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S'occuper de la santé des lesbiennes: ressource à l'intention des fournisseurs de soins de santé, des décideurs et des planificateurs du Canada

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S'occuper de la santé des lesbiennes: ressource à l'intention des fournisseurs de soins de santé, des décideurs et des planificateurs du Canada

Pourquoi la santé des lesbiennes est-elle importante?
Les lois sur les droits de la personne (tant fédérales que provinciales) existent afin de protéger les lesbiennes, les gais et les bisexuels de la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Même si cette protection n’est pas enchâssée dans la Charte canadienne des droits et libertés, l’article portant sur les droits à l’égalité vise à empêcher la discrimination en raison de l’orientation sexuelle. Toutefois, les minorités sexuelles rencontrent encore des obstacles systémiques et l’expression interpersonnelle de l’homophobie dans la société.

Dans le contexte des soins de santé, certains hôpitaux et certains fournisseurs de soins commencent à mettre en place des politiques et des pratiques qui sont conformes à la législation sur les droits de la personne. Ils le font en élargissant la définition de famille biologique au-delà des parents biologiques, en offrant une formation sur la diversité et en élaborant des programmes particuliers afin de répondre aux besoins des lesbiennes, des gais et des bisexuels.

Pourquoi devrions-nous nous efforcer de rendre le système de soins de santé accessibles aux lesbiennes? Au départ, le système doit être réceptif et englober tout le monde. Il y a des problèmes de santé qui peuvent être plus fréquents chez les lesbiennes ou pour lesquels les facteurs de risque ou les formes d’intervention diffèrent.

Bon nombre de questions de santé touchant les lesbiennes peuvent être réglées en améliorant l’accès aux soins, en réduisant les comportements et les attitudes discriminatoires dans la société canadienne et en travaillant afin de parvenir à la reconnaissance et à l’égalité dans le système de santé.

Rendre les soins de santé sûrs pour les lesbiennes signifie :

• que les fournisseurs de soins de santé obtiennent des renseignements précis sur leurs patientes et qu’ils utilisent ces renseignements afin de poser un diagnostic et de prendre des décisions éclairées sur le traitement;
• que les patientes sont traitées de façon holistique, et que leur définition de famille et de soignant est respectée;
• que l’énergie de la patiente n’est pas dépensée à rester dans le placard mais bien en vue de guérir;
• que l’on reconnaisse les déterminants sociaux de la santé, comme la discrimination systémique et la reconnaissance de la façon dont de multiples oppressions interagissent (comme le racisme et l’homophobie).

L’invisibilité des lesbiennes a des conséquences. Une méfiance à l’égard du système médical peut amener les personnes à rechercher des formes alternatives de soins de santé, formes qu’elles considèrent plus complètes. L’invisibilité peut également entraîner un mauvais diagnostic ou un sous-diagnostic (Simkin, 1998).

Répercussions de cet héritage  (Héritage historique de l’homophobie dans les soins de santé)

L’héritage historique a informé les politiques et les pratiques en matière de soins de santé et continue d’influencer les expériences des lesbiennes avec le système médical. En fait, les recherches portant sur l’expérience des lesbiennes avec les fournisseurs de soins de santé révèlent la lutte unique que les lesbiennes doivent mener (Denenberg, 1995; Rosser, 1992; Stevens, 1995). Une des questions les plus fondamentales est celle de « sortir du placard » ou de révéler son identité lesbienne. Même si l’on suppose que l’honnêteté et la confidentialité sont les pierres angulaires de la relation patient-fournisseur de soins de santé, cela n’est pas souvent le cas pour les lesbiennes, pour lesquelles la révélation de leur identité de lesbienne peut avoir des conséquences négatives.

Une étude réalisée auprès d’infirmières enseignantes aux États-Unis a permis de constater que 25 p. 100 des participants percevaient le lesbianisme comme étant « immoral » et « mal », et que 52 p. 100 estimaient que les lesbiennes devraient subir des traitements afin de devenir hétérosexuelles (Rankow, 1995). Ces attitudes ne sont pas laissées à la porte des salles d’opération ou des cliniques et influencent la qualité des soins que reçoivent les lesbiennes. La discrimination a des répercussions sur tous les aspects des interactions dans le domaine des soins de santé, allant de la décision d’une femme d’avoir accès au système de santé, au diagnostic et au traitement du fournisseur de soins. Une enquête réalisée par la  American Association of Physicians for Human Rights a permis de constater que 67 p. 100 ont signalé des cas de lesbiennes, de patientes bisexuelles ou de patients gais auxquels on avait refusé des soins ou qui avaient reçu des soins inférieurs à la norme en raison de leur orientation sexuelle (Rankow, 1995).

