L’entraide : une approche d’intégration appréciée des femmes immigrantes francophones
L’entraide : une approche d’intégration appréciée des femmes immigrantes francophones
Par :Dominique Tremblay Consultant journaliste à la pige
Hélène Roussel
Consultante en promotion de la santé
Nexus Santé
Cet article a été rendu possible grâce à la contribution financière du comité des services en français du Réseau des centres ontariens de ressources pour la promotion de la santé (Réseau CORPS)
Depuis plus de douze ans Oasis Centre des femmes a pour mission d'éliminer la violence et d’améliorer la situation des femmes francophones de la grande région de Toronto en leur offrant des services variés qui visent à promouvoir leur autonomie tout en les soutenant dans leurs démarches et en sensibilisant la communauté à la violence faite aux femmes. Oasis Centre des femmes offre ses services aux femmes francophones qui sont victimes de violence, qui sont immigrantes, réfugiées ou nouvelles arrivantes, ou qui sont à la recherche d'un emploi.
Cet organisme a rapidement fait sa place en offrant des services diversifiés répondant aux besoins d’une clientèle que sont les femmes francophones âgées de 16 et plus, résidant dans le GTA en situation vulnérable. C’est dans l’esprit de rencontrer un besoin grandissant, de support, d’accès aux ressources et d’apprentissage qu’Oasis Centre des femmes a créé en partenariat avec le Centre Francophone de Toronto l’activité communautaire « ActionFemmes », qui s’intègre dans le programme Femmes immigrantes, nouvelles arrivantes et Réfugiées. Ce groupe social d’échange et d’activité a pour but d’aider les femmes à sortir de l’isolement. « Elles rencontrent d’autres femmes qui vivent des expériences semblables et elles participent aux discussions et aux activités que touchent des thèmes qui correspondent à leurs besoins. » explique la coordonnatrice du programme Mina Himmi Razzokia.
L’identité et la culture sont au centre de l’approche du programme
Immigrer au Canada est un défi qui ne se fait pas seul. L’isolement rend l’adaptation plus longue. S’intégrer dans un nouveau milieu implique des transformations autant au plan social que culturel. Le premier défi est de réussir son intégration économique dans le monde du marché du travail, avec ses codes, ses lois et ses règles qui sont souvent différents du pays d’origine. Les références habituelles qui sont souvent profondément modifiées influent sur l’insertion sociale. Dans un contexte de vie canadien, il y a la redéfinition du rôle de chaque individu de la famille (Bertot et Jacob1991), http://www.erudit.org/revue/nps/2005/v17/n2/011227ar.html le statut de la femme dans son rôle de mère à la maison subit une perte lorsqu’elles sont issues de sociétés plus traditionalistes. Elles peuvent vivre des phases d’isolement devant cette nouvelle réalité interculturelle. Elles vivent aussi des obstacles au niveau de leur recherche d’emploi où elles doivent affronter le manque de reconnaissance des acquis professionnels dans plusieurs domaines spécialisés, ce qui intensifie le risque d’isolement. Le choc culturel est grand, le changement de statut personnel et social fragilise les femmes qui vivent cette nouvelle dynamique dans des conditions d’insertion particulièrement exigeante dans la région de Toronto. Parmi les plus grandes pertes, lors de leur arrivée au Canada, il y a le soutien de la famille et les réseaux d’entraides informelles de leur communauté d’origine. Elles arrivent donc au Canada dépouillées de cette forme d’entraide.
L’activité communautaire « ActionFemmes » rejoint une centaine de femmes francophones en milieu minoritaire par année. Elles trouvent dans ce groupe du soutien, un espace où elles peuvent échanger des idées, discuter de leurs craintes et proposer des solutions aux problèmes qu’elles vivent. Cet accompagnement, ainsi que les autres services comme: le counselling, la thérapie par les arts, le programme Élan de préparation à l’emploi et à la vie dynamique, des cours d’autodéfense etc. offerts par Oasis Centre des femmes deviennent pour elles un apport indispensable dans leur intégration au sein de la communauté francophone et la communauté élargie de Toronto.
L’entraide cimente la réussite
« ActionFemmes » est un groupe d’entraide qui crée des réseaux informels de femmes qui partagent une expérience ou un intérêt. En se réunissant une fois par semaine dans le cadre des rencontres du programme, elles forment des liens et peuvent s’appuyer mutuellement. Le soutien affectif ainsi, que pratique, est la base de la raison d’être de cette activité et stimule l’échange de renseignements sur tous les domaines de la vie au Canada. Sur ce, une participante du groupe exprimait comment…« Le groupe m'a aidé à accepter ce qui m'était arrivé et à découvrir ce que je pouvais faire pour m'aider. Maintenant, je suis en mesure d'offrir mon soutien aux autres femmes et d'être là quand quelqu'un a besoin de parler. »
On passe à l’action avec Oasis Centre des femmes
« C'est avant tout dans un esprit de sensibilisation, de prévention et de support lors des situations difficiles que nous intervenons tout en respectant les différences culturelles des femmes. Notre approche est féministe et on les accompagne dans leurs cheminements et ce en respectant le rythme personnel de chacune des femmes. Oasis Centre des femmes avec ce programme offre un lieu de rencontres pour toutes ces femmes, et leurs enfants, et ce dans une ambiance conviviale et chaleureuse » ajoute Mme Razzokia.
