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Réapprendre à bouger? Mais pourquoi donc?

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Notre article de fond d’avril intitulé « Les illettrés de la nature » relatait comment des restrictions imposées sur le mouvement et le jeu des enfants à l’école (en raison entre autres des menaces de poursuites judiciaires devenues trop onéreuses à supporter pour les conseils scolaires), des changements sociétaux et de valeurs importants des 20 dernières années ainsi que l’avènement des nouvelles technologies et surtout, comment celles-ci ont modifié nos habitudes de vie de façon draconienne, nos enfants ne bougent plus et ne jouent plus. Lorsque nous constatons grâce à l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS), la référence statistique canadienne en matière d’état de la santé des Canadiens et Canadiennes, que seuls 14 % des enfants de 5 à 11 ans et 5 % des jeunes de 12 à 17 ans satisfont les directives en matière de santé physique, il est facile de comprendre pourquoi les normes en matière de durée d’activité physique quotidienne pour tout enfant âgé de 5 ans et plus sont désormais passées à 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée.

Malheureusement, il aura suffi qu’une génération environ pour éroder toute une série d’habitudes toutes simples qui nous voyait explorer librement nos forêts, jouer sans supervision sur la rue avec les copains du quartier ou faire des acrobaties dans la cour de notre ami voisin… Les résultats sont désastreux : augmentation faramineuse des taux d’obésité infantile, hausse vertigineuse des troubles de santé mentale chez les jeunes, la multiplication du phénomène de « l’enfant papier bulle » (l’enfant surprotégé), ainsi qu’une fosse généralisée où se sont engouffrés des modes de vie saine, le plaisir du jeu créatif en équipe, des jeux de cours d’école excitants et un rythme de vie plus ralenti.

Les preuves flagrantes à l’appui
Chaque année, ParticipAction produit son Bulletin de l’activité physique chez les jeunes* sur l’activité physique des enfants et des jeunes canadiens et canadiennes. Certains intervenants et intervenantes reconnaitront plutôt son ancien titre Le Bulletin de Jeunes en forme du Canada, mais tous s’entendent, le Bulletin est une référence incontournable pour donner le portrait sur cette question. La note attribuée cette année? D —. Certes, le résultat est dur. Personne ne veut voir une note pareille. Mais elle est bien réelle et nous devons tous y faire face collectivement. Fait intéressant pour cette édition du Bulletin : pour la première fois, il « se positionne sur le jeu à l’extérieur et dans la nature — avec ses risques inhérents — et présente son Énoncé de position sur le jeu actif à l’extérieur. » Le constat est impressionnant et imposant. Et l’on ne ménage pas les mots sur le site du Bulletin en ligne, lequel est titré : « Garder les enfants à l’intérieur : un plus grand risque! » Nos mœurs ont certainement bien changé! Il est vrai qu’il devient parfois difficile de trouver des quartiers où les enfants abondent et jouent ensemble dans la rue et à défaut de les organiser nous-mêmes, en rendez-vous amicaux; les enfants ne jouent plus librement au terrain de jeux ou en forêt par exemple.  Voilà le bât qui blesse selon le Bulletin :

« À force de vouloir intervenir dans les modes de vie de nos enfants pour nous assurer qu’ils sont en santé, en sécurité́ et heureux, nous finissons parfois par obtenir l’effet inverse.

Nous appelons cela le paradoxe de la protection.

Nous surprotégeons nos enfants pour assurer leur sécurité́, mais le fait de les garder à proximité́ et à l’intérieur peut les amener à être moins résilients et plus susceptibles de développer des maladies chroniques à long terme. »

C’est une des premières fois qu’un tel rapport public le dit aussi explicitement, aussi directement, avec preuves et données probantes, abondantes et bien crédibles à l’appui. Sommes-nous à l’écoute? Nous constatons en le lisant que les jeunes d’aujourd’hui sont très débranchés des choses que l’on tenait pour acquises, mais que nous avons pourtant nous-mêmes éliminées comme société. On se demande de plus en plus pourquoi nos jeunes ne jouent plus, ne bougent plus. Partout abondent des exemples de combien ils sont sédentaires et statiques à l’intérieur et devant des écrans, souvent pour plus de 8 heures par jour! Et la tendance commence avec les tous petits disent les experts. Nous avons tous vu par exemple des familles en train de manger ensemble au resto, alors que Junior lui (souvent âgé de moins de 5 ans) dévore ses croquettes de poulet tout en jouant simultanément avec sa tablette tactile… Quel message envoyons-nous à ces enfants? Où, quand et comment leur montrons-nous qu’être actif c’est non seulement souhaitable, mais absolument nécessaire?