Au Canada, un rapport publié en 1997 en Ontario indique que 51 p. 100 des patientes lesbiennes n’avaient pas révélé leur orientation à leurs fournisseurs de soins de santé, même si 91 p. 100 de ces patientes estimaient qu’il était important que leurs fournisseurs le sachent (Davis, 2000). Une autre étude réalisée récemment a porté sur les répercussions du climat social antilesbienne et anti-gai sur les lesbiennes vivant dans le nord de la Colombie-Britannique (Anderson et coll., 2001). Cette étude a révélé que ce climat social dans le nord s’était infiltré dans les services de soins de santé et que des changements importants étaient nécessaires dans les services et dans la collectivité en général afin d’augmenter et d’encourager l’accès aux soins de santé par les lesbiennes.

Il arrive trop souvent que la supposition voulant que toutes les femmes aient un partenaire masculin oriente les politiques et les pratiques des soins de santé et rend les lesbiennes invisibles (Simkin, 1998; Luce et coll., 2000). Cette invisibilité touche directement la santé des lesbiennes et les soins qu’elles reçoivent. Pour s’assurer que les lesbiennes reçoivent des soins adéquats, elles doivent souvent divulguer leur identité sexuelle ou leurs pratiques sexuelles. Cette divulgation peut rencontrer le dégoût, la crainte, l’hostilité ou l’incompréhension, et l’appréhension d’une telle réaction peut décourager une femme de sortir du placard.

La crainte de recevoir des traitements homophobiques signifie que certaines lesbiennes se font passer pour des hétérosexuelles dans les établissements de soins de santé et qu’elles donnent des renseignements incomplets ou inexacts afin de cacher leur identité lesbienne. Cette charade élaborée avec soin donne souvent lieu à un mauvais diagnostic et à un mauvais traitement, de même qu’à l’inconfort et de l’anxiété chez la patiente. L’ironie de la divulgation est grande, comme l’a fait remarquer une femme de Vancouver :
« Si je ne conteste pas que l’on suppose que je suis hétérosexuelle, je risque de recevoir des soins inadéquats en raison des mauvais renseignements. Pourtant, si je révèle mon orientation, je crains l’antagonisme, le dégoût ou un mauvais traitement médical ». Dans un effort afin d’éviter cette négociation de l’identité, bon nombre de lesbiennes s’abstiennent de recevoir des soins médicaux, comme les examens de routine, le test de Papanicolaou, les mammographies et les examens des seins (Mautner,1998; Davis, 2000; Anderson et coll., 2001).

Il peut être difficile de parvenir à la santé en tant « qu’état de bien-être physique, émotionnel et social » pour les lesbiennes vivant dans les collectivités du Nord où l’homosexualité est vilipendée et où la sécurité personnelle peut être menacée. (Anderson et coll., 2001)

Questions de santé touchant les lesbiennes

Les lesbiennes partagent un grand nombre d’inquiétudes en matière de santé qu’ont les femmes hétérosexuelles mais elles ont aussi des problèmes de santé distincts (Solarz, 1999). Même s’il existe certaines preuves de tendances épidémiologiques chez les lesbiennes, les déterminants d’un état de santé compromis ou d’une mauvaise utilisation des services de santé sont souvent les obstacles systémiques composés de l’homophobie de la société et des fournisseurs de soins, et des préjugés hétérosexistes dans les politiques et les pratiques de santé (O’Hanlan, 1997; Anderson et coll. 2001). Ces obstacles sont complexes pour les lesbiennes qui ont un handicap, qui sont démunies sur le plan économique ou qui sont membres d’une minorité visible ou de collectivités autochtones.

Bon nombre de lesbiennes ont identifié les enjeux qui suivent comme ayant des répercussions importantes sur la santé et les soins de santé des lesbiennes.

