Explorer l’utilité des groupes d’entraide : La participation à un groupe d’entraide améliore-t-elle la santé mentale?
Explorer l’utilité des groupes d’entraide : La participation à un groupe d’entraide améliore-t-elle la santé mentale?
Bulletin électronique sur la promotion de la santé en Ontario, 10 juillet 2009 - Bulletin OHPE 622, volume 2009, no 622
I Introduction
II Groupes d’entraide et santé mentale
III Sommaire et discussion
IV Conclusion
-- soumis par Irene Boldt, étudiante de troisième année en sciences infirmières à l’Université Ryerson,par l’entremise de Spencer Brennan, coordinateur, programme du Réseau ontarien de l’entraide, Self-Help Resource Centre
I Introduction
L’objet de cet article consiste à démontrer aux professionnels des soins de santé (PSS) que les groupes d’entraide peuvent avoir une influence positive sur la santé mentale de leurs membres. Après avoir défini les concepts d’entraide et de santé mentale, discuté des questions d’ordre méthodologique liées à l’étude de l’entraide et à l’analyse d’études récentes et pertinentes sur l’entraide, notre article conclut que les PSS peuvent en toute confiance recommander à leurs clients, et en particulier à ceux qui sont aux prises avec des problèmes de santé mentale ou qui risquent de l’être, d’adhérer à un groupe d’entraide afin d’améliorer leur santé mentale.
II Groupes d’entraide et santé mentale
Les groupes d’entraide, également appelés groupes de soutien, groupes de soutien mutuel ou groupes de soutien par les pairs, sont des « réseaux informels de particuliers qui partagent une situation ou un problème commun ». [1] Les groupes d’entraide peuvent, à divers degrés, recourir aux services de professionnels : certains groupes sont entièrement dirigés par leurs membres, de façon indépendante, alors que d’autres sont animés, organisés ou encore quelque peu orientés par un PSS bienveillant. Toutefois, peu importe le degré de participation des professionnels, ce qui caractérise de façon exclusive un groupe d’entraide est le fait qu’il est organisé pour et contrôlé par ses membres, et qu’il met l’accent sur le recours aux « connaissances expérientielles » de chacun d’eux. [2] En outre, tous les groupes d’entraide, peu importe la situation ou le problème commun à leurs membres, visent à aider ces derniers en leur offrant du soutien affectif et pratique ainsi qu’en facilitant le partage d’information. [1]
La question qui se pose est celle-ci : les groupes d’entraide favorisent-ils une bonne santé mentale chez leurs membres, et, le cas échéant, dans quelle mesure? Cet article examinera les études les plus pertinentes portant sur les groupes d’entraide afin de déterminer si ceux-ci ont un effet positif sur la santé mentale de leurs membres.
1. Selon l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM), la santé mentale n’est pas seulement l’absence de maladie mentale, mais une conception holistique du bien-être et de la bonne forme sur le plan mental. [3] Les gens peuvent être plus ou moins sains mentalement, et il est possible d’avoir une bonne santé mentale même s’il y a diagnostic clinique de maladie mentale. L’ACSM dresse une liste de cinq caractéristiques clés de la santé mentale : la capacité d’apprécier la vie, la résilience, l’équilibre, la réalisation de soi et la souplesse. La capacité d’apprécier la vie désigne la capacité de vivre dans le moment présent et de l’apprécier sans combattre des pensées négatives relatives au passé ou au futur. La résilience est la capacité de composer avec succès avec des moments difficiles tout en conservant un certain optimisme. L’équilibre est atteint lorsque tous les aspects de la vie reçoivent l’attention qu’ils requièrent et qu’aucun élément ne reçoit trop ou pas assez d’attention. La réalisation de soi s’accomplit en reconnaissant et en atteignant son plein potentiel tandis que la souplesse est la capacité de composer adéquatement avec les changements relatifs aux émotions et aux attentes. Lors de l’analyse des résultats de la présente étude sur les groupes d’entraide, ces cinq caractéristiques seront prises en compte pour évaluer si les groupes d’entraide permettent d’améliorer la santé mentale de leurs membres.
L’étude des groupes d’entraide : questions d’ordre méthodologique
Par le passé, la recherche sur les groupes d’entraide s’est révélée peu concluante, ce qui a laissé les PSS indécis à propos des bienfaits de ce type de groupes et donc réticents à recommander à leurs patients d’y adhérer. Les données disponibles sont truffées de définitions différentes et souvent absurdes de l’entraide, et la diversité des méthodes utilisées dans le cadre de ces études a produit une base documentaire qui peut sembler déroutante et contradictoire. [4] Le but de cette section est de clarifier certains des problèmes que rencontrent les chercheurs qui étudient les groupes d’entraide.