Selon le site Actif pour la vie, un danger important guette ces enfants car « les jeunes qui n’apprennent pas à bouger deviennent des adultes inactifs ». Actif pour la vie introduit en la matière, une définition intéressante, nouvelle pour certains : la littératie physique, soit cette capacité de fonctionner dans son environnement grâce au mouvement et à l’activité physique. Mais le site va encore plus loin :

« La littératie physique, ce n’est pas juste le sport : cela fait partie des compétences essentielles que les jeunes doivent acquérir afin de vivre en santé et s’épanouir. Selon certaines études, les dépenses en santé liées à l’inactivité, au tabagisme et à l’obésité vont doubler d’ici 2025. (…)

La littératie physique est perçue comme « le vaccin » contre cette crise d’inactivité »

Le condensé infographique du Bulletin de ParticipAction sonne l’alarme. Les statistiques qu’on y lit sont dérangeantes, car elles semblent nous indiquer tout le contraire de ce que notre génération de parents protectionnistes pensait.                                                                                                 

Oui, peut être vivons-nous dans un monde qui nous paraît plus « dangereux » et moins amical qu’auparavant, mais sommes-nous allés trop loin dans nos pratiques « d’enfant papier bulle » aussi… Chose certaine, si nous n’agissons pas maintenant, on aura bientôt de graves problèmes. On les constate déjà. La Coalition québécoise sur la problématique du poids renforce en constatant que « L’activité physique avant la puberté et à l’enfance est particulièrement bénéfique, puisque certains effets perdurent à l’âge adulte ».

Parlons des bienfaits

Les bienfaits sont nombreux! Voici certains de ceux qui ont été constatés chez les enfants lorsque la pratique de l’activité physique quotidienne s’est instaurée dès les premiers mois d’un enfant :  

Selon l’Organisation mondiale de la santé les enfants et jeunes gens âgés de 5 à 17 ans devraient accumuler au moins 60 minutes par jour** d’activité physique d’intensité modérée à soutenue. (Celle-ci) aide les jeunes à développer un appareil locomoteur sain (os, muscles et articulations), développer un appareil cardiovasculaire sain (cœur et poumon), développer une conscience neuromusculaire (coordination et contrôle des mouvements), (et) garder un poids approprié. (L’activité physique a aussi) des effets psychologiques bénéfiques, car elle aide les jeunes à mieux surmonter anxiété et dépression (et elle) peut contribuer au développement social des jeunes en leur fournissant des occasions de s’exprimer, en améliorant leur confiance en eux ainsi que l’interaction et l’intégration sociales »

Selon le Bulletin de l’activité physique chez les jeunes de ParticipAction : « Les enfants qui ont un accès facile à des jeux extérieurs non supervisés possèdent des habiletés motrices mieux développées, adoptent des comportements sociaux plus appropriés, sont indépendants et démontrent des habiletés en résolution de conflits. »

Selon Nexus santé, qui présente dans ses ressources Meilleur départ, l’activité physique pratiquée régulièrement, « favorise le développement musculaire et renforce les os, le cœur et les poumons, améliore la souplesse, favorise l’estime de soi, aide les enfants à se sentir mieux dans leur peau, offre des occasions de pratiquer l’autodiscipline, améliore la créativité et le rendement scolaire et favorise l’apprentissage en améliorant les fonctions cognitives (comme la concentration, la mémoire, les aptitudes à résoudre les problèmes), en diminuant les comportements malsains et en augmentant le champ d’attention et elle offre des occasions de développer des relations sociales et amicales. »

Selon la Coalition québécoise sur la problématique du poids, « Les études démontrent que l’activité physique améliore les performances scolaires, puisqu’elle favorise l’apparition de facteurs prédisposant les élèves à l’apprentissage : (elle) améliore la capacité d’attention, la concentration, la mémoire et le comportement en classe, (elle) tend à assurer une plus grande persévérance scolaire, favorise l’estime de soi, l’autocontrôle et les compétences sociales. Coalition Poids insiste sur le fait que « Les écoles sont reconnues depuis longtemps comme des établissements propices aux initiatives en matière d’activité physique. (C’est pourquoi) Plus que jamais, elles deviennent un milieu privilégié pour favoriser et soutenir un mode de vie physiquement actif chez les jeunes. »

Le tableau suivant tiré du site web de la Coalition québécoise sur la problématique du poids résume les avantages de l’activité physique et sportive chez les jeunes.

Assurer ensemble une meilleure santé pour nos jeunes

Le plus difficile avec cette question, c’est que plusieurs constatent le besoin d’un redressement majeur, lequel prendra des années à corriger et à rectifier. On doit désormais trouver toute sorte de manières d’intéresser les jeunes aux bienfaits de la triangulation « santé physique-santé mentale-santé émotive » afin qu’ils s’y engagent pour jeter les assises de toute une vie saine.

Les changements sociaux qui nous ont menés à la situation actuelle, ce sont nous tous qui les avons tolérés et adoptés. Nous sommes tous responsables de renverser la vague et de doter nos jeunes de « nouvelles » habitudes de vie, taillées sur mesure, pour leur style de vie d’aujourd’hui. Ne regardons plus en arrière. Trouvons des solutions.  

Comment faire tourner le vent?