Vieillissement

Les femmes plus âgées dont le partenaire est une femme doivent composer avec l’invisibilité : les lesbiennes plus âgées sont souvent considérées comme des veuves d’un mariage hétérosexuel ou des « vieilles filles ». Le silence culturel au sujet de l’âge et de la sexualité signifie qu’il est fort probable que l’on n’interrogera pas les femmes plus âgées sur leur orientation ou leur comportement sexuel (Rankow, 1995; Deevey, 1990). Certaines lesbiennes qui sortent du placard à une période tardive de leur vie risquent d’être rejetées par leur famille, y compris leurs enfants adultes et leurs petits-enfants.
Les autres lesbiennes qui perdent leur partenaire vivent un deuil mais ne reçoivent pas la reconnaissance de la société de leur perte importante (Isaac et Herringer, 1998).

Cancer du sein et autres formes de cancer

On ne connaît pas la fréquence du cancer du sein chez les lesbiennes, bien que certaines études affirment qu’il est trois fois plus élevé que chez les femmes hétérosexuelles (Rosser, 1992). Les preuves épidémiologiques semblent indiquer que les lesbiennes peuvent être à plus grand risque d’avoir le cancer du sein parce qu’elles ont moins de grossesses et qu’elles ont des enfants plus tard dans leur vie, qu’elles font une plus grande consommation d’alcool, qu’elles ont un indice de masse corporelle plus élevé et qu’elles ont moins accès à la prévention ou au traitement, comme l’examen des seins par un médecin (Solarz, 1999). Les lesbiennes, tout comme les femmes de couleur et les membres d’autres groupes opprimés, peuvent également être à risque d’avoir un diagnostic tardif et, par conséquent, un taux de mortalité plus élevé des suites du cancer (Davis, 2000; Mautner Project, 1998).

Mon amie est morte parce qu’elle n’a pas pu s’autodiagnostiquer suffisamment tôt pour sauver sa vie. C’était une femme intelligente, capable et éloquente. Mais, en tant que lesbienne, elle ne se sentait pas la bienvenue dans le système de santé. Elle ne l’a jamais utilisé. Elle n’a jamais appris à faire son auto-examen des seins. Son cancer est devenu trop avancé (Stevens, 1995).

VIH/sida

Les lesbiennes sont à risque de contracter le VIH lorsqu’elles  partagent des aiguilles pour s’injecter de la drogue, lorsqu’elles se font inséminer artificiellement de façon alternative avec du sperme non sélectionné et lorsqu’elles ont des rapports sexuels non protégés avec des partenaires masculins et féminins. On a beaucoup débattu de la question de la transmission possible du VIH d’une femme à une autre lors de rapports sexuels. Certaines études ont démontré des taux plus élevés de VIH chez les femmes qui avaient des rapports avec des femmes que chez des femmes exclusivement  hétérosexuelles, même si ces statistiques sont affectées par les participantes de l’étude qui ont un comportement bisexuel et qui utilisent des drogues injectables (Solarz, 1999). Même si les efforts initiaux de prévention du VIH ont été ciblés parmi des groupes à risques (selon les lignes directrices du U.S. Center for Disease Control), le lesbianisme n’était pas considéré comme une catégorie
à risque (Glassman, 1995). L’invisibilité a écarté les lesbiennes de l’analyse et a obscurci les problèmes des femmes qui ont des rapports sexuels avec des femmes. Même si ce silence a commencé à changer, les études de recherches ont démontré que les praticiens de la santé sont doublement ignorants des questions entourant les lesbiennes et le VIH (Simkin, 1998; Glassman, 1995; Stevens, 1994b; Simkin, 1993b).