D’une manière générale, on a étudié les groupes d’entraide en s’appuyant sur une des deux principales traditions de recherche. Les études qualitatives s’articulent autour de l’expérience subjective des membres des groupes d’entraide, et elles décrivent les bienfaits que les membres attribuent à leur adhésion au groupe dont ils font partie. Pour leur part, les recherches, expériences et quasi-expériences quantitatives ont recours à des méthodes systématiques et structurées pour recueillir des informations; elles mettent l’accent sur l’évaluation objective et le contrôle du contexte. Ces études examinent les résultats des membres du groupe, et non pas leur expérience, grâce à l’utilisation d’outils d’évaluation psychologiques et psychosociaux normalisés. Ce type de recherche produit des résultats empiriques qui permettent aux chercheurs d’établir des liens ponctuels entre les résultats obtenus par les participants aux groupes d’entraide et l’adhésion à ces groupes.
Ces méthodes de recherche ne sont pas exclusives à l’étude des groupes d’entraide; toutefois, ces groupes se distinguent des autres phénomènes étudiés. [4] D’une part, les études quantitatives peuvent fournir des données concrètes sur les bienfaits uniques que procurent les groupes d’entraide à leurs membres, car les conditions rigoureuses qui caractérisent ce type d’étude limitent les influences parasitaires. Le caractère artificiel de ces conditions expérimentales contrôlées pourrait toutefois produire une image du phénomène des groupes d’entraide différente de ce qu’ils sont « sur le terrain ». L’adhésion volontaire constitue une des caractéristiques essentielles des groupes d’entraide : les gens peuvent joindre ou quitter le groupe quand bon leur semble. Par conséquent, lorsqu’un chercheur demande à des personnes d’adhérer à un groupe d’entraide et exige qu’elles participent à ce groupe pour la durée de l’étude, il semble contrevenir à la nature volontaire et à la souplesse inhérente à la fréquentation d’un groupe d’entraide.
Il est clair que les études quantitatives et qualitatives produisent des résultats différents en ce qui concerne notre compréhension de l’efficacité des groupes d’entraide. La recherche qualitative est en mesure d’étudier les groupes d’entraide tels qu’ils existent dans la réalité et peut décrire clairement la situation concrète de leurs membres. Quant à elle, la recherche quantitative adopte une approche de la cueillette d'information séduisante pour les chercheurs qui veulent connaître les avantages objectifs et concrets de la participation à un groupe d’entraide, sans tenir compte des expériences subjectives et des opinions personnelles des participants. Comme l’objectif de cet article consiste à déterminer si les groupes d’entraide améliorent la santé mentale de leurs membres, les résultats provenant des deux formes de recherche seront examinés. Comme le rapportent Humphreys et Rappaport, « des méthodes et approches multiples… doivent être utilisées pour bien cerner le phénomène. » [4]
Analyse de la littérature pertinente sur l’entraide
Les études ayant fait l’objet de cette analyse appartiennent aux deux traditions de recherche, témoignent d’une variété de problèmes et enjeux avec lesquels doivent composer les groupes d’entraide et ont été réalisées dans bon nombre de pays différents. Chacune d’entre elles partage toutefois une même conception de l’entraide : qu’il y ait ou non une intervention professionnelle, et, le cas échéant, quel qu’en soit le degré, les groupes d’entraide sont dirigés par et pour les participants.
Études qualitatives
Trois études qualitatives ont été analysées dans le cadre de cet article. [5, 6, 7] Leurs résultats révèlent une variété d’expériences communes aux sujets de ces études. Les membres des groupes d’entraide mentionnent qu’ils éprouvent un sentiment d’appartenance, qu’ils ont l’impression d’être compris et qu’ils se sentent normaux, des sentiments qu’ils attribuent au partage et à la réciprocité au sein du groupe. [5, 6, 7] D’un point de vue pratique, les participants aux groupes d’entraide ont affirmé avoir acquis une meilleure connaissance de leur situation ou problème particulier, une capacité d’adaptation accrue, un plus grand sentiment de contrôle et un meilleur pouvoir d’agir. [5, 6, 7] Ils ont également éprouvé de la satisfaction en donnant et recevant de l’aide. [5, 6, 7] Les autres bienfaits attribués à la participation à un groupe d’entraide comprennent une meilleure perception de soi, un accroissement de la confiance en soi et une amélioration de la solidité et du fonctionnement des relations personnelles et familiales. [5, 7]
Lorsqu’on examine ces résultats en gardant à l’esprit la définition de la santé mentale de l’ACSM, le sentiment d’appartenance, le fait d’être compris et de se sentir normal ainsi que l’accroissement de la confiance en soi témoignent de l’amélioration de la capacité à apprécier la vie, à atteindre l’équilibre, à faire preuve de résilience et à se réaliser pleinement. L’augmentation des connaissances pratiques, de la capacité d’adaptation, du contrôle de soi et du pouvoir d’agir permet une plus grande souplesse et facilite la réalisation de soi. Enfin, l’amélioration des relations personnelles et familiales a une influence positive sur la santé mentale dans tous les aspects cités plus haut.
