Back to top

Jouer pour s'évader, un comportement nuisible méconnu

Section: 

Contrairement à la croyance populaire, le jeu problématique est tout aussi nuisible que l'usage abusif de drogues.

Ils sont véritablement identiques en ce sens que leurs comportements peuvent affliger les individus des effets néfastes suivants : problèmes financiers, relations difficiles ou manquées, rendement inférieur dans les études, comportement criminel, intérêt excessif pour le jeu, dépression, angoisse, manque général de progrès vers les objectifs.1

En outre, si l'on se fie au continuum de la maladie mentale, relevé récemment dans un webinaire sur la santé mentale chez les jeunes2, présenté conjointement par Réseau CS et le Centre de toxicomanie et de santé mentale, les jeux de hasard chez les jeunes se classent sans hésitations, au rang des problèmes de santé mentale :

Continuum de la maladie mentale

Depuis la fin du siècle dernier, on suit le jeu problématique chez les jeunes ontariens (de la 7e à la 13e année). Voici quelques faits1 étonnants qui dépeignent un portrait préoccupant :

  • LE principal obstacle qui empêche d'adresser la problématique : la majorité des gens ne perçoivent pas le jeu comme étant du tout un problème : « une conduite (qui était autrefois) réprouvée, (le jeu est désormais) une activité de loisir acceptable » et donc souvent tolérée;
  • les garçons sont nettement plus susceptibles que les filles de développer un problème de jeu;
  • presque 10% des jeunes s'étant adonné à un jeu de hasard ont joué pour une valeur entre 50 et 99 $ et 5% d'entre eux, pour 200 $ ou plus;
  • le jeu est plus souvent qu'autrement, introduit par un parent ou un grand-parent;
  • ce sont les jeux de cartes qui retiennent la cote auprès des jeunes
  • un problème de jeu est dû en partie au besoin d’échapper à d’autres agents stressants sous-jacents;3
  • on constate un important manque de connaissances sur les facteurs de risque du jeu, ce qui mène à des comportements qui l'encouragent directement. Et comme les gens ne considèrent pas le jeu chez les jeunes comme étant aussi addictif et problématique que d'autre toxicomanies, un laisser-faire généralisé est prévalent, voire encouragé (ex.: achat de billet à gratter pour des cadeaux).
  • les jeunes actuels font partie de la « première génération à grandir dans une société dans laquelle le jeu est légal, publicisé et « à la mode »4. De plus, la popularité des jeux de hasard et d’argent sur Internet a augmenté de façon constante.
  • 1 élève ontarien sur 3 déclare avoir joué à des jeux de hasard;2

Qui sont les jeunes en difficulté avec les jeux de hasard ?
Les chercheurs Derevensky et Gupta du Centre international d'étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes de l'Université McGill, tracent le profil type1 du jeune adolescent étant le plus susceptible de développer un comportement de jeu problématique :

•    sexe masculin;
•    initiation au jeu en bas âge (même à huit ans);
•    gros gains tôt dans la carrière de jeu;
•    tentatives constantes de recouvrir les pertes;
•    initiation au jeu avec les parents ou seul;
•    dépression avant le jeu;
•    excitation pendant le jeu;
•    pensées irrationnelles (idées fausses) pendant le jeu;
•    mauvaises notes à l’école;
•    autres problématiques de toxicomanie présente (tabagisme, consommation d’alcool ou de drogues illicites);
•    classe sociale inférieure;
•    parents ayant un problème de jeu ou une autre toxicomanie;
•    antécédents de délinquance ou de vol l’argent pour financer les habitudes de jeu; et
•    absentéisme scolaire pour s’adonner au jeu.

Comment mieux intervenir auprès des jeunes aux prises avec des problèmes de jeu?