Statut juridique des partenaires lesbiennes

Les familles de la collectivité lesbienne sont souvent constituées différemment que celles de la société traditionnelle hétérosexuelle, et cela peut comprendre un partenaire du même sexe ainsi que, au lieu où en plus des amis proches de la famille biologique. Dans bon nombre de provinces, les personnes que les lesbiennes considèrent comme la famille ne sont pas considérées comme les plus proches parents. Certaines lesbiennes prennent des dispositions juridiques pour qu’une autre personne (p. ex., une partenaire, une amie) puisse prendre des décisions ou gérer ses finances lors d’une crise. Toutefois, les fournisseurs de soins ignorent souvent de telles dispositions et peuvent même ne pas être au courant de l’existence d’une partenaire lesbienne (Davis, 2000; Simkin, 1998; Deevey, 1990). Il s’ensuit que bon nombre de partenaires lesbiennes sont tenues à l’écart du processus décisionnel lors d’une situation de crise dans le domaine de la santé (p. ex., si une lesbienne est frappée d’incapacité mentale) et qu’elles ne peuvent pas jouir des privilèges de visite accordés habituellement à la famille.

Santé mentale

Même si les maladies mentales diagnostiquées ne sont pas plus fréquentes chez les lesbiennes que chez les femmes hétérosexuelles, l’homophobie de la société a des répercussions sur la santé mentale de femmes dont le partenaire est une femme (D’Augelli, 1989). Les lesbiennes peuvent souffrir de rejet de la part de la famille, des amis, des collectivités religieuses et des collègues. Elles peuvent être la cible de crimes haineux, y compris d’agressions verbales et physiques, et elles peuvent se voir refuser des logements, la garde des enfants (les leurs ou ceux de leur partenaire), un emploi ou des soins de santé. Les répercussions du rejet par la société si une personne sort du placard, et le fardeau de garder une identité secrète si elle ne le fait pas, peuvent être une source d’isolement et de dépression (Denenberg, 1995; Bradford et coll., 1994). Les liens que le système psychiatrique a établis historiquement entre l’homosexualité et la maladie mentale hantent toujours bon nombre de lesbiennes, en particulier les femmes plus âgées. Lors de discussions de groupes, certaines lesbiennes ont reconnu qu’elles n’obtenaient pas de soins médicaux par crainte de révéler leur identité lesbienne et d’être traitées involontairement pour maladie mentale par des fournisseurs de soins homophobes (Vancouver/ Richmond Health Board, 1997).

Je suis sortie du placard à une époque où le fait d’être homosexuelle était illégal et considéré comme une maladie mentale. J’ai été envoyée chez un psychiatre à 13 ans parce que ma mère ne pensait pas que j’agissais comme une « bonne » fille. Puis, j’ai été éventuellement confinée à un hôpital psychiatrique lorsque j’avais 17 ans. Il est difficile de se défaire d’une telle expérience. Je veux dire, je suis maintenant dans la soixantaine et je ressens toujours de l’anxiété lorsque j’entre en contact avec le système de soins de santé (une femme de Vancouver).

Grossesse et rôle parental

Au Canada, bon nombre de lesbiennes sont des mères qui ont eu des enfants lors d’une relation hétérosexuelle antérieure, qui ont adopté des enfants ou qui ont conçu des enfants par des méthodes alternatives d’insémination (Nelson, 1996; Arnup, 1995). Même si l’on n’a pas démontré de différence entre les enfants élevés dans des familles lesbiennes et les enfants élevés dans des familles hétérosexuelles (Davis, 2000), les lesbiennes et leurs enfants doivent composer avec le stress supplémentaire découlant de la discrimination de la part de la société (Denenberg, 1995).

[Le médecin] était très attentif et très communicatif avant que je lui dise que j’étais lesbienne, puis il s’est tu. Son attitude avait changé, c’était évident. Puis il s’est mis à me dévisager, je veux dire me dévisager, tu sais (Anderson et coll., 2001).

Auto-éducation et soins auto-administrés

L’expérience des lesbiennes dans la société et dans le système médical a peut-être donné comme résultat que bon nombre sont très autonomes lorsqu’il est question de leur santé (Anderson et coll., 2001; Roberts et Sorensen, 1999). Un grand nombre de lesbiennes se fient énormément sur les soins auto-administrés et sur l’auto-éducation, en particulier en se concentrant sur les pratiques de médecine douce et non occidentales (p. ex., les remèdes à base de plantes médicinales, la massothérapie, l’exercice, la méditation). Il peut être particulièrement important que les fournisseurs de soins de santé qui travaillent avec des patientes lesbiennes adoptent une approche holistique basée sur le bien-être au lieu d’une approche basée sur la maladie (Mautner Project, 1998).