« Avec ce programme nous espérons rencontrés les objectifs, de briser l’isolement, informer et mieux exploiter les différentes ressources du milieu, créer un lieu d'échanges, d'entraide et de concertation, développer la solidarité, améliorer la communication parents, enfants, trouver des pistes de solutions dans une approche de résolution de problèmes adaptée aux familles issues des communautés culturelles. »
Concrètement chaque rencontre propose des dîners causerie sur des thématiques variées, tel que : les nouvelles réalités familiales en contexte d'immigration, être mère et monoparentale, les valeurs des jeunes - les valeurs des parents, la santé mentale des femmes, le phénomène de la violence dans la famille, la sexualité à l'adolescence, l'alcool et les drogues, la discipline, du plaisir, des loisirs et des sorties culturelles.
L’entraide une approche qui a fait ses preuves
Guy Corneau, psychanalyste et auteur à succès québécois http://www.guycorneau.com fondateur du Réseau Femmes Québec a développé des réseaux de groupe d'entraide et de réflexion gérés par des bénévoles dont la formule s'est répandue dans plusieurs pays francophones depuis 1992. Selon Guy Corneau, « les groupes d'hommes et les groupes de femmes encouragent la pratique de la parole et de l'écoute par rapport au ressenti. Ces groupes créent un lieu d'apprentissage dégagé le plus possible des opinions et des jugements de valeur, libre également des jeux de séduction et des méfiances qui existent parfois entre les sexes. Entre eux, les hommes sont moins gênés d'explorer qui ils sont et d'exprimer l'avouable comme l'inavouable. Il en est de même pour les femmes entre elles. L'expérience des personnes qui font partie de ces groupes depuis plusieurs années nous montre qu'elles ont grandement amélioré leur capacité d'intimité avec elles-mêmes comme avec les autres dans leur vie. » http://www.productionscoeur.com/europe/pages/reseaux.htm
Sur ce les témoignages de participantes du programme Action Femmes supporte bien l’opinion de M. Guy Corneau: «Partager avec les autres m'a également aidé. Quelque chose de très spécial ce produit avec les participantes quand on se rencontre le mercredi il y toujours des activités qui nous amènent à réfléchir sur les choses à faire pour améliorer notre vie ici. Nous avons constaté à quel point nous nous sentons bien. Notre objectif est de montrer que la vie continue de plus belle.”
« Cela m'a permis de jeter un nouveau regard sur mes problèmes. L’isolement que je vivais avant de venir ici était en train de me ronger. Alors au lieu de me sentir écrasé et désemparé, j'ai repris confiance en ma capacité de prendre ma vie en main. »
En Ontario, le Réseau ontarien de l’entraide (OSHNET) offre de la formation, des ressources et du support aux intervenants qui désirent utilisés l’approche de l’entraide dans leurs interventions, voici le lien des ressources en français du Réseau
http://www.selfhelp.on.ca/FR/repertoire.html
Les dix années de succès de l’activité communautaire « Action Femmes » est une inspiration pour la mise en place de communautés d’intérêts. En consultant le répertoire des groupes d’entraide on y voit notamment qu’il y a une panoplie de problématique ( abus, deuil, image corporelle, cancer, soins, handicap, emploi, famille, VIH-sida, santé mentale, toxicomanie, santé physique, aînés, sexualité, jeunes, etc.) où l’entraide supporte les interventions de promotion de la santé.
Un dernier mot
Le travail de consultation des dernières années à Oasis Centre des femmes met en perspective le fait que les personnes aux prises avec la violence familiale et qui vivent l’isolement court un risque accru de souffrir de troubles mentaux. En outre, leur état de santé en général et leur bien-être risquent tôt ou tard de se dégrader. Il n’est pas étonnant que des études http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/pdfs/fv-effets_f.pdf
révèlent que les besoins en soins médicaux des femmes qui vivent dans un contexte de violence familiale et d’isolement dépassent largement ceux des personnes non victimisées. Souvent, les personnes aux prises avec la violence familiale n’ont pas accès à un réseau de soutien; les fournisseurs de soins ou les travailleurs sociaux sont souvent les seules personnes vers qui elles peuvent se tourner pour obtenir de l’aide. Les professionnels de la santé savent reconnaître les signes de violence familiale et y sont attentifs, afin de mieux cerner les facteurs qui contribuent aux problèmes de santé mentale et physique. Selon l’expérience d’Oasis Centre des femmes, les enfants et les femmes victimes de violence et d’isolement parviennent à surmonter remarquablement cette situation en établissant par exemple une relation positive avec un intervenant de première ligne ou en allant chercher du soutien social dans le programme « Action Femmes » et en ayant par la suite des expériences de vie positives.
Rapports publiés sur le Web
Centre national d’information sur la violence dans la famille
Il renferme des publications, bulletins et vidéos abordant de nombreux aspects de
la violence familiale.
mailto:www.hc-sc.gc.ca/nc-cn
Organisation mondiale de la Santé (OMS)
La bibliothèque de l’OMS contient des rapports traitant de la violence familiale et de la santé.
http://www.who.int/home-page/
Oasis centre des femmes
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