Compte rendu de l’étude Profile sociolangagier des élèves de 11ième des écoles de langues française de l'Ontario
Compte rendu et commentaire de l’étude « Profile sociolangagier des élèves de 11ième des écoles de langues française de l’Ontario» par Marcel Grimard, président ACFO-TO Landry, R. Allard, R. et Deveau, K (juil. 2007). Profil sociolangagier des élèves de 11ième année des écoles de langue française de l’Ontario : Outil de réflexion sur les défis de l’aménagement linguistique en éducation. Moncton, Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques. 118 pp. L’étude de Landry, Allard et Deveau sur le profil sociolangagier des élèves de 11ième année des écoles de langues française de l’Ontario vise à faire ce profil mais surtout propose des pistes de solutions en matière d’aménagement linguistique. L’étude se divise en cinq grandes sections : introduction au contexte sociodémographique, le cadre conceptuel, la méthodologie de recherche, les résultats de recherche et les recommandations. Ce compte rendu fera une synthèse rapide des trois premières sections, et s’attardera aux résultats et à la discussion des recommandations. La première section, le contexte démographique nous parle de l’exogamie, l’immigration, la minorisation accrue, la diversité culturelle, rétention d’élève, etc.La seconde section, nous présente différents cadres conceptuels : la vitalité ethnolinguistique, la notion de capital linguistique, le déterminisme social. Cette seconde partie pose également l’épineuse question de l’assimilation entre deux thèses : le meurtre ou le suicide et entre deux la thèse subsidiaire. Il est cependant important de nuancer les termes par la thèse du meurtre se réfère à la notion des États qui n’encourage pas les communautés de langues officielles à s’épanouir, ne possède pas de loi pour servir ces populations, etc. La thèse du suicide se réfère à la notion de choix des individus à reproduire leur langue, si chaque individu est libre de ses choix et que ceux-ci font tous un choix similaire a ce moment le poids de la langue minoritaire diminue. Ces choix sont fondés sur plusieurs raisons tant rationnelles qu’émotionnelles. Finalement la thèse subsidiaire se veut un peu deux. Cette partie nous présente un modèle intergroupe de la revitalisation ethnolinguistique dans une perspective macroscopique. Ce modèle tient des différents facteurs qui influencent la revitalisation de la langue dans une approche interactionniste : individu vs société, institutions vs valeurs de la langue minoritaire, autodétermination vs détermination sociale. Ceci nous amène au positionnement des États envers les langues qui se situe dans un continuum entre le pluralisme, le civisme, l’assimilationniste et l’ethnicisme. Ces différents aspects conceptuels nous proposent une série de prémisses théoriques pouvant supporter une politique d’aménagement linguistique : les institutions contribuent à la complétude institutionnelle et la vie communautaire en dotant le groupe linguistique de lieux de sociabilité, différents aspects de la « socialisation langagière et culturelle » produisent des effets particuliers sur les composantes du développement psycho langagier, le déterminisme social est favorisé par l’absence d’une conscience critiques des facteurs qui conditionnent le statut du groupe, à l’inverse l’autodétermination est favorisée par le développement de cette conscience critiques des facteurs reliés à la vitalité du groupe, plus les interventions de l’État et celles du groupe minoritaire agissent en synergie tout au long du continuum « société-individu » plus fortes sont les chances de revitalisation ethnolangagière et finalement seules les politiques