Maladies transmissibles sexuellement et santé vaginale

Les lesbiennes semblent moins susceptibles d’avoir des examens pelviens réguliers que les femmes hétérosexuelles (Solarz, 1999). Un certain nombre de facteurs influencent ce fait, comme les préjugés
hétérosexuels dans les techniques de dépistage, la crainte et l’inconfort de la part des patientes et l’idée fausse de la part de la patiente et des fournisseurs de soins de santé que les maladies transmissibles sexuellement (MTS) ne peuvent être transmises lors de contacts de femmes à femmes (Denenberg, 1995). Étant donné que les examens pelviens représentent le principal outil de dépistage des MTS, bon nombre de lesbiennes ne reçoivent pas de soins préventifs ni de traitements médicaux appropriés (Davis, 2000). La
fréquence des MTS telles que la trichomonase, la chlamydia et la gonorrhée est plus faible chez les lesbiennes que chez les femmes hétérosexuelles ou bisexuelles, mais ces maladies se produisent quand même. (Simkin, 1993b).

Consommation de drogues

Les études sur la consommation de drogues démontrent une corrélation entre la marginalisation de la société et une mauvaise utilisation des drogues (Bushway, 1991). Certaines études ont démontré une plus grande consommation d’alcool, de cigarettes et de drogues chez une sous-population de lesbiennes (Bradford, 1994; Hall, 1992). Ces études ont révélé que les lesbiennes avaient tendance à utiliser des substances psychotropes pour composer avec l’isolement et l’homophobie de la société et l’homophobie intériorisée.

Presque tous les médecins que j’ai consultés étaient hétérosexuels. Ils ne savent rien de la santé des lesbiennes. « Non, je n’ai pas besoin de la pilule; c’est la cinquième fois que vous me le demandez. » (Anderson et coll., 2001).

Violence dans les relations

La violence est une question de pouvoir et de contrôle et a des répercussions sur les lesbiennes. Même si l’on est de plus en plus sensibilisé à cette question dans les collectivités lesbiennes, il y a quand même un silence envahissant au sujet de la violence et des agressions chez les lesbiennes. Celles qui sont victimes d’agressions sont moins susceptibles que les femmes hétérosexuelles de rechercher de l’aide dans le système médical et sont moins susceptibles d’avoir recours aux refuges (Saunders, 1999). Les recherches ont démontré que, lorsque les lesbiennes recherchent de l’aide, les fournisseurs de soins réduisent souvent l’importance de la violence et la considèrent comme des « agressions mutuelles » (Scherzer, 1998). Cette façon d’imposer le silence est particulièrement évidente dans les cas d’agressions sexuelles (Orzek, 1988). L’homophobie et le sexisme de la société exacerbent la crainte et la honte que vivent les lesbiennes victimes d’agressions et des lesbiennes agresseures.

Questions des jeunes

L’acquisition d’une identité sexuelle positive peut être particulièrement difficile pour les adolescentes lesbiennes en raison de l’homophobie de la société, des préjugés hétérosexuels dans les programmes scolaires et du manque de modèles (Solarz, 1999).
Les jeunes gais et lesbiennes sont deux à trois fois plus susceptibles de se suicider que les adolescents et adolescentes hétérosexuels, et ces suicides représentent 33 p. 100 des suicides chez les adolescents (Simkin, 1993b). On estime que jusqu’à 40 p. 100 des jeunes de la rue sont gais ou lesbiennes; ils se retrouvent à la rue parce qu’ils ont été obligés de sortir de la maison familiale en raison de leur orientation sexuelle (Remafedi et coll., 1991). Ce qui place les jeunes gais et lesbiennes à un risque élevé de consommer de la drogue, d’avoir des problèmes de santé mentale et toute une pléthore de problèmes de santé.

Je ne peux pas le dire à mes parents : je vais attendre d’avoir mon diplôme puis je vais partir. Parfois, quand je regarde la télévision avec mes parents, ils font des commentaires lorsque l’on parle de sujets comme des lesbiennes et des gais. C’est assez clair que, s’ils le savaient, ils me mettraient à la rue. Je connais une fille qui ne pouvait le cacher plus longtemps et qui en a parlé à son père. Il a jeté ses affaires par la fenêtre de sa chambre et lui a dit de partir. Elle vit maintenant dans la rue à Vancouver (une adolescente de Victoria).

