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Le leadership communautaire – entretien avec Joy Finney lauréate 2014 du Prix 3M de leadership en santé

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Joy Finney du Woolwich Community Health Centre à St. Jacob’s dans le sud de l’Ontario est la plus récente récipiendaire du Prix 3M de leadership en santé. Voici ci-contre l’essentiel de notre entretien récent avec elle.

Premièrement, félicitations Joy! Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris la nouvelle? Qu’en pensez-vous de toute cette histoire de prix? Cela vous gêne un peu je pense…
J’ai été très touchée. Comment puis-je vous le décrire? Les mots me manquent… J’étais très très honorée. Cela a été très surprenant. Je savais que mon nom avait été proposé mais j’étais si impressionnée avec le travail des autres candidats en nomination. C’était très impressionnant de constater toutes les choses extraordinaires qui se réalisent quotidiennement et collectivement dans notre province!

Pourquoi pensez-vous avoir été choisie?
Je crois que c’est parce que je travaille avec un groupe de gens très sympathiques, très gentils, qui tiennent à cœur de venir en aide aux autres et ceci est l’expression de tout cela, mis ensemble. Je travaille avec des gens formidables et profondément attachants.

On dit souvent que les meilleurs leaders ce sont ceux et celles qui travaillent tranquillement, dans l’ombre, à l’abri des accolades. Qu’en pensez-vous?
Lorsque vous m’avez demandé comment j’ai réagi à la nouvelle, je voudrais répondre ainsi à votre question : il est très facile pour moi d’être passionnée au sujet du travail que je fait au quotidien et surtout, des gens avec qui je travaille. J’aimerais tellement mettre cette équipe de collègues passionnées sous les feux de la rampe, plutôt que moi-même, vous n’avez pas d’idée! Recevoir le Prix 3M de leadership en santé cependant me donne une belle occasion de vous parler passionnément des gens et des projets qui sont à l’œuvre ici, dans ma collectivité.

Je crois que lorsque l’on travaille avec des gens de notre collectivité comme je le fais ici au Woolwich Community Health Centre, tu constates les contributions importantes que les gens ont sur leur milieu. Tu vois, chaque jour, les contributions des bénévoles dans ta communauté et l’effet bénéfique de celles-ci. Chaque personne apporte ses habiletés et ses idées pour créer ensemble des projets novateurs. Lorsque vous travaillez dans un domaine comme le mien, vous voyez au quotidien, les contributions volontaires et positives des gens. Vous constatez que l’énergie collective des gens qui travaillent véritablement ensemble fait en sorte que les choses marchent ensemble. C’est pourquoi je dis que ce prix, je n’en suis pas le focus mais plutôt, il est le reflet de l’équipe de gens avec qui je contribue, chaque jour, à faire une différence.

Vous avez une belle vision de partage face à votre travail d’intervenant en santé. Parlez-nous davantage de cette vision.
Vous savez, je me souviens, il y a de ça 18 ans, d’avoir participé à un atelier où l’on tentait de définir sa personnalité avec le test Myers-Briggs. Et la mise en situation nous plaçait devant un cerf blessé dans la forêt, en nous demandant comment on y réagirait.
Je m’en souviens encore. Cela m’avait marqué car c’était fascinant de constater les réponses des gens autour de moi… Mon groupe s’est attardé à l’approche plus holistique et spirituelle de cet être vivant blessé en dépit du fait que j’ai une formation en sciences infirmière imaginez-vous! Cet évènement m’a profondément marqué. Je m’en souviens comme si c’était hier.

Pourquoi?
Cela m’a fait comprendre quelque chose qui me sert encore aujourd’hui dans mon travail d’intervention : il est primordial d’avoir autour de soi une équipe de personnes très différentes, aux approches et aux visions différentes afin de venir en aide aux gens dans nos collectivités. Lorsque nous pouvons travailler dans cette pluralité, cela peut être si riche, si remarquable! Je cherche les opportunités créatives dans cette pluralité.

Qu’est-ce que vous aimez particulièrement de votre travail d’intervenant dans un centre de santé communautaire?
Notre centre est basé sur Communautés en santé et Villes en santé et j’adhère à ce modèle à 100% parce que selon moi, c’est celui qui a le plus de succès. Ce modèle privilégie avoir à sa base, un environnement de soutien, lequel devient crucial pour la prise en charge et la prise de bonnes décisions pour chaque individu. C’est un modèle qui est aussi très holistique puisqu’il se rattache à tous les déterminants de la santé. Finalement, c’est un modèle qui permet de travailler uniquement les questions qui sont spécifiques à la collectivité. C’est la collectivité qui décide sur quoi nous travaillons, pas l’inverse. Et cette collectivité est représentée dans notre organisation sous diverses formes, notamment par l’entremise d’un comité aviseur. Dans le cas de bien d’autres organisations en promotion de la santé, leurs priorités leur sont affectées par d’autres instances et non pas de la collectivité.

Malheureusement, dans des temps de restrictions financières, les besoins primaires sont de plus en plus urgents et c’est là que nous versons les fonds. Cependant, ce sont à ces moments précis où nous devons redoubler d’efforts pour prévenir la maladie.

Donner de l’information ne suffit pas! L’environnement de soutien est absolument nécessaire pour faire de bons choix. Je donne par exemple la cessation de fumer. Depuis que nos politiques publiques prohibent cette habitude, nous avons un environnement qui n’encourage plus ce comportement néfaste, il favorise plutôt un choix santé, soit celui de ne pas fumer parce qu’on est plus tenté de le faire. Donc on change les habitudes par l’environnement, vous voyez? Et les exemples abondent en ce sens… On le voit côté nourriture et le mouvement « mangez local », lequel requiert un soutien sur toute la ligne, du fermier local, au réseau de distribution et à l’achat.  

