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Peut-on vivre en santé sur le salaire minimum actuel?

Section: 

Peut-on vivre en santé en gagnant sa vie au salaire minimum?

En janvier dernier, la première ministre ontarienne Kathleen Wynne annonçait la hausse du salaire minimum à 11 $ de l'heure, dégelant ainsi un cap imposé à 10,25 $ / heure, il y a quatre ans. Mme Wynne et son gouvernement affirmait qu'avec cette mesure, l'Ontario allait rattraper l'index des prix à la consommation (IPC). Cette mesure classe désormais le salaire minimum de l'Ontario au rang du plus élevé au pays, ex aequo avec le Nunavut. D'emblée, les organisations syndicales et sociales de la province ont dénoncé la mesure comme étant nettement insuffisante, eux qui réclamaient plutôt un salaire de subsistance minimale de 14 $ / heure. L'écart était trop important pour la Première ministre Wynne, qui a décidé d'une augmentation plus modeste, peut être pour apaiser les gens du milieu des affaires qui clament de leur côté, que le salaire minimum n'aident pas à sortir de la pauvreté les plus vulnérables. À cette annonce, les chefs d'entreprise ont soufflé et les pauvres, et ceux qui défendent leurs intérêts, ont protesté. Pourquoi? Parce qu'au fait, les vraies questions à poser, c'est peut être peut-on être en bonne santé quand on est pauvre? Et vit-on dans la pauvreté quand on est payé au salaire minimum?

Pauvreté = mauvaise santé?

Comme beaucoup, nous vous répondrons sans équivoque que oui. Une publication de Santé Canada intitulé Répercussions de la pauvreté sur la santé, Aperçu de recherche publié en 2003 a établi le constat suivant, basé sur de nombreuses études réalisées dans 4 pays:

« Dans toutes les études qui comprennent des mesures du revenu, celui-ci est relié de façon significative à l'état de santé »

Et même, qu'« un grand nombre d'analyses et d'études empiriques utilisant diverses mesures du revenu et de la santé (...) démontrent (...) un lien très étroit entre le revenu et la morbidité et la mortalité.»  Ce même aperçu de recherches résume les faits suivants:

•    Au plan des problèmes de santé, la pauvreté de longue durée fait plus de ravage que des « épisodes occasionnels de pauvreté ».
•    Le niveau de revenu est un indice de l'état de santé significatif - encore plus que ne l'est le changement de niveau de revenu.
•    Les brusques revers de fortune sont dommageables pour la santé - plus importants encore que les réussites soudaines.
•    L'augmentation du revenu peut avoir un impact cumulatif substantiel. Chez les enfants par exemple, les effets cumulatifs agissent de façon durable et considérable sur les différentes dimensions du bien-être (dans le sens de l'effet « boule de neige », sur toute une vie).

Bref, de longs états de pauvreté soutenue, dues notamment à des revenus moindres, ont des incidences directes sur la santé. Inversement, l'augmentation des revenus peut améliorer la santé à long terme. Pour ceux qui s’intéressent aux définitions et liens entre pauvreté et revenu nous vous suggérons un rapport très intéressant de Statistique Canada : Faible revenu et pauvreté : certaines questions conceptuelles.

Le site GenderandHealth.ca, quant à lui, affirme que « non seulement les membres les plus démunis de la société ont-ils une mauvaise santé, mais l’état de santé diminue au fur et à mesure que l’on descend dans l’échelle socioéconomique, ce qui a des répercussions sur l’ensemble de la population. » Ainsi, toujours selon ce site:
•    Il y a un lien causal entre le risque de dépression et un niveau de revenu moindre.
•    Le taux de mortalité infantile est plus élevé dans les groupes à faible revenu.
•    Et les gens à faible revenu consultent plus souvent un médecin et ont plus de besoins de santé non comblés.

