Établissement de compétences canadiennes en promotion de la santé:d’où venons-nous, où en sommes-nous et où allons-nous?

Pour l’établissement de compétences canadiennes en promotion de la santé : d’où venons-nous, où en sommes-nous et où allons-nous?

Par : Brian Hyndman, consultant principal à la firme The Alder Group et membre du Centre for Health Promotion de l’Université de Toronto

Reproduit  avec permission du Ontario Health Promotion Electronic Bulletin (OHPE). Article paru
Le jeudi 25 octobre 2007

Contenu
I. Introduction
II. Pourquoi des compétences en promotion de la santé? Pourquoi maintenant?
III.  Les avantages des compétences en promotion de la santé
IV.  Les compétences en promotion de la santé ne sont pas synonyme d’agrément
V.  Série proposée de compétences en promotion de la santé : initier le dialogue
VI.  Parvenir à un consensus sur les compétences en promotion de la santé : poursuivre le dialogue
VII. Références

I. Introduction

L’émergence de la promotion de la santé comme spécialité distincte de la santé publique a donné naissance à un débat sur l’imposition de paramètres structurés pour mieux définir la portée de la pratique de la promotion de la santé. Un des aspects clés de ce débat a trait à l’établissement de compétences en promotion de la santé, une série de critères fondés sur les habiletés que les personnes qui travaillent dans le domaine de la promotion de la santé devraient être tenues d’avoir, au moins en partie.

En 2007, l’organisme Health Promotion Ontario (HPO) a rédigé une version préliminaire d’une série de compétences en promotion de la santé. Ce travail s’inscrivait dans le cadre d’un processus plus large découlant de l’initiative pancanadienne intitulée Compétences essentielles en santé publique au Canada, lancée par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC). Cet article fournit un aperçu du processus suivi pour établir les compétences proposées en matière de promotion de la santé.

II. Pourquoi des compétences en promotion de la santé? Pourquoi maintenant?

Quand la question a été examinée pour la première fois à un symposium organisé par l’Association canadienne des professeurs de santé communautaire (CATCH) en 2000 (1), les participants ont conclu que des compétences en promotion de la santé pourraient être utiles si elles étaient définies à grande échelle et considérées comme des lignes directrices. Mais, ils étaient aussi préoccupés à l’idée d’imposer des limites et une interprétation rigide de normes professionnelles pour le domaine de la promotion de la santé, encore en plein développement.

Les progrès réalisés depuis le symposium de CATCH en 2000 font ressortir la nécessité de mettre l’accent sur les compétences en promotion de la santé. Deux facteurs clés expliquent l’intérêt soutenu face à l’établissement de compétences fondées sur des habiletés pour les praticiens de la promotion de la santé.

Premièrement, on se préoccupe de plus en plus de la marginalisation possible de la promotion de la santé dans le plus vaste secteur de la santé publique. En Ontario, ces préoccupations ont fait surface dans le cadre d’un questionnaire d’évaluation des besoins administré en 2005 par le Réseau des Centres ontariens de ressources pour la promotion de la santé (Réseau CORPS) (2), de documents de discussion de HPO (3-4), et de consultations auprès des clients du Centre ontarien d’information en prévention, un des centres de ressources clés du Réseau CORPS (5). Parmi les préoccupations relatives à la marginalisation possible de la promotion de la santé, mentionnons :
• une crédibilité moins élevée que souhaitée pour la promotion de la santé et les promoteurs de la santé conjuguée à une compréhension incohérente et parfois minimale de la part des professionnels de la santé détenant des titres de compétences (dont les gestionnaires d’organismes qui engagent des promoteurs de la santé) au sujet des habiletés et connaissances requises pour faire de la promotion de la santé ;
• une rémunération qui ne se compare pas à celle des autres professionnels de la santé publique (infirmières en santé communautaire, hygiénistes alimentaires publiques);
• un recrutement par voie de concours qui n’est pas avantageux pour les personnes ayant une formation officielle en promotion de la santé.
Deuxièmement, les vastes processus de renouvellement de la santé publique ont encouragé une plus grande reconnaissance de la nécessité d’adopter une approche axée sur les compétences pour le perfectionnement de l’effectif en santé publique au Canada (6). C’est là un message clé ressorti d’une série d’ateliers sur la formation en santé publique tenue au début de 2004 (7) et réunissant des parties concernées. Ce message a d’ailleurs été réitéré dans un examen des meilleures pratiques internationales pour le perfectionnement de l’effectif en santé publique (7). À l’automne 2004, le Groupe de travail conjoint sur les ressources humaines en santé publique a demandé l’élaboration d’une série de compétences de base pour la main-d’œuvre en santé publique (9), et une version préliminaire d’un cadre pancanadien de perfectionnement des ressources humaines a été publiée en 2005 (10). Ce dernier document fait ressortir l’importance des compétences de base pour l’ensemble de l’effectif en santé publique de même que les compétences pour les différents groupes propres à une discipline.

