Revue Reflets - Paternités:enjeux et perspectives (Première partie)

Volume 15, numéro 1, 2009, p. 10-224

Paternités : enjeux et perspectives (Première partie)
Sous la direction de Jean-Martin Deslauriers et avec la collaboration de Nérée St-Amand

Éditorial  
Jean-Martin Deslauriers
Paternités, discours et pratiques sociales : quelles passerelles possibles?
Pages 10–18

Entrevue  
Gilles Rondeau
Réflexion sur la place des hommes et les pères dans les services sociaux et de santé
Pages 20–35

Le dossier  
Linda Davies, Meghan Mulcahy, Kate Mechan et Jean-Martin Deslauriers
Perspectives et place des pères dans les services de protection de l’enfance et de la jeunesse
Pages 38–59

Parmi les nouveaux courants de recherche et les pratiques émergentes en travail social auprès des familles, se retrouve la question de la place des pères dans les familles et dans les interventions. Par ailleurs, cette reconceptualisation de la paternité, tant sur le plan théorique que pratique, s’accompagne de tensions entre différentes idéologies. Notamment, selon que l’on adhère à une définition plutôt conservatrice, féministe ou liée aux droits des pères, ces derniers sont appelés à jouer des rôles forts différents auprès des mères et des enfants. La façon dont les travailleurs sociaux se situent face à ces tendances induira différentes façons d’accompagner les familles et les pères. Il s’avère donc pertinent d’étudier les courants de pensée présents dans ce champ de façon, à savoir la place qu’ils réservent aux besoins des pères. Ultimement, cette réflexion pourrait susciter le développement de nouvelles approches d’intervention en travail social auprès des pères. Cette question est abordée dans cet article sous l’angle des services de protection de l’enfance et de la jeunesse.

 
Denyse Côté
Transformations contemporaines de la paternité : la fin du patriarcat?
Pages 60–78

Le modèle du père seul responsable de l'autorité, de la discipline et du pourvoi au sein de sa famille est en voie de disparition et de remplacement par celui du « père soignant ». La nouvelle fluidité des rôles parentaux, la mobilité accrue des mères (entre la famille et le marché du travail, entre conjoints et ex-conjoints, entre famille intacte et recomposée) auraient-elles sonné le glas de la famille patriarcale en Occident? Le patriarcat est-il désormais relégué aux oubliettes de l'histoire? Cet article propose une analyse sociologique de la paternité et de son évolution récente en regard du concept du patriarcat dans le contexte des sociétés occidentales contemporaines.

 
Gilles Forget
La promotion de l’engagement paternel, des archétypes à transformer, une pratique à construire
Pages 79–101

Le rôle du père à l’égard du développement, de la santé et du bien-être de l’enfant et la place qu’on lui accorde dans les services sont une préoccupation croissante des communautés scientifique et politique. Des milieux de pratiques se sont aussi intéressés au rôle du père dans un contexte où de nombreux changements sont survenus au sein des familles. Les attentes sociales envers les pères sont teintées par des archétypes qui balisent les rôles des parents de même que les services que l’on prévoit à leur endroit. Ces archétypes voient toujours l’apport particulier des mères au développement de l’enfant et relèguent le père au rôle de pourvoyeur. Interroger les intervenants sur la place des pères dans leurs interventions les amène à revoir leurs perceptions sur la contribution de ces derniers au développement de l’enfant, de même que leurs attitudes et leurs approches auprès d’eux. Le transfert des connaissances issu des travaux de l’équipe ProsPère, associée au Groupe de recherche sur la victimisation des enfants, s’est fait de différentes façons. Pour rejoindre les intervenants, des membres de l’équipe ont élaboré, validé et déployé au Québec, au Canada et en France une formation. Une réflexion à partir de notre expérience en tant que chercheur et formateur servira à illustrer certains principes qui favorisent une meilleure prise en compte des besoins des pères dans les services de même que certaines barrières à ce sujet. Cette réflexion servira aussi à proposer des balises pour construire de nouvelles pratiques favorisant l’engagement paternel.

 
Francine deMontigny, Annie Devault, Carl Lacharité, Annie Quéniart, Diane Dubeau, Jean-Marie Miron, Annie Fleurant, Christine Gervais, Jean-François Dragon, David Este, Nérée St-Amand, Jean-Marc Bélanger et Fernand Lozier
L’enseignement des enjeux de la paternité dans les universités canadiennes
Pages 102–119

Un nombre significatif de chercheurs et de cliniciens portent attention au développement du rôle du père dans la famille, particulièrement sous l’angle de l’engagement paternel. Pourtant, l’examen pancanadien des curriculums d’enseignement universitaire en soins infirmiers effectué en 2002 a révélé que dans 68 institutions offrant la formation de premier cycle en soins infirmiers, peu de cours portaient spécifiquement ou indirectement sur les pères ou la paternité. Une autre étude auprès de 30 étudiants de premier cycle en sciences infirmières, en pratiques sages-femmes et en travail social a révélé que ces étudiants se sentaient inconfortables à interagir avec les pères, surtout lors de situations plus critiques émotionnellement. Ces études ont conduit un groupe de chercheurs québécois à développer un cours interdisciplinaire de cycles supérieurs portant sur les enjeux de la paternité. Cet article vise à présenter brièvement les résultats des deux études citées, ainsi qu’à donner un aperçu de la structure du cours proposé. Les retombées pour le développement ultérieur de curriculums d’enseignement seront discutées.