Au Canada ou ailleurs sur le globe, il semble avoir un corollaire direct entre l'état général de la santé et le rang social, celui-ci étant largement déterminé par le niveau de revenu. Qu'il s'agisse de santé physique, mentale ou psychologique, les gens à faible revenus seraient défavorisés.

L’argent offre aux gens la possibilité de faire des choix positifs, notamment en matière de santé. Certaines études donnent à penser qu’il existe deux liens étroits entre le revenu et la santé :
1.    les personnes qui ont un revenu très faible n'ont pas assez d'argent pour se procurer les choses essentielles à la vie;
2.    Les personnes qui ont un revenu assez faible ont moins de chance d'exercer un contrôle sur leur propre vie.

Le niveau de revenu est un des déterminants sociaux de la santé.

Le salaire minimum actuel mène-t-il à la pauvreté?

Pour répondre à cette question, il faut élargir le spectre légèrement, le salaire minimum n'étant pas le seul déterminant en cause. Car 'salaire minimum' rime pratiquement immanquablement avec 'piètre qualité d'emploi', ce qui est vraisemblablement le nerf de la guerre en ce qui a trait aux causes de la pauvreté. Les gens à faibles revenus occupent des emplois de piètre qualité qui les maintiennent dans la misère. Par cela, on entend :

•    des emplois précaires
•    des affectations d'heures irrégulières et/ou infréquentes et/ou instables (rendant très difficile la planification d'un budget familial par exemple)
•    des emplois et des conditions d'emploi non protégés par une représentation syndicale
•    du travail à temps partiel partagé avec d'autres employés
•    du jonglage de 2 ou 3 emplois à temps partiel
•    des niveaux de scolarité peu élevés (ce qui met en péril des opportunités d'avancement, peut mener à des situations abusives, etc.)
•    des conditions de travail insalubres
•    des emplois sans assurance santé ou autres avantages sociaux
•    des abus de pouvoir de la part des employeurs qui profitent des conditions mentionnées ci-dessus

Néanmoins, une partie du débat se focalise également sur le fait que le salaire minimum actuel serait, ou pas, au diapason avec l'IPC et permettrait de répondre aux besoins réels de la vie. Cette discussion déchaine les passions au Canada et ailleurs (on se rappellera le scandale causé par Wal-Mart et sa campagne de collecte d'aliments à l'action de grâce américain à l'automne dernier. Qu’il s'agisse d’emplois chez les grandes chaînes de restauration américaines ou des usines de transformation de vêtements de grande marques internationales à l'étranger, des employés de partout sur la planète dénoncent que leur salaire minimum ne correspondent plus, depuis plusieurs années, aux coûts réels de la vie. C'est ce discours qui mène d'ailleurs de plus en plus d'organismes luttant pour l'équité salariale et un partage plus équilibré des richesses, de parler non plus d'un salaire minimum mais plutôt d'un salaire de subsistance.

Selon le Centre canadien de politiques alternatives, un salaire de subsistance est basé sur des dépenses réelles. Un tel salaire tiendrait compte du niveau salarial requis pour qu'une famille puisse s'acheter le minimum requis pour sa vie au quotidien. Loin d'être extravagant, ce salaire ne permettrait pas d'épargner ni pour la retraite, ni pour les études des enfants et il ne pourrait rembourser des dettes. Cependant, selon le CCPA, cette "nouvelle" définition tiendrait compte des coûts associés à s'acheter les choses essentielles de la vie alors que le salaire minimum ne le fait pas. Selon les organisations sociales revendiquant le salaire de subsistance, ce dernier permettrait aux travailleurs de vivre au-delà de leur survie quotidienne. Ils pourraient abandonner 1 de 3 emplois à temps partiel, ils auraient du temps à donner à leur église ou à leur communauté, ils pourraient passer du temps avec leurs enfants ou leur payer une classe visite à l'école. Ils termineraient le mois sans avoir recours au crédit et ils auraient les moyens d'acheter suffisamment de nourriture pour leur famille par exemple. 