En quelques mots : Identifier, comprendre, prévenir et traiter. Sans oublier, financer de la recherche pour approfondir et saisir les éléments propres à ce trouble. Sur le terrain, les intervenants insistent : il faut intervenir, oui, absolument, mais doucement, c'est-à-dire sans juger et, avec empathie. Le stigmatisme rattaché à rapporter ouvertement un trouble de santé mentale est encore très élevé et c'est d'autant plus vrai chez les jeunes. Par surcroît, la recherche en matière des comportements sur le jeu confirme qu'un jeune qui manifeste un penchant vers ce comportement, est souvent issu d'un milieu où les relations proches sont troublées ou manquantes. Bref, intervenir trop durement ne fera que l'isoler et l'éloigner davantage. Comme toute personne aux prises avec un problème de santé mentale, le jeune qui recherche de l'aide a besoin, avant tout, d'être entendu et compris. C'est ce que préconise avec ferveur le programme de sensibilisation du YMCA4 destiné à informer les jeunes sur les risques associés aux jeux d'hasard :

« Le YMCA croit que les programmes de sensibilisation sont indispensables si l’on veut favoriser l’épanouissement personnel et créer des collectivités plus saines. Les membres du YMCA n’émettent aucun jugement de valeur sur les personnes qui s’adonnent aux jeux de hasard; nous percevons plutôt le jeu comme une activité qu’elles choisissent d’exercer ou non. En utilisant des stratégies préventives, nous offrons aux jeunes de l’information juste afin qu’ils puissent faire des choix éclairés en ce qui concerne les jeux de hasard et les autres activités à risque élevé. (...) Les jeunes risquent moins de développer des comportements problématiques lorsqu’ils disposent de meilleures stratégies d’adaptation et la bonne nouvelle est que nous pouvons aider à cet égard. »

L'Institut ontarien du jeu problématique du Centre de toxicomanie et de santé mentale fait une mise en garde quant à l'adoption de mesures trop draconiennes lorsqu'on traite les troubles de jeux de hasard chez les jeunes en affirmant que : « les programmes axés sur l’abstinence peuvent provoquer chez le jeune une réticence à demander un traitement » - ce qui va à contresens.

Un problème de perception

Mais comme nous l'avons mentionné à l'ouverture de cet article, le plus grand obstacle à traiter ce trouble est l'attitude prévalent de notre société actuelle à croire que les jeux de hasard sont un loisir sans conséquence, voire un passe-temps
« glamour » et non une source potentielle d'un comportement trouble
. On croit, encore moins, qu'il s'agisse là d'un trouble qui puisse causer autant de ravages que n'importe quel autre problème de toxicomanie. Les jeunes sont encore plus susceptibles d'y être vulnérables : « Les jeunes sont particulièrement attirés par l'exaltation, l'excitation, le divertissement et le prestige qui sont associés fréquemment aux jeux d'argent. Le jeu est présenté, par les acteurs de l'industrie du jeu, comme une activité divertissante et prestigieuse permettant l'accès à la liberté financière. (Les jeunes) sont très peu informés sur les risques associés à une participation excessive aux jeux d'argent. »3

Des outils concrets, faciles d'accès...
Le Centre de toxicomanie et de santé mentale préconise une approche simple et efficace, en quelques étapes. Essentiellement : promotion, prévention, identification précoce et traitement. Ses outils d'intervention en ligne sont particulièrement bien adaptés à la clientèle jeunesse puisqu'ils incorporent une approche directe, immédiate, empreinte de compassion, le tout livré en toute confidentialité et à la portée de l'utilisateur n'importe où et n'importe quand. Ses outils numériques d'intervention sont tout désignés pour le mode de vie mobile des jeunes, tout en leur fournissant un appui ponctuel, sur demande. Les outils sont gratuits, facilement accessibles (même via une application sur son portable) et anonymes. Un des outils permet même à l'usager de faire son propre monitoring, ce qui peut éliminer grandement le sentiment de honte que ressentent les jeunes aux prises avec des problèmes de jeu. De facto, on encourage donc les jeunes à obtenir de l'aide, facilement et rapidement, sans tous les stigmates qui y sont habituellement rattachées et sans les difficultés habituelles face à l'accès.

