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Un programme bien de son temps

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Un programme bien de son temps

En mars dernier, le Bloc-Notes vous a présenté un nouveau programme communautaire intitulé Resserrer les liens entre parents et jeunes (RLPJ) qui vise à augmenter la résilience des jeunes à risque et améliorer les communications avec leurs parents dans le but d’entretenir de meilleurs rapports. RLPJ est le résultat d’un partenariat innovant entre Parent Action on Drugs (PAD) et Nexus Santé (en tant que membres de Réseau CS) lequel a facilité une adaptation culturelle du programme anglais d’origine intitulé Strengthening Families for Parents and Youth (SFPY). Cette initiative a permis depuis d’apporter à deux communautés francophones cet excellent programme basé sur des données probantes, programme qui a déjà fait ses preuves en anglais[1]. L’adaptation culturelle a eu lieu en respectant les bonnes pratiques établies à cet effet afin que RLPJ résonne avec ses participants.

Depuis, deux projets pilotes ont été livrés en Ontario français, soit un premier à Sudbury (automne 2014) et un second à Rockland (printemps 2015) et les résultats parlent d’eux-mêmes… Au tour de Toronto maintenant d’apporter les bienfaits de RLPJ aux nouveaux arrivants qui connaissent des défis particuliers quant à leur adaptation à un nouveau pays ou à un environnement socioculturel très différent. Et c’est justement une des grandes forces du programme RLPJ : il s’adapte merveilleusement aux besoins des familles qu’il dessert dans chaque milieu. Dans la ville reine, le programme sera piloté par La Passerelle-I.D.É. et PAD, et il bénéficiera d’un partenariat de trois ans avec la ville de Toronto.

 

En Ontario seulement, le projet SFPY/RLPJ, qui est en pleine expansion, a jusqu’aujourd’hui été réalisé 30 fois, rejoignant 280 familles et ayant formé du personnel dans 25 agences distinctes en province.

Comment se déroule RLPJ concrètement sur le terrain?

RLPJ est intensif et engageant, mais se montre à la fois très flexible en accueillant des jeunes de 12 à 16 ans et leurs parents ou tuteurs provenant de familles monoparentales ou composées de multiples parents, d’un enfant unique ou encore, de plusieurs enfants. Bien que le programme soit très organisé, avec une structure et des méthodes éprouvées, son principal but est simple : développer dans les familles « un lien de confiance et un respect mutuel » — ce qu’ils font sur 9 semaines, par le biais de rencontres où ont lieu des échanges fructueux faits en petits groupes. Toutes les rencontres débutent avec un repas convivial qui souvent, devient un brise-glace social ou encore le moment de retrouver ses nouveaux amis. Deux des clés à succès du programme sont que les discussions sont animées par des formateurs-facilitateurs chevronnés et, que celles-ci se font d’abord en groupes distincts, soit les parents seuls et les adolescents seuls, pour ensuite finir la soirée en plénière, en famille. Une méthode toute simple, mais qui permet à tous d’évacuer, en toute sécurité, toute une gamme d’émotions et d’opinions. Généralement, le programme débute avec une cohorte d’une dizaine de familles tout au plus, qui suivent le programme idéalement jusqu’à sa fin. Elles participent aux rencontres hebdomadaires et s’engagent à pratiquer les concepts et habiletés qu’ils ont appris, à la maison après chaque session.

 

Le cœur de RLPJ c’est à la base, d’habiliter les parents et les adolescents.

 

Le programme aide les membres des familles à porter une attention particulière à la communication et au dialogue et de créer une interaction positive entre eux. Le succès du programme partout où il passe est généralement remarquable : on note une hausse marquée notamment dans plus d’une vingtaine de domaines liés aux aptitudes parentales, à la santé mentale des jeunes et à l’amélioration du fonctionnement familial.

Les données probantes de RLPJ[2]

Sur le terrain, la rétroaction d’ensemble recueillie depuis les projets pilotes est très positive et le comité directeur et son équipe sont persuadés que RLPJ répond assurément à un besoin chez les familles francophones de l’Ontario. Il s’agit désormais, à la lumière des commentaires des trois parties impliquées dans le programme, soit les facilitateurs, les parents et les adolescents participants, d’apporter les améliorations nécessaires qui amèneront le programme encore plus loin.

RLPJ s’avère quand même exigeant pour les familles, si l’on considère le taux de « graduation » : 50 % des familles participantes arrivent à boucler les neuf  semaines de rencontres – ce qui représente tout de même un engagement de plus de deux mois. Notons aussi que le taux de rétention au programme est plus élevé généralement chez les adultes que chez les adolescents. Malgré cette exigence de temps, la solidarité qui se crée au sein du groupe est telle qu’une majorité des participants souhaiterait avoir PLUS que neuf semaines ensemble. Plusieurs des facilitateurs font écho à ce commentaire également, remarquant que le temps leur manque un peu lors des plénières en familles, là où l’on s’imagine que la dynamique collective devient plus complexe.

Des similarités entre parents et adolescents :

La cote générale du programme est très élevée chez les deux groupes : et les adolescents et les parents participants donnent une note très haute avec des taux de satisfaction générale de 86 % et 100 % respectivement. Les deux affirment aussi à l’unanimité qu’ils le recommanderaient à d’autres. L’appréciation du français comme langue de communication et de livraison du programme est également un point fort commun aux deux groupes. Tous deux affirment sans équivoque que le fait que le programme soit livré en français est très important (72 % des adolescents et 87,5 % des adultes), voire nécessaire à leur pleine compréhension tant à l’oral qu’à l’écrit (71,5 % des adolescents et 75 % des adultes). Ils soutiennent tous deux aussi que la langue française du programme les a encouragés à y participer plus activement (43 % et 87,5 %).

