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Stigmatisation, discrimination, étiquetage : de quoi parle-t-on ?

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Stigmatisation, discrimination, étiquetage : de quoi parle-t-on ?

Par Jacques Fortin, Annick Fayard

Comment comprendre les concepts de stigmatisation, de discrimination, d’étiquetage ? En voici les définitions.

Stigmatisation

Selon E. Goffman (1963), la stigmatisation est un processus dynamique de dévaluation qui discrédite significativement un individu
aux yeux des autres.

L’attribut discriminant (stigmate) peut être d’ordre corporel (handicaps physiques, couleur de la peau, aspect et anomalies du corps, etc.)
ou tenir à la personnalité et/ou au passé de l’individu (troubles du caractère, séjour passé en hôpital psychiatrique, alcoolisme et autres
conduites addictives, SDF, préférences sexuelles, etc.).

On notera que selon le contexte socio-historique le stigmate peut apparaître ou s’atténuer (ex : selon le statut matrimonial de la personne, s’il s’agit d’une femme, etc.).

Ces stigmates peuvent être visibles : l’individu est alors discrédité. Il est perçu comme occupant une position inférieure, ce qui modifiera
la nature de ses relations. Le stigmate affecte ainsi son identité sociale, son identité personnelle et le regard qu’il porte sur lui-même.

Les stigmates peuvent être invisibles : l’individu est « discréditable » et son problème devient celui du contrôle de l’information à propos
de son stigmate. Les conséquences les plus importantes sont la perte d’estime de soi (dévalorisation liée au sentiment de ne pouvoir
jouer le même rôle social que les autres du fait de son stigmate), ce qui développe le sentiment de culpabilité (handicap, chômage).

Assises sur les représentations sociales, les stigmatisations peuvent être véhiculées par les médias qui font écho aux valeurs de la société
(mythe du corps parfait par exemple.) Elles sont à resituer dans l’ensemble des analyses sur la déviance. La déviance qui peut amener aux situations d’exclusion, de ségrégation ou de marginalité
peut être comprise comme un écart par rapport aux normes et valeurs de la société ou au groupe d’appartenance.

Discrimination

La discrimination se réfère au domaine du droit (et à la loi) et par-là doit être distinguée de la stigmatisation. C’est la distinction, l’isolement, la ségrégation de personnes ou d’un groupe de personnes par rapport à un ensemble plus large. Elle consiste à restreindre les droits de certains en leur appliquant un traitement spécifique défavorable.

Volontaire ou inconsciente, la discrimination porte atteinte à l’égalité des droits et à l’égalité des chances, mais aussi à l’égalité des  devoirs de chacun.

Exemple de critères discriminatoires : le statut social, les revenus, le sexe, l’âge, les préférences sexuelles, l’origine géographique ou sociale, la couleur de la peau, l’apparence physique ou vestimentaire,
les opinions philosophiques ou politiques, la culture, le style de vie, etc.

Étiquetage

Dans Outsiders (1963), H. S. Becker a développé la théorie de l’étiquetage qui se réfère à la construction sociale de la déviance. Selon l’auteur, les groupes sociaux créent la déviance en instituant des normes dont la transgression constitue la déviance, en appliquant ces normes à certains individus et en les étiquetant comme des déviants. Par exemple, les toxicomanes, les fous, les gros, etc.

L’étiquetage est une mise en représentation et en discours ordonnant le monde social, à partir de valeurs prises comme normes à un moment donné. L’étiquetage social de certains groupes de personnes a pour conséquence de leur voir attribuer une image négative par le reste des acteurs du système.

Source : http://www.inpes.sante.fr/SLH/pdf/sante-homme-419.pdf page 12.
 

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