linguistiques et les interventions influant sur le vécu langagier et culturel. En d’autres mots, l’établissement d’une collaboration entre l’État et la communauté afin de développer de plus en plus des lieux de sociabilité pour parler la langue qu’ils soient culturels, institutionnels, informels, commerciaux, plus la vitalité de la langue s’accroît. Les trois vécus langagiersDonc, ces prémisses permettent d’énoncé trois vécus face à la langue et par la suite permettent d’identifier les points d’entrée pour influencer un changement de positionnement qui serait favorable au groupe linguistique : le vécu enculturant, le vécu autonomisant et le vécu conscientisant. Le vécu enculturant pourrait se comprendre comme la première étape d’une phase développementale vers le vécu conscientisant (vécu souhaité pour revitaliser une communauté linguistique). Cette première étape se définit par l’ensemble des contacts langagiers et culturels de l’environnement qui forment l’assise de l’apprentissage de la langue. La seconde étape, le vécu autonomisant se définit par les conditions sociales et contextuelles qui facilitent la pleine actualisation à savoir le sentiment d’autonomie, de compétence et d’appartenance. Finalement la troisième étape, le vécu conscientisant se définit par une auto identification et appartenance au groupe qui favorise une conscience critique. Ce type modèle tend à reconnaître que tous ne parviendront pas à la dernière phase mais qu’il est possible de développer des outils pédagogiques et didactiques qui stimulent les plus grand nombre à « graduer » d’une phase à l’autre. Le cadre méthodologique de la recherche se décrit comme suit : · enquête s’est réalisée pendant l’année scolaire 2004-2005 et 2005-2006· 5 342 élèves étaient inscris à la 11ième année· environ 56 % des questionnaires ont été retournés· 70 des 87 écoles secondaires franco-ontariennes ont participé à l’étude L’instrument de mesure (questionnaire) comptait les sections suivantes:
| · les données démographiques· le vécu ethno langagierles vécus enculturants contacts avec des anglophonesréseau de communication par les médiasle vécu autonomisantle vécu conscientisant | · le développement psycholangagier identité,identification aux communautés de langues officiellesvitalité ethnolinguistique subjectiveles ressources actuellesles ressources futuresce qui seraient équitable, ce que je souhaite |
| · les sentiments d’appartenancessentiments à l’égard du français et de l’anglaissentiments vis-à-vis des personnes de ton entouragela motivation langagière | · les compétences langagières et l’insécurité linguistique test de closure · le comportement langagier |
La section des résultats vérifie les différentes hypothèses de travail. L’étude nous présente 39 tableaux d’analyse portant sur le questionnaire. Nous nous attarderons aux résultats de la région du sud et à quelques résultats qui poussent à réflexion à plus long terme pour favoriser la reproduction linguistique des jeunes. Nous présenterons les résultats les plus significatifs pour tenter de faire une analyse particulière du profil ethnolangagier des élèves de 11 ième année du sud avec l’ensemble de l’Ontario. Sexe et langue maternelle
| Région | Sexe | Langue maternelle | |||
| Filles % | Garçon % | Français % | Anglais % | Autres % | |
| Sud | 50,7 | 49,3 | 38,5 | 49,8 | 11,6 |
| Ontario | 55,1 | 44,9 | 70,2 | 23,7 | 6,1 |
Nous pouvons constater d’emblée que les parlant français forment moins de 40% des cohortes dans les écoles francophones dès lors le statut de la langue française de l’institution perd de son importance mais surtout cela signifie qu’un petit nombre peuvent exprimer un lien plus direct d’appartenance, possède un capital social facilitant la compétence linguistique et l’autonomie langagière. Outre ce fait, cela pose le défi didactique de former une majorité d’élèves qui ne s’identifie pas à prime à bord à la mission de l’école. Langue maternelle des parents
