes téléphoniques ou de rubriques telles que le «coin du lecteur».  

Conclusion

Évidemment tout ceci ne se fait pas du jours au lendemain car il comporte de multiples facettes, variées et agencées aux réalités de l’individu et de la communauté ainsi que l’environnement global.  Il faut donc prévoir du temps car on ne peut ni hâter ni forcer l’empowerment.  En tant qu’intervenant, on ne peut que le favoriser.  Notre rôle

Pour terminer, je vous laisse sur une phrase de William A. Ninacs qui reflète bien ce qu’est l’empowerment : «L’empowerment voit la collectivité comme une chaîne.  Puisqu’une chaîne est aussi forte que son maillon le plus faible, l'empowerment propose le développement d’un milieu par l’augmentation d’une force de ses membres les plus fragiles ».

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POUR EN SAVOIR PLUS

> La santé politique : Petit manuel d'analyse et d'interventions politiques dans le domaine de la santé (1997)
Source : Réseau québécois des Villes et Villages en santé, 2400, Estimauville, Beauport PQ   G1E 7G9; tél. : (418) 666-7000, poste 461; télec. : (418) 666-2776.

> Guide de l'action communautaire
Source : OPC, 180, rue Dundas Ouest, bureau 1900, Toronto ON  M5G 1Z8; tél. : (416) 408-2121 ou, sans frais, 1 800 263-2846; télec. : (416) 408-2122.

> L’obsession du citoyen (1995)
Source : Réseau québécois des Villes et Villages en santé, 2400, Estimauville, Beauport PQ  G1E 7G9; tél. : (418) 666-7000, poste 461; télec. : (418) 666-2776.

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