Conseils pour les planificateurs et les décideurs du domaine de la santé

• Il est important que vous obteniez des commentaires de la collectivité que vous essayez de servir. Lorsque vous abordez la question de la diversité, formez un comité consultatif composé de membres du personnel, de malades et de membres de la communauté lesbienne de même que des membres de la collectivité en général. Faites la promotion de la participation locale des
lesbiennes dans la planification de la santé et dans l’élaboration de stratégies appropriées pour les efforts d’action sociale.

• Examinez et révisez toutes les politiques, tous les formulaires et tous les documents destinés aux patientes afin d’éliminer les préjugés hétérosexuels et le langage exclusif. Réévaluez la mise en oeuvre et l’efficacité des politiques et des procédures en matière de
confidentialité. Modifiez la section des formulaires où l’on indique « célibataire, marié, divorcé ou veuf » et ajoutez « partenaire de même sexe », ou laissez un espace pour que la patiente y indique le statut de sa relation.

• Laissez un espace pour que la patiente indique qui elle désire voir participer à ses soins (p. ex., laissez une ligne blanche pour que les patientes identifient une personne- ressource en cas d’urgence ou identifient leur partenaire si elles le désirent). Advenant le cas que la patiente soit incapable de prendre des décisions au sujet de sa santé, il faut se rappeler que les règlements régissant les personnes qui peuvent prendre de telles décisions varient d’une province à l’autre. En Colombie-Britannique, par exemple, la British Columbia Health Care (Consent) and Care Facility (Admission) Act stipule que, dans le cas où la patiente est incapable de décider pour sa santé, elle peut désigner une partenaire lesbienne pour remplir ce rôle. Dans la loi, le terme « conjoint » signifie une personne (a) qui est mariée à une autre personne et qui ne vit pas séparée ni éloignée, selon la Loi sur le divorce (Canada), de l’autre personne, ou (b) qui vit avec une autre personne dans une relation se rapprochant du mariage et, pour les fins de la loi, le mariage ou la relation se rapprochant au mariage peut être entre les membres de même sexe.

• Parrainez un atelier d’information sur l’homophobie ou un atelier portant sur la prestation de soins attentifs aux lesbiennes, aux gais et aux bisexuels. Faites connaître l’atelier et encouragez les médecins locaux et de la région, de même que les praticiens de la santé, à y assister. Pour obtenir des idées au sujet des groupes avec lesquels communiquer, comme PFLAG (parents, familles et amis de lesbiennes et de gais), consultez les sites Web nationaux apparaissant sur la liste de la section Ressources et Renvois à la fin du livret.

• Commandez la trousse Tools for Caring about Lesbian Health, du Mautner Project (1998), qui comprend une bande-vidéo de formation de 18 minutes et un guide de discussion pour les fournisseurs de soins de santé. Puis, organisez un atelier pour les fournisseurs de soins de santé de votre établissement, de votre département ou
de votre région. Pour des renseignements sur la façon de commander, communiquez avec le Mautner Project for Lesbians with Cancer, 1707 L Street NW, Suite 500, Washington DC 20036, téléphone : (202) 332-5536, ou par courriel : mautner@aol.com

• Soyez un allié. Contestez l’hétérosexisme et l’oppression des lesbiennes et des gais là où vous la voyez. On ne mettra pas fin à l’homophobie sous toutes ses formes et dans les établissements à moins que tout le monde prenne ses responsabilités et fournisse un autre modèle de croyance et de comportement. Si vous dites simplement : « Ta façon de parler m’offense », ou bien « J’aimerais que tu n’utilises pas ce genre de mots en ma présence », vous pouvez forcer les autres à revoir leur position. Si vous trouvez trop risqué de contester directement l’homophobie d’un collègue ou d’un patient, il y a autre chose que vous pouvez faire : organisez une formation sur la diversité à l’intention du personnel, créez un comité consultatif afin d’aborder la question de discrimination ou même laissez un article traitant de l’homophobie dans le salon du personnel.

