« Être francophone » ne se conjugue pas à l’impératif: les jeunes et le rapport positif à la langue

 

Comment mettre en place une pédagogie pour la minorité?

Pennac, dans son livre remarquable Comme un roman, nous avertit fermement : Le verbe lire, tout comme le verbe aimer, ne supporte pas l’impératif!

Essayons le même exercice avec la construction identitaire :

Va, sois francophone! Parle français! Écoute la musique française! Sois fier de qui tu es!

Ouache! L’identité et la fierté francophones ne s’imposent pas!

Les attentes à l’égard des écoles oeuvrant en milieu francophone minoritaire sont tout de même énormes. On veut que l’école sache créer un espace idéal où la langue et la culture sont à l’affiche. On souhaite un lieu qui réussit à imprégner ses élèves d’une fierté identitaire forte et capable de contrer l’assimilation. Pas facile!

Nous sommes à l’ère de la mondialisation et de la société postmoderne, et la langue anglaise prend de plus en plus de place. Devant cette influence grandissante sur les communautés minoritaires, la tâche attendue de l’école, que l’on veut le contrepoids à cette pression, s’alourdit sans cesse.

L’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés assu-re, aux parents qui répondent à certains critères, l’accès à une école de langue française pour leurs enfants. L’instruction et la gestion de l’école se déroulent en français. Est-ce suffisant pour en arriver à construire une identité francophone? Non, de toute évidence, car la mission de l’école en milieu minoritaire va bien au-delà d’un projet linguistique (Laplante, 2001).

 

Que faire donc?

Quelle pédagogie privilégier?

 

Au-delà de l’instruction en français, il faut viser une pédagogie qui sait agir sur les tensions identitaires, réagir aux injustices sociétales, développer une appartenance communautaire et construire un rapport positif à la langue. Comment? D’abord, visons le développement du plein potentiel des élèves, dans leurs dimensions intrapersonnelles, interpersonnelles et sociales, par le biais d’une pédagogie actualisante (Faculté des sciences de l’éducation, Université de Moncton, 2001). Une telle pédagogie est valable pour toute population, peu importe le milieu où se trouve l’école. Ajoutons une pédagogie différenciée (Tomlinson, 2003) pour répondre aux besoins uniques de chaque élève, et savoir composer avec les classes de nos milieux qui deviennent de plus en plus hétérogènes du point de vue culturel et qui se composent d’élèves avec divers degrés de francité (Gilbert, LeTouzé, Thériault et Landry, 2004). Ensuite, favorisons le développement du sentiment d’appartenance à la communauté au moyen d’une pédagogie communautarisante (Landry, 2003), qui maximise l’implication communautaire à l’école ainsi que le vécu des élèves dans la communauté. Enfin, installons une pédagogie transformative (Cummins, 2000), qui vise à combattre et à modifier l’idéologie implicite d’assimilation et de pouvoir coercitif du groupe majoritaire envers le groupe minoritaire. Dans cette pédagogie transformative, les élèves participent à des enquêtes critiques collaboratives, basées sur des principes de justice sociale. La compréhension des réalités sociales, telles que l’assimilation, les droits des individus et des collectivités, est à l’ordre du jour.

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