Les divergences au sein de la triangulation RLPJ (facilitateur-parent-adolescent) :

Le point de vue des facilitateurs :

Hormis des améliorations à apporter au contenu, les facilitateurs ont relevé aussi des ajustements à apporter au langage utilisé dans le programme – une étape tout à fait normale vu le contexte de l’adaptation culturelle d’un programme comme RLPJ. La mise en œuvre des projets pilotes sert exactement à cela : s’assurer qu’un programme, dans sa livraison – incluant sa langue, soit approprié et pertinent à la clientèle desservie. C’est à partir de la rétroaction des participants que les facilitateurs ont relevé des ajustements à apporter au texte du programme RLPJ. Citons deux exemples éloquents qui les illustrent bien : on a suggéré d’utiliser « manquer quelque chose » ou « arriver en retard à quelque chose » au lieu du verbe « rater ». Ou encore d’utiliser « tâches ménagères » au lieu de « corvées ». Cela démontre bien à quel point la langue est au cœur de la compréhension d’un tel programme. Cela dit, les facilitateurs sont très élogieux sur la dynamique des groupes dont ils ont assuré l’animation, ne rapportant aucun défi à ce niveau.

Ce qu’en disent les adolescents :

D’emblée, les jeunes participants expriment beaucoup et ouvertement leur reconnaissance. D’abord, à l’égard de leurs parents qui « ont pris le temps de m’amener ici » - 71,5 % d’entre eux l’ont affirmé. Ensuite, ils reconnaissent et soulignent dans leurs commentaires qualitatifs, le dévouement, le niveau d’implication, les efforts et les techniques non biaisées et sans jugement des facilitateurs RLPJ. Ils affirment aussi s’être sentis bien acceptés au sein du groupe (71,5 %) et se sentaient à l’aise de s’exprimer et de participer (86 %). Au terme des neuf rencontres, 43 % d’entre eux se sentent plus acceptés au sein de leur famille et le même nombre considère que leurs parents les appuient davantage. 43 % d’entre eux considèrent que des changements positifs ont pris forme entre eux et leurs parents au terme du programme.  

Ce qui retient l’attention des adultes :

D’emblée, ce sont les mères qui participent au programme avec leurs enfants (87,5 %) et notons que 25 % des parents participants sont monoparentaux. Au terme du programme, 62,5 % d’entre eux considèrent qu’ils pourront mettre en pratique à la maison les habiletés apprises dans le programme et qu’ils essaient depuis de voir le monde davantage du point de vue de leur adolescent. 50 % considèrent que leurs communications sont meilleures avec leur enfant et pratiquement tous les participants affirment avoir remarqué chez eux, des différences positives depuis le début de RLPJ. Les parents reconnaissent aussi le rôle important des facilitateurs : 87,5 % disent que les facilitateurs ont de beaucoup aidé leur compréhension de RLPJ et 75 % se disent reconnaissants envers eux pour l’aide qu’ils leur ont fournie pour mettre en œuvre, à la maison, les techniques apprises au cours du programme. Finalement, du côté des commentaires ouverts, plusieurs parents notent avoir beaucoup apprécié les discussions ouvertes avec d’autres familles vivant les mêmes défis qu’eux ainsi que les liens qui s’y sont forgés au cours du déroulement du programme.

RLPJ aide les familles francophones à retrouver de l’harmonie et de l’équilibre familial

Sylvie Boulet est fière de l’impact que RLPJ a sur les familles participantes : « On savait qu’il y avait un besoin chez nous et qu’on avait un bon programme éprouvé pour y répondre. De toute façon, les concepts du programme vous savez, sont quand même assez universels. » Les prochaines étapes? D’abord, mettre en œuvre toutes les améliorations identifiées lors des projets pilotes de Sudbury et de Rockland afin de rendre le programme encore plus pertinent et utile. Ensuite, fort de ces améliorations, le programme sera livré dans d’autres collectivités à compter d’avril 2016, par l’entremise d’organismes francophones travaillant auprès des familles.

L’adolescence est une période souvent turbulente, perturbatrice et même inquiétante. Malgré l’engagement ardu de neuf semaines, les familles se rendent généralement jusqu’au bout et en récoltent les bénéfices. Beaucoup ont affirmé avoir développé un sentiment général d’être plus connecté avec leur famille et une plus grande harmonie au terme des rencontres de RLPJ. En témoigne le commentaire d’une des participantes, une adolescente de 14 ans qui confirme avoir depuis « un meilleur rapport entre ma mère et moi. Et on a appris à mieux se parler ». Et du côté des adultes, un participant affirme avoir compris des choses : « Le programme m’a permis de comprendre les ados, (c’est-à-dire) le stade où ils sont rendus ». Même en petites cohortes, que quelques familles à la fois, Resserrer les liens entre parents et jeunes est un programme de prévention qui en vaut la peine parce qu’il livre d’excellents résultats qui mènent à des retombées positives à plus long terme. Au bout du compte, plus il y a de services préventifs et de soins primaires disponibles, meilleur est l’état de santé des individus.[3]  

 

[1] Le programme est d’ailleurs recensé aux « bonnes pratiques » du réputé document « Best Practice Guidelines for Mental Health Promotion Programs : Children and Youth » du Centre de toxicomanie et de santé mentale.

[2] Toutes les données qui suivent sont tirées des évaluations du programme RLPJ, telles que complétées par les facilitateurs, les adolescents et leurs parents au terme de la livraison de chacun des projets pilotes effectués entre 2014 et 2015. Source : RLPJ, 2015.

[3] Sensibilisation, structuration et consolidation en santé en français: 10 ans d'action, Érudit, Société en français, vol. 20.2 166-177, 2014.

 

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