| Région | Mère | père | ||||
| Français % | Anglais % | Autres % | Français % | Anglais % | Autres % | |
| Sud | 44,2 | 35,7 | 20,0 | 31,4 | 46,1 | 22,4 |
| Ontario | 71,9 | 18,7 | 9,4 | 63,9 | 26,1 | 10 |
À nouveau, nous voyons un écart important entre les élèves du sud et ceux de la province ayant sensiblement les mêmes conséquences sur la reproduction linguistique. Endogamie- exogamie
| Région | Endogamie francophone% | Exogamies francophone/ allophone % | Exogamie francophone/anglophone% | Endogamie anglophone% | Autres% |
| Sud | 21 | 5,5 | 28,0 | 25,7 | 19,8 |
| Ontario | 52,2 | 3,2 | 28,7 | 7,6 | 8,5 |
Ce tableau vient nuancer le tableau précédent que plus de la majorité des élèves ont un contact régulier avec le français soit un pourcentage de 54,5% quoique à la traîne des statistiques provinciales qui elle s’élèvent à 85,1%. Ambiance langagière de l’école à l’extérieur des classes
| De la 10ième à la 12 ième | Sud | Ontario | |
| Surtout en anglais % | 64,2 % | 45% | |
| Environ moitié-moitié | 12% | 16,3% | |
| Surtout français | 18 % | 35,2% | |
| Autre langue | 5,8% | 3,5% |
Ce tableau montre qu’un pourcentage élevé de jeunes de la 10ième et de la 12ième vive en anglais ou une autre langue à l’extérieur de l’école soit 70%. Cela se confirme dans les tables des réseaux filiaux, sociaux. Cela a pour conséquence que la langue devient un instrument linguistique principalement une langue institutionnelle. Les pratiques sociales qui pourraient renforcer l’usage et le renforcement des pratiques langagières sont vérifiées dans les contacts avec les médias. Dominance langagière dans les contacts avec les médias entre 2 et 12 ans
| Télévision | sud | Ontario | |
| Anglo dominants % | 53,6 | 43,4 | |
| Bilingues % | 29,6 | 37,5 | |
| Franco dominants % | 16,8 | 19,1 | |
| Score moyen | 3,59 | 4,04 | |
| Radio | sud | Ontario | |
| Anglo dominants % | 63,3 | 52,7 | |
| Bilingues % | 21,5 | 29,3 | |
| Franco dominants % | 15,2 | 18,0 | |
| Score moyen | 3,13 | 3,67 | |
| Films | sud | Ontario | |
| Anglo dominants % | 52,0 | 51,2 | |
| Bilingues % | 31,7 | 35,0 | |
| Franco dominants % | 15,4 | 16,6 | |
| Score moyen | 3,63 | 3,81 | |
| Internet | sud | Ontario | |
| Anglo dominants % | 53,0 | 51,2 | |
| Bilingues % | 33,9 | 33,5 | |
| Franco dominants % | 13,1 | 13,3 | |
| Score moyen | 3,53 | 3,64 | |
| Musique | sud | Ontario | |
| Anglo dominants % | 55,0 | 46,2 | |
| Bilingues % | 30,7 | 38,6 | |
| Franco dominants % | 14,3 | 15,2 | |
| Score moyen | 3,50 | 3,81 | |
| Journaux | sud | Ontario | |
| Anglo dominants % | 57,2 | 48,2 | |
| Bilingues % | 27,2 | 34,3 | |
| Franco dominants % | 15,3 | 18,8 | |
| Score moyen | 3,40 | 3,95 | |
| Magazines | sud | Ontario | |
| Anglo dominants % | 57,2 | 48,2 | |
| Bilingues % | 26,6 | 35,3 | |
| Franco dominants % | 16,2 | 16,4 | |
| Score moyen | 3,41 | 3,79 | |
| Livres à la maison | sud | Ontario | |
| Anglo dominants % | 40,4 | 25,8 | |
| Bilingues % | 35,6 | 43,0 | |
| Franco dominants % | 24,1 | 31,2 | |
| Score moyen | 4,26 | 5 | |
| Théâtre et spectacle | sud | Ontario | |
| Anglo dominants % | 49,8 | 34,3 | |
| Bilingues % | 31,2 | 39,5 | |
| Franco dominants % | 19,0 | 26,3 | |
| Score moyen | 3,79 | 4,55 |