Dans la foulée de ces avancements, on a constaté parmi les disciplines de la santé publique une importante activité visant à définir une série de compétences propres à leurs domaines respectifs. Les promoteurs de la santé travaillant en santé publique risquent davantage d’être marginalisés s’ils ne s’approprient pas une série de compétences qui reflètent leur contribution unique.

III.  Les avantages des compétences en promotion de la santé

Voici les principales raisons pour lesquelles les promoteurs de la santé doivent déterminer des compétences propres à leur discipline :
• pour fournir du contenu et de la structure aux programmes de formation en promotion de la santé;
• pour contribuer à l’élaboration des descriptions de postes fondées sur les compétences pour les promoteurs de la santé;
• pour fournir de l’information sur les besoins de formation et les outils d’évaluation en promotion de la santé;
• pour contribuer à l’élaboration des programmes d’enseignement pour la formation continue des promoteurs de la santé;
• pour accroître la compréhension de l’étendue des connaissances et des compétences requises pour permettre aux promoteurs de planifier, d’offrir et d’évaluer efficacement les initiatives de promotion de la santé.
IV.  Les compétences en promotion de la santé ne sont pas synonyme d’agrément

L’organisme HPO ne fait pas la promotion des compétences proposées comme étape initiale menant à un agrément obligatoire des promoteurs de la santé. HPO respecte et reconnaît la position du Centre ontarien d’information en prévention (6) selon laquelle le processus visant à faire de la promotion de la santé une profession réglementée officiellement agréée serait rigoureux, vorace en temps et possiblement déclencheur de divisions. Les compétences proposées ont pour but de fournir de l’information sur la pratique de la promotion de la santé et non de la limiter ou de l’exclure et, par extension, de renforcer cette pratique et ce secteur d’activité.

V.  Série proposée de compétences en promotion de la santé : initier le dialogue

Au printemps 2006, l’organisme HPO a engagé un consultant pour examiner les critères existants au niveau des compétences en promotion de la santé (7). Plusieurs exemples ont été examinés, dont :
• compétences en promotion de la santé établies par l’Australie et la Nouvelle-Zélande
• Série de compétences universitaires en promotion de la santé mise au point par le programme de maîtrise en sciences de la santé spécialisée en promotion de la santé à l’Université de Toronto
• plus de 60 descriptions de tâches de promoteurs de la santé actuellement utilisées dans les services de santé publique de l’Ontario.
Le consultant a recommandé un processus en cinq étapes pour l’élaboration d’une version préliminaire initiale de compétences pour les promoteurs de la santé du Canada :

1.  Commencer par une description claire des tâches et responsabilités des promoteurs de la santé comme point de référence pour l’évaluation des compétences.

2.  Définir clairement la façon dont les compétences pourraient être utilisées pour déterminer si des énoncés précis répondront ou non à ce besoin.

3.  Examiner les compétences de base de la main-d’œuvre en santé publique, en commençant par celles du Canada. Faire ressortir les points d’une importance particulière pour une description plus approfondie (p. ex. forces particulières des promoteurs de la santé). Souligner toutes les lacunes évidentes. Examiner d’autres séries de compétences de base, au besoin.

4.  Examiner les séries de compétences des promoteurs de la santé de la maîtrise en sciences de la santé en Australie, en Nouvelle-Zélande et à l’Université de Toronto pour voir si elles fournissent des détails additionnels et si elles permettent de corriger les lacunes. Déterminer si elles offrent la profondeur et l’ampleur voulues pour saisir les compétences des promoteurs de la santé.