Les opposants au salaire de subsistance ou à toute hausse du salaire minimum actuel, sont principalement issus du milieu des affaires. Appuyés par d'autres recherches empiriques, notamment celles du Fraser Institute, ceux-ci déclarent que toute hausse du salaire minimum nuit à l'emploi. Ils avancent qu’une hausse du salaire minimum représente des coûts supplémentaires que les entreprises ne peuvent supporter conduisant à des fermetures d’entreprises ou à des délocalisations. Ces destructions d’emplois ne faisant in fine que renforcer la pauvreté des plus vulnérables, selon certains comme le Fraser Institute.

Le plus grand défi de notre époque?

Que l'on soit d'avis que d'augmenter le salaire minimum maintienne les gens dans la pauvreté ou au contraire permette de les en sortir, chose certaine, la question est bien de son temps. On a qu'à penser au vent de changement qui souffle sur le globe pour constater que nous assistons actuellement à d'importantes mobilisations qui revendiquent des changement sociaux significatifs (les événements liés au printemps arabe, le mouvement Occupy, les manifestations pour les frais de scolarité, etc.). En fait, la question de la pauvreté et du salaire minimum se situe au cœur du plus grand défi de notre époque si l'on se fie à une déclaration éloquente récente du Président américain Barack Obama, où il affirmait que l'écart effarant entre les riches et les pauvres est en train de remettre en question l'essence même du peuple américain (et peut être celui de la planète?). Vous voulez faire votre propre opinion sur la question? Nous suggérons deux livres*, l'un d'une auteure américaine, le second d'une britannique qui ont exploré la vie de salariés à faible revenu. Elles relatent leurs expérience et témoignent de combien il est difficile, voire impossible de vivre et de survivre uniquement sur un salaire minimum - à moins de renoncer à coucher sous un vrai toit, selon les dires de l'une d'elle... 

* Nickel and Dimed: On (Not) Getting by in America, Barbara Ehrenreich, Holt Paperbacks, 2002. (Auteure américaine)
Below the Breadline: Living on Minimum Wage, Fran Abrams, Profile Books; 1st Edition Thus edition, 2002. (Auteure britannique)

LECTURES SUGGÉRÉES

(FR) LES LIENS ENTRE PAUVRETÉ ET SANTÉ

(FR) DES PREUVES TANGIBLES DU LIEN DE CAUSE À EFFET DE LA PAUVRETÉ SUR LA SANTÉ

(FR) FAIBLE REVENU ET PAUVRETÉ : CERTAINES QUESTIONS CONCEPTUELLES, STATISTIQUE CANADA

(FR) PUBLICATION QUI EXPLORE LES LIENS ENTRE LA PAUVRETÉ ET L'EMPLOI ET SES RAMIFICATIONS

(FR) ARTICLE DE FOND, EXAMINANT LA PROBLÉMATIQUE DU SALAIRE MINIMUM, DANS UN CONTEXTE QUÉBÉCOIS

(ANG) "I'M STILL HUNGRY" CHILD AND FAMILY POVERTY IN ONTARIO, CENTRE DE RESSOURCE MEILLEUR DÉPART, 2010

(ANG) ET SI LE SALAIRE MINIMUM EN ÉTAIT UN DE SUBSISTANCE? ARTICLE DE FOND DU CENTRE CANADIEN DE POLITIQUES ALTERNATIVES QUI REPLACE LA QUESTION DANS UN CONTEXTE BEAUCOUP PLUS LARGE

(ANG) UN CONSORTIUM BRITANNO-COLOMBIEN QUI MÈNE LA LUTTE POUR UN SALAIRE DE SUBSISTANCE

(ANG) CAMPAGNE POUR UN SALAIRE MINIMUM PLUS ÉQUITABLE

(ANG) DOSSIER SPÉCIAL DE L'ÉMISSION THE CURRENT À LA RADIO DE CBC, SUR LES QUESTIONS ENTOURANT LE SALAIRE MINIMUM (FICHIER BALADO FORTEMENT RECOMMANDÉ)

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