• Évaluez régulièrement comment vous vous en tirez pour ce qui est de répondre aux besoins de la communauté lesbienne. (La section « Conseils » est adaptée en partie de la trousse Tools for Change, du Mautner Project for Lesbians with Cancer.)

Conseils pour les médecins et les fournisseurs de soins de santé

• Soyez axé sur la patiente. Évitez de faire des suppositions au sujet du sexe ou de l’identité sexuelle ou des comportements sexuels et en matière de santé. Laissez la patiente vous parler d’elle et de ses problèmes.

• Prenez les antécédents au complet en utilisant un langage inclusif. Posez des questions sur les comportements sexuels et non sur l’identité sexuelle. Au lieu de demander : « Êtes-vous active sexuellement? », demandez plutôt : « Êtes-vous active sexuellement en ce moment? Le cas échéant, êtes-vous active avec des hommes, des femmes ou les deux? » Au lieu de demander : « Quelle méthode de contraception utilisez- utilisez-vous?», demandez : « Avez-vous besoin d’utiliser une méthode de contraception? ». Cette formulation donne la liberté aux patientes de parler de leur histoire et de leurs comportements sexuels sans crainte d’essuyer une réaction négative. Ne portez pas de jugement en réponse à des renseignements que la patiente vous donne.

• Posez des questions ouvertes qui ne portent aucun jugement afin d’obtenir des renseignements sur les facteurs de stress psycho-sociaux et les sources de soutien. Cela démontre une approche sensible et holistique relative à la santé.

• Soyez conscient que, dans bon nombre de provinces, les partenaires de même sexe ne sont pas considérés comme le plus proche parent. Demandez à chaque patiente de définir par écrit la personne qu’elle désire voir participer à ses soins. Par exemple, laissez une ligne blanche sur le formulaire de renseignements du patient pour que votre patiente indique la personne avec laquelle communiquer en cas d’urgence ou identifie un partenaire si elle le désire. Encouragez les patientes lesbiennes dont le partenaire est une femme à se tenir au courant des récents règlements des gouvernements fédéral ou provinciaux sur les relations dont les parte partenaire à mettre leurs désirs par écrit, en particulier pour les deux points suivants : 1) nommer la partenaire comme la personne apte à prendre des décisions si la patiente est frappée d’incapacité mentale; 2) préciser que la partenaire dispose du droit de visite dans les hôpitaux et les établissements de soins de santé.

• Soyez conscient que les lesbiennes qui ont perdu une partenaire de longue date ou qui vivent avec une partenaire ayant une maladie débilitante vivent les mêmes douleurs et les mêmes problèmes que les personnes veuves ou les conjoints hétérosexuels.

• Soyez conscient que, pour la communauté lesbienne, la famille est souvent constituée différemment que la famille des sociétés traditionnelles hétérosexuelles. Par exemple, pour bien des lesbiennes, il peut être particulièrement important d’avoir des lignes directrices en matière de visites les plus souples possible.

• Respectez l’importance de la musique composée par les lesbiennes ou des livres qu’elles écrivent. Demandez aux lesbiennes malades ou en phase terminale ce que leurs ami(e)s peuvent apporter afin de rendre leur environnement plus familier et de faciliter le processus.

• Tentez de découvrir les inquiétudes des patientes au sujet de la santé mentale et de l’abus des substances, abordez-les et traitez-les. Faites de même pour les inquiétudes se rapportant aux agressions et à la violence, qu’elles soient domestiques, sexuelles ou empreintes de préjugés.

• Faites preuve de sensibilité au moment de faire des renvois. Si votre patiente vous a fait confiance et vous a révélé qu’elle était lesbienne, gardez cela en tête lorsque vous la référez à d’autres praticiens. Essayez de la référer à des fournisseurs de soins qui sont ouverts à la question de la diversité.

• Montrez à vos patientes que vous vous souciez de la diversité. Certains fournisseurs de soins de santé ont constaté que le fait d’avoir des feuillets d’information et des brochures sur les questions touchant la santé des lesbiennes dans leur salle d’attente ou d’afficher un énoncé de politique a aidé les patientes lesbiennes à se sentir les bienvenues. Par exemple, certains fournisseurs de soins de santé affichent un autocollant ou une affiche sur le milieu positif : Vous êtes dans un milieu positif. Nous ne faisons pas de discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou sur l’identité sexuelle.