5.  Examiner, au besoin, d’autres séries de compétences.

Ce processus en été mis en application pour orienter l’élaboration de la série suivante de compétences en promotion de la santé. Plus particulièrement, tous les promoteurs de la santé devraient être en mesure de :

1.  Avoir les connaissances nécessaires à la promotion de la santé, notamment :
1.1  en appliquant le cadre des déterminants de la santé pour l’analyse des enjeux liés à la santé.
1.2  en appliquant la théorie dans le cadre de la planification et de la mise en œuvre de la promotion de la santé.
1.3  en appliquant les principes de la promotion de la santé dans le contexte des rôles et responsabilités des organismes de santé publique.
1.4  en décrivant la gamme des interventions disponibles pour se pencher sur les questions de santé publique.
2.  Effectuer une évaluation des besoins de la communauté ou une évaluation de la situation propre à une question précise, notamment :
2.1  en cernant les facteurs comportementaux, sociaux, environnementaux et organisationnels qui favorisent la santé ou qui y nuisent.
2.2  en repérant les données et les sources d’information pertinentes et appropriées.
2.3  en repérant les atouts et les ressources de la communauté.
2.4  en établissant des partenariats avec les communautés pour valider les données quantitatives et qualitatives recueillies.
2.5  en intégrant l’information provenant des sources disponibles pour établir les priorités d’action.
3.  Planifier les programmes de promotion de la santé pertinents, notamment :
3.1  en cernant, en obtenant et en évaluant de façon critique la documentation pertinente.
3.2  en effectuant une analyse de l’environnement des meilleures pratiques.
3.3  en mettant au point un plan des composantes pour la mise en œuvre des programmes, dont les buts, les objectifs et les étapes de mise en œuvre.
3.4  en mettant au point un budget pour les programmes.
3.5  en assurant le suivi et l’évaluation de la mise en œuvre des interventions.
4.  Contribuer à l’élaboration des politiques, notamment :
4.1  en décrivant les conséquences sanitaires, économiques, administratives, juridiques, sociales et politiques des possibilités d’action.
4.2  en fournissant des conseils en matière de politique stratégique sur les questions de promotion de la santé.
4.3  en rédigeant des énoncés de politique clairs et concis pour les enjeux complexes.
5.  Faciliter la mobilisation des collectivités et renforcer la capacité communautaire relativement aux priorités partagées en matière de santé, notamment :
5.1  en initiant avec les collectivités un dialogue fondé sur la confiance et le respect mutuel.
5.2  en repérant et en renforçant les capacités communautaires locales pour adapter l’action aux problèmes de santé concernés.
5.3  en encourageant, avec le concours des parties concernées, l’amélioration de la santé et du bien-être des gens et des collectivités.
6.  Établir des partenariats et des collaborations, notamment :
6.1  en établissant et en maintenant des liens avec les leaders communautaires et avec d’autres intervenants clés en promotion de la santé (p. ex. écoles, entreprises, églises, associations communautaires, syndicats, etc.).
6.2  en ayant recours à des habiletés de leadership, de promotion du travail d’équipe, de négociation et de résolution de conflits pour établir des partenariats communautaires.
6.3  en établissant des coalitions et en stimulant la collaboration intersectorielle sur les questions de santé.
7.  Communiquer efficacement avec les membres de la communauté et avec les autres professionnels, notamment :
7.1  en fournissant des renseignements sur l’état de santé et de l’information démographique, statistique, programmatique et scientifique adaptée aux groupes cibles professionnels et non professionnels.
7.2  en appliquant des principes de marketing social et d’autres principes de communication à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation des campagnes de communication sur la santé.
7.3  en utilisant les médias, les technologies avancées et les réseaux communautaires pour recevoir et communiquer de l’information.
7.4  en interagissant avec une population diversifiée et en adaptant les politiques et les programmes pour qu’ils répondent à cette diversité de la population.
8.  Organiser, mettre en œuvre et gérer des interventions de promotion de la santé, notamment :
8.1  en formant et en assurant la coordination des bénévoles des programmes.
8.2  en décrivant la portée du travail dans le contexte de la mission et des fonctions de l’organisme.
8.3  en contribuant à l’apprentissage de l’équipe et de l’organisme.