Études quantitatives
Deux types d’études quantitatives ont été examinés dans le cadre de cette analyse : deux études expérimentales et cinq recherches quasi expérimentales. Les deux premières confirment que des expériences rigoureuses peuvent valider l’utilité des groupes d’entraide. Quant à elles, les cinq recherches quasi expérimentales ont porté sur des groupes d’entraide déjà existants afin d’obtenir des résultats authentiques relativement à ce type de groupes.
Études expérimentales
Les deux études expérimentales se penchent sur l’utilité de la participation à un groupe d’entraide pour les aidants membres de la famille de patients atteints de schizophrénie, en ayant recours à des essais contrôlés sur échantillon aléatoire. [8, 9] Les résultats de ces études indiquent que les membres des groupes d’entraide ont ressenti une baisse du fardeau familial et observé une amélioration du fonctionnement familial et du soutien social. [8, 9] Comme on l’a constaté dans le cadre des études qualitatives, cette amélioration, parallèlement à la baisse du fardeau familial correspondante, est bénéfique pour la santé mentale des membres du groupe en accroissant leur capacité à apprécier la vie, à atteindre l’équilibre, à faire preuve de résilience et de souplesse et à réaliser leur plein potentiel.
Études quasi expérimentales
Les cinq études quasi expérimentales qui ont fait l’objet de la présente analyse examinent une variété de problèmes et d’enjeux abordés par les groupes d’entraide. [10, 11, 2, 12, 13] Ces cinq études, qui se sont attardées à des groupes d’entraide déjà existants, ont examiné les résultats de la fréquentation de ces groupes par leurs membres grâce à des mesures normalisées.
Trois de ces recherches ont porté sur des sujets participant déjà à un groupe d’entraide. [10, 11, 7] Deux d’entre elles se sont attardées aux groupes d’entraide pour les membres de la famille de personnes malades. [10, 7] Ces études ont découvert que les membres des groupes d’entraide retiraient aide et satisfaction de leur participation à leur groupe [2, 7] et que les bienfaits de leur adhésion comprennent un accroissement des connaissances pratiques et pertinentes, une amélioration des capacités d’adaptation et un renforcement des relations familiales. [10] La troisième étude s’est intéressée à d’anciens toxicomanes présentant une maladie mentale concomitante; les résultats montrent une corrélation positive entre la participation à un groupe d’entraide et l’observance du traitement pharmacologique. [11]
La quatrième étude portait sur des personnes nouvellement hospitalisées pour un épisode de trouble de l’humeur et s’étant jointes un groupe d’entraide depuis peu. [12] Elle a révélé qu’une hausse de la participation au groupe d’entraide était associée à une gestion plus efficace de la maladie. [12]
Enfin, la cinquième et dernière étude s’est attardée aux résultats obtenus par d’anciens combattants aux prises avec de graves problèmes de santé mentale avant et après la formation d’un groupe d’entraide à long terme (le programme Vet-to-Vet). [13] Les résultats de cette recherche portent à croire que les anciens combattants ayant participé à plus de dix rencontres du groupe d’entraide avaient accru leur confiance, leur autonomie et leur fonctionnement global et réduit leur consommation d’alcool. [13]
III Sommaire et discussion
En résumé, la recherche indique que les personnes participant à des groupes d’entraide éprouvent un plus grand sentiment d’appartenance et se sentent mieux comprises et plus normales. La participation à de tels groupes fournit aux membres des connaissances et capacités pratiques pour composer avec leur problème, facilite leur adaptation et leur procure un sentiment de contrôle et un pouvoir d’agir. Les membres ont une plus grande confiance en eux, une meilleure perception d’eux-mêmes et éprouvent un plus grand sentiment d’autonomie. La participation à un groupe d’entraide améliore également les relations personnelles et familiales, accroît le soutien social et réduit le fardeau familial. Chacun de ces bienfaits pourrait avoir un effet positif sur au moins un des éléments, sinon davantage, propres à la bonne santé mentale tels que décrits par l’ACSM. Par conséquent, la présente étude soutient que l’adhésion à un groupe d’entraide a au moins le potentiel d’améliorer la santé mentale de chaque participant. Enfin, mentionnons une des limites de notre étude : elle n’a pas pris en considération les recherches n’ayant révélé aucun résultat positif à la fréquentation des groupes d’entraide. Pour des exemples de telles études, consulter Pistrang, Baker et Humphreys. [2]