Tous les enseignants spécialisés en éducation physique nous le confirmeront : il faut que les jeunes s’amusent, rient et aient du plaisir. Il faut retrouver le plaisir dans le jeu. Lorsque les enfants jouent, ils bougent sans se soucier de leur bien-être physique et mental – ils jouent, tout simplement! Selon un enseignant cité dans un excellent article d’Éducavie.ca intitulé S’approprier le jeu,“ Il faut que les élèves s’investissent et qu’ils aiment ce qu’ils font pour pouvoir faire la promotion d’un mode de vie sain et actif la vie durant  » Il faut leur donner des modèles positifs, bourrés de plaisir, qui leur donnent envie de décoller d’eux-mêmes.

L’extraordinaire initiative des Cubes d’énergie (anciennement appelée Lève-toi et bouge!), liée au Grand défi Pierre Lavoie est un brillant exemple. La grande traversée en est un autre. En participant à une journée comme celle de ParticipAction, La journée pour s’amuser, dédiée au jeu libre des enfants, nous comme parents, pouvons encourager notre enfant et modéliser avec eux le comportement souhaité. On peut aussi endosser des démarches législatives comme celle adoptée en mai, à la Législature ontarienne, la loi 45. La loi prévoit des dispositions pour lutter contre le tabagisme et l’obésité rampante, en faveur de choix plus sains favorisant de meilleurs choix pour la santé de tous. Comme collectivité, nous pouvons aussi pousser pour avoir des quartiers plus sécuritaires pour permettre en toute quiétude à nos enfants de se débrouiller seuls et en équipe avec leurs camarades.

Les jeux panaméricains, seconde plus importante manifestation sportive après les Jeux olympiques, sont cette année, une extraordinaire plateforme pour faire valoir les bienfaits évidents de l’activité physique. Ils nous offrent une occasion en or pour promouvoir auprès des jeunes les bienfaits de l’activité physique et sportive. À cette fin, Les enfants pan/parapanaméricains programme créé par le gouvernement de l’Ontario et TO2015, mérite d’être consulté sur le site d’ophea.net si l’on veut se doter d’excellentes ressources.   

Le mot de la fin, nous le donnons au Bulletin de ParticipAction : « Tassez-vous de là, laissez-les jouer! Nous recommandons d’augmenter les occasions que les enfants ont de jouer de façon autonome dehors, dans des environnements variés, soit à la maison, à l’école, au service de garde, dans la communauté et dans des environnements naturels ». Nous ne pourrions clore cet article dédié à l’activité physique chez les jeunes avec des mots plus justes.

Notes :

*Du site du Bulletin de l’activité physique chez les jeunes de ParticipACTION voici un peu plus de contexte sur le travail accompli par ce bulletin : Le Bulletin synthétise les données provenant de multiples sources, dont les meilleures recherches disponibles évaluées par des pairs, pour attribuer une note en fonction des données probantes à chacun des 11 indicateurs. Au cours des années, le Bulletin a été reproduit dans de nombreuses villes et provinces ainsi que dans plusieurs pays où il a constitué un modèle pour la cueillette et le partage des connaissances à propos de l’activité physique chez les jeunes à travers le monde. Le Bulletin a été développé par le Groupe de recherche sur les saines habitudes de vie et l’obésité du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (HALO-CHEO), ParticipACTION, un regroupement de 12 organisations avec le soutien de plus de 1 600 intervenants de partout au Canada et dans le monde.

**  Le concept « accumulation » prévoit atteindre l’objectif de 60 minutes d’activité physique quotidienne en pratiquant de multiples activités de plus courte durée sur une journée (par ex. 2 activités de 30 minutes), le principe étant ensuite d’additionner le temps consacré à chacune de ces activités ». Donc l’OMS ne dit pas qu’un enfant de 5 ans se doit de jouer très activement durant une heure sans arrêt. Il s’agit d’étaler diverses périodes actives au cours d’une journée.

 

Lectures suggérées :

Nous vous recommandons la version complète de l’article de fond d’avril et ses nombreuses ressources (hyperliens directs fournis) en fin d’article pour trouver une panoplie d’excellentes pistes de solution.

On consulte le Blogue de ParticipAction ou l’on s’abonne à son bulletin électronique pour avoir des idées d’activités, des suggestions et conseils sur comment mieux s’organiser pour être en forme, en famille! Pour un condensé des faits saillants du Bulletin, on consulte cet excellent résumé.

Excellent article sur Éducavie.ca intitulé S’approprier le jeu, qui fournit beaucoup d’informations pertinentes pour les éducateurs entre autres sur le nouveau programme-cadre ministériel sur l’éducation physique et la santé, ainsi que d’excellents hyperliens vers des ressources qui intéresseront aussi les intervenants et les parents.

Parents et intervenants : On s’inscrit au bulletin électronique d’Actif pour la vie, pour recevoir des sujets d’actualité, des suggestions d’activités, des témoignages et des vidéos qui nous aideront à incorporer de nouvelles idées pour procurer à nos enfants de meilleur choix vers une vie saine et active.

Cet été on lit l’essai du chroniqueur radio et éditorialiste à La Presse François Cardinal, lequel abonde dans le même sens que cet article avec Perdus sans la nature — Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier.
Un excellent site pour débuter sa recherche sur cette question : veille action pour de saines habitudes de vie. Le site est un collage de toutes sortes d’initiatives très percutantes qui touchent de près le thème de ce mois.

 

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