Les compétences ont principalement été rédigées pour les promoteurs de la santé travaillant dans des milieux de santé publique au Canada et pour les personnes dont le titre fait mention de la promotion de la santé. Cela comprend les organismes comme les services de santé publique, les centres de santé communautaires et les régies régionales de la santé. Toutefois, les compétences n’ont pas pour but d’exclure les personnes qui font de la promotion de la santé dans d’autres milieux; elles sont plutôt une ressource qui peut contribuer au travail des personnes, des groupes et des organismes qui font de la promotion de la santé.

VI.  Parvenir à un consensus sur les compétences en promotion de la santé : poursuivre le dialogue

La version préliminaire des compétences en promotion de la santé a initialement été présentée à la conférence de l’organisme HPO, en mai 2007. Elle a ensuite été présentée à un auditoire international à la 19e conférence annuelle de l’Union internationale de promotion de la santé et d'éducation pour la santé (UIPES), tenue à Vancouver en juin 2007. Dans le cadre des deux événements, les participants ont fourni de la rétroaction qui sera utilisée pour améliorer davantage les compétences. D’autre rétroaction a été recueillie au moyen d’un sondage en ligne qui a eu lieu de juin à août 2007.

Au cours de la prochaine année, HPO espère mener d’autres activités en vue de favoriser le consensus sur les connaissances et les habiletés communes qui constituent la pratique efficace de la promotion de la santé. L’organisme souhaite recevoir la rétroaction de toutes les personnes et de tous les organismes qui partagent sa motivation à définir les compétences essentielles requises pour promouvoir efficacement la santé et à y sensibiliser les gens.

VII. Références

1.  Rapport final du symposium organisé par l’Association canadienne des professeurs de santé communautaire (CATCH), le 22 octobre 2000. Disponible au : http://www.utoronto.ca/chp/CCHPR/teacherssymposiumreport.doc

2.  Rush, B. Rapports d'évaluation des besoins du Réseau des Centres ontariens de ressources pour la promotion de la santé pour l'année 2004-2005, Toronto : Réseau des centres ontariens de ressources pour la promotion de la santé, 2005. (en anglais seulement)

3.  Hyndman, B. Health Promoters in Canada: An Overview of Roles, Networks and Trends Toronto : Health Promotion Ontario, 2006.

4.  Feltracco, A., et Wilkerson, T. Health Promotion Ontario : Fulfilling the Promise Toronto: Health Promotion Ontario (santé publique), 2005.

5.  Centre ontarien d’information en prévention. Ontario Health Promoters: Gains of Organizing/Risks of Professionalizing: Commentary from the Ontario Prevention Clearinghouse Toronto, 2006.

6.  Moloughney, B. Development of a Discipline-Specific Competency Set for Health Promoters – Résultats d’une analyse de la documentation. Document préparé pour Health Promotion Ontario, avril 2006.

7.  Moloughney, B. Initiative pancanadienne de formation en santé publique – Résumé de trois ateliers régionaux. Ottawa : Centre de coordination de la surveillance, Direction des politiques de soins de santé, Santé Canada, 2004.

8.  Nevis Consulting Group. Public Health Workforce Development: Australia, England and the United States Ottawa : Nevis Consulting Group, 2004.

9.  Moloughney, B. Rédaction de l’ébauche d’un ensemble de compétences de base pour la main-d’œuvre en santé publique, Groupe de travail conjoint fédéral-provincial-territorial sur les ressources humaines en santé publique, 2004.

10.  Groupe de travail conjoint sur les ressources humaines en santé publique. Building the public health workforce for the 21st century: a pan-Canadian framework for public health human resources planning, Ottawa, 2005.

11.  Shilton, T., Howat, P., et James, R. Review of competencies for Australian health promotion. Australian Health Promotion Update Oct-Nov, p. 5, 2003.

12.  McCracken, H., et Rance, H. Developing competencies for health promotion training in Aotearoa-New Zealand. Promotion et Education 7 (1), 40-43, 65, 2000.

13.  Core Competencies of a Health Promoter. M.H.Sc Health Promotion Program, Department of Public Health Sciences, Université de Toronto. Disponible au : http://www.phs.utoronto.ca/mhsc_health_promotion4.asp