 
Gilles Tremblay et Francine Allard
Maintien de l’engagement paternel après la rupture : point de vue de pères et de mères en contexte de pauvreté
Pages 120–142

Depuis les dernières décennies, les ruptures d’unions conjugales se sont multipliées au Canada et au Québec, affectant maintenant 53 % des ménages (Duchesne, 2006). Ainsi, près de trois hommes sur cinq (56 %) se retrouvent dans un rôle de père gardien après la rupture (Duchesne, 2006). En dépit de changements législatifs et normatifs visant à favoriser un partage des responsabilités parentales après un divorce, la garde des enfants confiée à la mère demeure encore l’arrangement le plus courant. Les mères deviennent ainsi les principales, et souvent uniques, responsables des enfants, alors que la plupart des pères passent d’un rapport continu, régulier et intense avec leurs enfants, à une relation discontinue souvent imposée par la cour (Quéniart et Fournier, 1996).Cet article explore le phénomène du maintien de l’engagement du père après une rupture conjugale dans un contexte de pauvreté. Après avoir situé la problématique, les résultats de deux études qualitatives sur ce sujet sont présentés (Allard, Bourret et Tremblay, 2004; 2005), l’une à partir des propos de pères qui se disent encore engagés envers leurs enfants après la rupture, l’autre à partir de la parole de mères qui considèrent leur ex-conjoint encore impliqué auprès de leurs enfants. Les participants de ces deux études n’étaient pas appariés. Par la suite, les résultats sont confrontés afin de mettre en évidence les convergences et les divergences dans les points de vue des pères et des mères. Enfin, l’article conclut avec des éléments susceptibles d’inspirer les intervenants. Rappelons que la valorisation de l’engagement paternel après la rupture conjugale des parents vise à réduire le risque que ces enfants se retrouvent doublement pauvres : pauvres économiquement et « pauvres » (privés) de père (Allard et Binet, 2002; Marsiglio et Cohan, 2000).
Hors thème  
 
Stéphanie Garneau et Janelle Comtois
Les jeunes Franco-Ontariens et l’accès à l’enseignement supérieur à l’heure de l’université entrepreneuriale
Pages 144–173

À partir d’une analyse des politiques de financement de l’enseignement supérieur en Ontario et d’une recherche exploratoire portant sur les stratégies déployées par des étudiants franco-ontariens afin de contourner les obstacles à l’obtention de leur diplôme, nous proposons dans cet article de discuter les conditions dans lesquelles les jeunes Franco-Ontariens ont aujourd’hui accès aux études supérieures. Nous montrerons que les étudiants de l’Ontario, et particulièrement les étudiants franco-ontariens, font actuellement face à une double injonction contradictoire : celle, encouragée par le discours politique, de poursuivre des études supérieures afin de mieux s’insérer en emploi à l’ère de la « société du savoir »; et celle, corollairement au désengagement de l’État, d’assumer les coûts de cette formation alors que la volonté de poursuivre des études en français implique souvent une migration géographique, et donc des frais supplémentaires. Nous exposerons en quoi ces politiques gouvernementales de l’enseignement supérieur en Ontario et les aspirations à l’indépendance des étudiants contreviennent conjointement et de façon paradoxale au processus d’autonomisation de ces derniers.
Aux études  
 
Jenna Baldry, Louise-Hélène Bourdeau, Pascale Brunet-Simard, Sophie Caron, Maxine Cléroux, Nicole R. Comtois, Emmanuelle Cyr, Isabelle Diotte, Yves Duchesneau, Nadia Fleury, Eve Groleau, Annick Guitard, Thony Jean-Baptiste, Anne Jutras, Julia Karpinski, Nathalie Lacroix, Jean-Sébastien Larocque, Hélène Lépine, Laurie-Anne Muldoon, Céline Nelson, Michel Poirier et Marie-Eve Verret
Les mémoires de maîtrise en service social à l’Université d’Ottawa
Pages 176–203

Lu pour vous  
 Germain Dulac
Le mouvement masculiniste au Québec, l’antiféministe démasqué
BLAIS, Mélissa, et Francis DUPUIS-DÉRI (2008), Le mouvement masculiniste au Québec, l’antiféministe démasqué, Éditions du remue-ménage, Montréal, 257pages.
Pages 206–211

Jean-Sorphia Guillaume
L’art d’être père
LIAUDET, Jean-Claude (2008), L’art d’être père, Paris, Éditions Albin Michel, 189 p.
Pages 212–215

 
Raymond Villeneuve
Réflexions du Regroupement pour la valorisation de la paternité sur le rapport du conseil de la famille et de l’enfance portant sur l’engagement des pères
Pages 216–224

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