• Informez-vous à savoir si un groupe de votre région (p. ex., les groupes de lesbiennes ou de gais, les cours d’antidiscrimination, un organisme syndical) offre des ateliers d’information sur l’homophobie ou des ateliers sur la façon d’offrir des soins sensibles aux lesbiennes, aux gais ou aux personnes bisexuelles, puis assistez-y.
S’il n’existe aucun atelier de ce genre, demandez à un groupe de lesbiennes ou de gais de vous en offrir un à vous et à vos collègues.

• Si vous n’avez pas facilement accès à un groupe qui peut vous offrir un atelier d’information sur l’homophobie, vous pouvez commander la trousse Tools for Caring about Lesbian Health, du Mautner Project (1998), qui comprend une bande-vidéo de formation de 18 minutes et un guide de discussion pour les fournisseurs de soins de santé, en plus d’autres renseignements. Puis, organisez une soirée d’information ou de discussion pour vous et vos collègues. Pour des renseignements sur la façon de commander, communiquez avec le Mautner Project for Lesbians with Cancer, 1707 L Street NW, Suite 500, Washington DC 20036, téléphone : (202) 332-5536, ou par courriel : mautner@aol.com.

(La section « Conseils » est adaptée en partie de la trousse Tools for Change, du Mautner Project for Lesbians with Cancer.)

Ce que bon nombre de lesbiennes recherchent chez les fournisseurs de soins de santé

Au bureau et sur les formulaires :

• qu’au bureau, on affiche bien en évidence une politique sur le milieu positif (p. ex., en affichant un autocollant ou une affiche sur le milieu positif qui dit que, dans le bureau, on ne fait aucune discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou sur l’identité sexuelle);

• que les formulaires de renseignements pour les patients utilisent un langage inclusif (p. ex., qu’on y utilise « partenaire » de même que « mari »ou « femme »).

Le fournisseur de soins de santé :

• a été recommandé par un ami ou un autre fournisseur de soins de santé de confiance;

• qu’il montre des publications et des lieux de réunion pour les lesbiennes et les gais;

• qu’il reconnaisse et respecte le droit de la patiente lesbienne d’être accompagnée par une personne (p. ex., un partenaire, un ami de confiance, un défenseur) durant le rendez-vous (y compris durant l’examen physique), si elle le désire;

• qu’il protège la vie privée et la confidentialité, y compris sur les dossiers (bon nombre de lesbiennes estiment important de savoir qui peut avoir accès à leurs dossiers médicaux);

• qu’il utilise un langage inclusif et qui ne porte aucun jugement;

• qu’il ne suppose pas que toutes les patientes sont hétérosexuelles;

• qu’il compte déjà des lesbiennes, des gais et des bisexuels dans sa pratique;

• qu’il accorde suffisamment de temps et la possibilité de poser des questions;

• qu’il ait reçu une formation sur la question de la santé des lesbiennes (et ait encouragé tout son personnel à le faire);

• qu’il fasse preuve de sensibilité pour la question de la santé des lesbiennes (p. ex., maintenir un dossier d’articles récemment publiés sur la santé des lesbiennes, connaître les sites Web pertinents à la santé des lesbiennes ou ajouter des renseignements sur la question de la santé des lesbiennes);

• qu’il exprime la volonté de rechercher des renseignements supplémentaires et une formation sur des questions de santé particulières touchant les lesbiennes;

• qu’il respecte et reconnaisse les soins auto-administrés et l’auto-éducation des patientes lesbiennes au sujet des pratiques de médecine douce, comme l’exercice, les herbes médicinales et la massothérapie.

(Adapté de la trousse Tools for Caring about Lesbian Health Kit, du Mautner Project for Lesbians with Cancer, Washington DC, 1998, et de McInnis et Kong, Your Everyday Health Guide: A Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender Community Resource, Vancouver, C.-B., 1998.)

Pour télécharger le texte integral, incluant une bibliographie et une liste de ressources et de renvois : groupes nationaux et sites Web : http://www.cewh-cesf.ca/PDF/bccewh/sante-lesbiannes.pdf

 

 

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