IV Conclusion
En conclusion, les données disponibles donnent à penser que les groupes d’entraide peuvent avoir un effet positif sur la santé mentale de leurs membres. Toutes les études analysées confirment, d’une façon ou d’une autre, les objectifs des groupes d’entraide, soit fournir à leurs membres du soutien affectif et pratique ainsi que faciliter l’échange d’information. En outre, chacun des bienfaits attribués à l’adhésion à un groupe d’entraide améliore, d’une façon ou d’une autre, la santé mentale des participants en accroissant leur capacité à apprécier la vie, à atteindre l’équilibre, à faire preuve de résilience et de souplesse et à réaliser leur plein potentiel. L’objet de la présente étude consistait à démontrer aux PSS que les groupes d’entraide influencent de façon positive la santé mentale de leurs membres. Comme nous l’avons montré, les professionnels des soins de santé devraient se sentir à l’aise de recommander à leurs clients de se joindre à un groupe d’entraide pour favoriser leur bonne santé mentale.
Références
1. Self-Help Resource Centre. What is self-help?, (s.d.). Consulté le 10 février 2009 à l’adresse http://www.selfhelp.on.ca/whatis.html
2. Pistrang, N., C. Barker et K. Humphreys. « Mutual help groups for mental health problems: A review of effectiveness studies », American Journal of Community Psychology, vol. 40, 2008, p. 110-21.
3. L’Association canadienne pour la santé mentale. La santé mentale, c'est..., 2009. Consulté le 24 février 2009 à l’adresse http://www.cmha.ca/bins/content_page.asp?cid=2-267-1319&lang=2
4. Humphreys, K., et J. Rappaport. « Researching self-help/mutual aid groups and organizations: Many roads, one journey », Applied and Preventative Psychology, vol. 3, 1994, p. 217-31.
5. Adamsen, L. « ‘From victim to agent’: the clinical and social significance of self-help group participation for people with life-threatening diseases », Scandinavian Journal of Caring Science, vol. 16, 2002, p. 224-31.
6. Munn-Giddings, C., et A. McVicar. « Self-help groups as mutual support: What do carers value? », Health & Social Care in the Community, vol. 15, no 1, 2006, p. 26-34.
7. Solomon, M., N. Pistrang et C. Baker. « The benefits of mutual support groups for parents of children with disabilities », American Journal of Community Psychology, vol. 29, no 1, 2001, p. 113-32.
8. Chien, W., I. Norman et D. R. Thompson. « A randomized controlled trial of a mutual support group for family caregivers of patients with schizophrenia », International Journal of Nursing Studies, vol. 41, 2004, p. 637-49.
9. Chien, W., D. R. Thompson et I. Norman. « Evaluation of a peer-led mutual support group for Chinese families of people with schizophrenia », American Journal of Community Psychology, vol. 42, 2008, p. 122-34.
10. Heller, T., J. A. Roccoforte, K. Hsieh, J. A. Cook et S. A. Pickett. « Benefits of support groups for families of adults with severe mental illness », American Journal of Orthopsychiatry, vol. 67, no 2, 1997, p. 187-98.
11. Magura, S., A. B. Laudet, D. Mahmood, A. Rosenblum et E. Knight. « Adherence to medication regimens and participation in dual-focused self-help groups », Psychiatric Services, vol. 53, no 3, 2002, p. 310-16.
12. Powell, T. J., W. Yeaton, E. M. Hill et K. R. Silk. « Predictors of psychosocial outcomes for patients with mood disorders: The effects of self-help group participation », Psychiatric Rehabilitation Journal, vol. 25, no 1, 2001, p. 3-11.
13. Resnick, S. G., et R. A.Rosenheck. « Intergrating peer-provided services: A quasi-experimental study of recovery orientation, confidence and empowerment », Psychiatric Services, vol. 59, no 11, 2008, p. 1307-14.