Vous êtes visiblement une femme très passionnée! Qu’est-ce qui vous motive autant?
Je suis vraiment choyée. Je travaille dans un milieu qui a un sens des valeurs très, très fort, lequel est en harmonie avec les miennes mes valeurs. Cela est très important pour moi. Les valeurs qui me tiennent à cœur sont celles de travailler sur des questions décidées par et pour la collectivité. Le modèle que j’évoquais tantôt me permet de me libérer pour travailler uniquement là où la collectivité détermine qu’il y a un besoin. Alors ce sur quoi je travaille a un sens et une importance primordiale pour le milieu. Cela m’interpelle beaucoup! Tu travailles sur ce qui compte. Je suis témoin tous les jours des histoires à réussites dans lesquelles les gens ont contribué à agir sur leur milieu et leurs vies, par l’entremise de notre centre. J’adore travailler dans un centre de santé communautaire aussi parce que nous travaillons toute la gamme de la promotion de la santé : le traitement de la maladie, la prévention de la maladie et la promotion de la santé pour éviter la maladie. Alors tu ne travailles pas uniquement avec des gens lorsqu’ils sont malades mais tu œuvres à garder les gens en santé. J’aime outiller les gens pour qu’ils fassent de meilleurs choix par eux-mêmes.
Bref, une communauté en santé est une qui se réalise dans un environnement économique en santé et dans un environnement d’appui social très fort. C’est le modèle que je préconise ici et dans lequel je crois fermement.

Vous faites un lien bien intéressant entre l’environnement culturel et la santé. Pouvez-vous élaborer?
Oh, l’environnement culturel est si important! Il est crucial! Je suis allé à l’école en Inde avec des élèves de partout au monde. J’ai travaillé et vécu partout au monde. C’est par le biais de ce vécu que j’ai constaté à quel point nous sommes moulés selon les présomptions que nous faisons. Et c’est là que nous constatons à quel point nos points de vue sont si différents les uns des autres. Cela me fascine.

Un exemple, c’est le Clear Waterways Group, une initiative qui nous a permise de sécuriser la propreté des cours d’eau locaux, en évitant les ruissèlements superficiels produits par les terres agricoles environnantes. Nous avons travaillé avec les fermiers locaux, afin de trouver des solutions plausibles qui fonctionnaient pour eux. Pour certains fermiers qui n’acceptaient aucune intervention « politique » dans leur pratique agricole, nous avons réalisé le projet sans l’appui financier gouvernemental, afin de ne pas entraver leurs mœurs et croyances personnelles. C’était un gros défi mais nous l’avons relevé en travaillant ensemble, pour le bien collectif de notre milieu de vie et ce, tout en respectant les croyances des fermiers. Il nous a fallu trouver des manières plus créatives pour les consulter et les engager dans le processus. Lorsque nous nous consultons et que nous parlons ensemble, nous découvrons toujours des pistes de solution. Il s’agit d’abord de bâtir des liens de confiance avec les gens. C’est ça qui fait la vraie différence.

Quelle est votre vision pour l’avenir en matière de santé communautaire? Nous nous dirigeons vers quoi selon vous?
Je vois un défi qui me préoccupe particulièrement. C’est la tendance actuelle de limiter la promotion de la santé à l’éducation ou la sensibilisation. Je crois que nous assistons à ce glissement en raison des temps économiques difficiles que nous traversons. On croit qu’en ces temps-là, il est plus judicieux de se concentrer sur le traitement. Ainsi, on croit s’être acquitter de nos obligations et de nos responsabilités. Mais il y a un gros risque à faire ceci : on risque de manquer complètement le bateau. On oublie complètement le rôle crucial que joue l’environnement, comme je disais tantôt et selon moi, ce faisant, nous faisons fausse route.

Par exemple, on peut répéter ad nauseam aux gens de faire de l’exercice et d’être actif physiquement. Chez nous, des bénévoles ont fait du lobbying et ont obtenu du canton, un poste pour un coordonnateur de sentiers pédestres. Et nous avons aujourd’hui, grâce à ces efforts, un réseau de sentiers que les gens aiment et utilisent. Essentiellement, nous avons créé l’occasion et le contexte pour faire bouger les gens. Il est primordial que nous reconnaissions le développement communautaire sur un continuum de promotion de la santé. Nous devons aussi avoir des politiques publiques qui agissent sur les déterminants de la santé. Informer les gens est nettement insuffisant.

En appui à sa candidature, D’Arcy Farlow, consultant(e) avec Organizational and Community Capacity Building dit de Joy Finney :

 « Joy ne se définirait jamais en tant que leader. Elle est l’exemple parfait de quelqu’un qui mène par l’exemple. Elle fait ressortir chez les autres leur potentiel en leadership en les outillant avec des connaissances, des ressources, de l’appui et de l’encouragement, tout ce dont ils ont besoin pour devenir actifs et enthousiastes. La résultante est que nombreux projets sont menés par des leaders qu’elle a inspirés. Joy, dans sa grande sagesse et son élégance, a été pour moi et pour tant d’autres dans le canton de Woolwich et de la région de Waterloo, un mentor. Nous avons à cœur la vision de la communauté qu’elle modélise dans tout ce qu’elle entreprend et qui lui est très chère. »

Nous ne pourrions trouver plus éloquente façon de conclure un entretien avec une femme de cœur dévouée et impliquée dans sa communauté. Félicitations à Madame Joy Finney, récipiendaire 2014 du Prix 3M de leadership en santé.

Vous pouvez apprendre davantage sur Joy en regardant notre vidéo ici.

 

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