Tous les scores sont très inférieurs à la moyenne provinciale, l’aspect ici à considérer est pourquoi en est-il ainsi? En particulier, ces contacts avec les médias peuvent faire parti d’une stratégie familiale pour exposer les jeunes au français surtout dans un contexte où les contactes sociaux à l’extérieur de l’école et de la famille sont fortement anglo dominant. Est-ce une question de manque de ressources? Un manque d’activités médiatiques orientées vers les jeunes dans les médias francophones? Tout laisse à croire que rôle de la famille dans la reproduction linguistique est plus faible. Ce qui se confirme dans le tableau du vécu conscientisant où la famille et la parenté ont une influence forte à 43,4% dans le sud comparativement à 52,9% pour la province. Le tableau de l’étude le plus important pour l’avenir de la Francophonie de Toronto est celui de l’autodéfinition identitaire. Catégories d’autodéfinition identitaire
| Sud | Ontario | ||
| Francophone | Faible % | 13,4 | 6,3 |
| Modéré % | 39,6 | 28,8 | |
| Forte % | 47,0 | 65,0 | |
| score | 6,06 | 6,96 | |
| Sud | Ontario | ||
| Anglophone | Faible % | 5,9 | 13,4 |
| Modéré % | 26,3 | 36,4 | |
| Forte % | 67,8 | 50,2 | |
| score | 6,99 | 6,16 | |
| Sud | Ontario | ||
| Bilingue | Faible % | 2,1 | 1,6 |
| Modéré % | 19,7 | 13,6 | |
| Forte % | 78,3 | 84,8 | |
| score | 7,6 | 7,86 | |
| Sud | Ontario | ||
| Franco-ontarienne | Faible % | 20,5 | 9,4 |
| Modéré % | 35,5 | 27,4 | |
| Forte % | 44,0 | 63,2 | |
| score | 5,63 | 6,78 |
On le constate les taux les plus important sont l’identité anglophone et l’identité bilingue pour les jeunes du sud. Est-ce à dire que nous avons un problème de construction identitaire des jeunes qui fréquentent l’école d’expression française? Probablement pas puisque les autres identités affiches des scores relativement élevés. Alors comment pouvons nous expliquer cette situation? Il ne faut pas oublier que l’adolescence est une période de la vie où la confusion identitaire est très grande, une période de recherche de qui nous sommes. La société d’aujourd’hui propose plusieurs identités en compétition aux jeunes que se soit au niveau de l’esthétisme (goth, punk, preppie, dork, etc), sexuelle (straight, gai, bi, queer, etc), religieuse (catholique, musulman, athée, etc). Quelle carrière choisir? Par contre tout en respectant cette confusion, il est possible de soutenir une intervention didactique communautaire à la jonction de ces 4 identités linguistiques. Le dernier chapitre ouvre des suggestions pour supporter une identité francophone autonome.· campagne de sensibilisation aux ayants droits· accroître un rapport positif a la langue et une enculturation active· promouvoir une pédagogie de la maîtrise et de la coopération pour l’enseignement du français. L’étude finalement identifie également des signes d’inquiétude sur l’affaiblissement de la proximité sociolisante vécue par les élèves des écoles françaises. En d’autres mots à l’extérieur du milieu scolaire, les jeunes du réseau des écoles francophones ont de moins en moins la possibilité d’utiliser le français qu’ils apprennent le jour ce qui affaiblit leur identité francophone autonome. Malheureusement, l’étude à part de réaffirmer le rôle central de l’école dans la reproduction linguistique ne s’aventure pas dans la seconde triade de la politique d’aménagement linguistique du ministère de l’éducation : le rôle de la communauté dans le développement, le maintien et l’enculturation des lieux de proximité sociolisante pour soutenir une identité francophone autonome. C’est malheureusement une faiblesse méthodologique et théorique qui n’explore pas l’autre source de la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire : son milieu associatif et son rôle sociolangagier.
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http://www.icrml.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=31&Itemid=133&lang=fr