Un autre chef de file en la matière, le Centre international d'étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes de l'Université McGill, travaille la question depuis plus de 20 ans. Ses recherches en la matière ont d'ailleurs permis de mieux identifier les déterminants du jeu problématique chez les jeunes, comprendre les facteurs liés à la participation des jeunes aux jeux d'argent, identifier des activités de prévention et améliorer et innover les traitements existants.3 Le Centre est une véritable mine sans fond en matière du jeu chez les jeunes. Comme d'autres sur le terrain, le Centre préconise l'approche la plus directe et rapprochée du « client » possible. La sensibilisation et la prévention sont au cœur de ses outils de prévention du jeu excessif (voir leur rubrique Prévention sur leur site web). Le Centre préconise une approche globale en identifiant la problématique comme une préoccupation de santé publique. Dès lors, on veut conscientiser les intervenants sur le terrain (tout adulte ayant des contacts avec les jeunes) à la réalité des jeux d'argent et ses conséquences véritables, d'autant plus que de nouvelles formes de jeux émergent continuellement, notamment en ligne. « La possibilité et la facilité de s'adonner aux diverses formes de jeux ne cessent d'accroître, ce qui soulève de nombreuses inquiétudes. Il est d'ailleurs difficile d'être informés de ces coûts (coûts sociaux engendrés par le jeu excessif); peu de spécialistes semblent être en mesure de les évaluer. Une des missions du Centre est d'informer et d'aider les jeunes, les familles, les milieux scolaires, les intervenants et les agences gouvernementales et ce, dans le but de minimiser les impacts négatifs de la participation aux jeux d'argent. »

D'autres intervenants sur le terrain prônent une approche collaborative complète. Le service de santé publique et le Conseil scolaire du Grand Nord de l'Ontario partagent une direction commune pour appuyer la santé mentale dans les écoles de leur région.5 Selon les chercheurs, plus un enfant est appuyé, écouté, entouré et soutenu, plus il est protégé face aux comportements troubles comme celui du jeu excessif. C'est dans cet esprit que les partenaires du Grand Nord misent sur bâtir la résilience pour favoriser un bien-être généralisé chez leurs élèves. Essentiellement, leur approche s'appuie sur les forces au lieu des lacunes et adopte une vision commune : santé publique et santé mentale ont UN langage commun, c'est-à-dire promotion, prévention et traitement. Grâce à des sondages ciblés, réalisés auprès des élèves, les partenaires ont un meilleur portrait du niveau de résilience de leurs élèves et conséquemment, peuvent mieux intervenir et répondre aux besoins.

« Un esprit sain dans un corps sain » que répétait la maxime d'antan... Cette dernière paraît si simple mais lorsque les appuis manquent, elle peut devenir bien difficile à réaliser. De là, l'importance d'une collaboration étroite entre les écoles, la collectivité et ses institutions publiques ainsi que les familles, en vue d'appuyer les jeunes là où ils se développent. Pour approfondir ces thématiques, nous vous suggérons deux excellents articles récemment publiés chez nous : Bâtir la résilience chez les enfants et Ça prend toute une collectivité pour élever un enfant.

Sources :

1.    Institut ontarien du jeu problématique du Centre de toxicomanie et de santé mentale.

2.    La santé mentale dans les écoles - On en est où?
Ce webinaire organisé en partenariat avec le centre de ressource en promotion de la santé de CAMH a pour objectif de dresser un panorama de la situation de la santé mentale dans les écoles de l'Ontario.
Partie 1: Survol de la recherche et stratégie provinciale (diapos | enregistrement)

3.    Centre international d'étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes de l'Université McGill.

4.    Programme de sensibilisation aux jeux de hasard chez les jeunes (PSJJ) du YMCA.

5.    La santé mentale dans les écoles - On en est où?
Ce webinaire organisé en partenariat avec le centre de ressource en promotion de la santé de CAMH a pour objectif de dresser un panorama de la situation de la santé mentale dans les écoles de l'Ontario.
Partie 2: Programmes en santé mentale dans les écoles – meilleures pratiques et exemples de partenariats à succès (diapos | enregistrement)

Autres ressources :
•    Séance de discussion et de partage - Les jeux en ligne, les jeux de hasard ou d'argent et les jeunes (Diapositives | Enregistrement)

•    Programmes pour les écoles http://ymcagta.org/en/who-we-work-with/educators/gambling/index_fr.html
•    La prévention du jeu pathologique
•    Institut ontarien du jeu problématique
•    Le Centre international d’études sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes
•    Arretezlespertes.ca
•    London – Addiction Services of Thames Valley  http://adstv.on.ca/fr/santementale
•    Ligne Ontarienne d’aide sur le jeu problématique   1-888-230-3505 http://www.problemgamblinghelpline.ca/Accueil/Index
•    Ontario – liste des services d’aide dans la province
•    Ottawa - Addictions and Mental Health Services  613-789-8941
•    Timmins  - South Cochrane Addiction Service  705-264-5202
•    Toronto - CAMH  416-535-8501 Access CAMH
•    Partout au Canada – Jeunesse j’écoute  1-800-668-6868

 

 

Edition: