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DÉVELOPPER DES SERVICES EN FRANÇAIS DE QUALITÉ DANS UN CONTEXTE FRANCO-ONTARIEN

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Le 21 mars dernier, le comité des services en français du réseau CORPS  http://www.ohprs.ca/faq_f/faq.html> avec l’appui de l’expertise du Centre ontarien d’information en prévention offrait aux membres du réseau qui désirent améliorer ou développer leurs services en français un atelier sur  « Le développement des services en français de qualité en contexte franco-ontarien » L’atelier conçut par Marcel Grimard, président de l’Association des communautés Francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO-TO)(lui même spécialiste de des questions socio-linguistique francophones minoritaires) en collaboration avec Christiane Fontaine du Centre ontarien d’information en prévention, visait à sensibiliser la vingtaine de participant(es) au contexte culturel et historique qui régit le comportement des francophones de l’Ontario; aux approches de promotion pour les rejoindre ; et comment offrir des services en français adaptés et de qualités dans leurs organisations respectives.

L’atelier se déroulait en trois temps ou modules.  Le premier module de la formation présentait la perspective historique du fait français en Amérique depuis 1755 date de la déportation des Acadiens (nes) des terres de la vallée de l’Annapolis en Nouvelle-Écosse jusqu’à aujourd’hui.  L’objectif de ce premier module sensibilisait les participantes que les Francophones en milieu minoritaire développent des comportements qui leurs sont propres lorsqu’il s’agit d’interagir avec le groupe linguistique dominant. En effet, à partir de 1763 au moment du traité de Paris qui cédait la Nouvelle-France à l’Angleterre, les Francophones ont développé des stratégies collectives et discursives voir narratives pour survivre comme groupe religieux (il faut se rappeler qu’au 18 ième siècle, les États se préoccupent plus de maintenir l’homogénéité religieuse de leur territoire que de la langue/culture de leur sujet, ce n’est qu’au 19 ième siècle que la langue deviendra un enjeu des états nations) d’abord puis par la suite comme groupe linguistique.  Par ailleurs, le module insiste pour faire remarquer aux participant(es) que les francophones sont présents en Ontario (pays d’en haut) depuis le milieu du 16 ième siècle avec la fondation de la mission d’évangélisation des Jésuites à Ste-Marie-chez-les-Hurons (baie géorgienne), la fondation de Détroit/Windsor en 1704 et les différents forts et postes de traites fondés par le Gouverneur de la Nouvelle-France Samuel de Champlain incluant le Fort Brûlé aujourd’hui Toronto. 

Un temps considérable a été consacré à l’histoire des Canadiens-Français puisque celle-ci explique en partie les comportements parfois contradictoires que les Franco-Ontarien(nes) ont vis-à-vis la langue, la culture et les services en français. En effet, et plus particulièrement en Ontario, la présence française a été souvent un irritant pour les administrateurs et les colons britanniques.  Or,  les textes historiques tendent à régionaliser les francophones en Acadie et au Québec et plus tard au Manitoba.  La présence francophone est souvent associée à l’ouverture au corridor du Nord de l’Ontario dont le but ultime était de relier le Québec et le Manitoba, deux provinces catholiques et françaises.
Cette « invisibilité » des franco-ontarien(nes) dans la construction de l’État canadien nourrit une identité culturelle et linguistique se caractérisant par un manque d’affirmation de soi, des sentiments d’aliénation et des sentiments d’oppression.  

Les différents contextes historiques favorisent la construction de trois discours (idéologie) qui ont pour but la survie de la culture et la langue française.  Ainsi, trois discours se sont crées au fil de l’histoire reflétant les préoccupations du temps. Le premier discours est celui dit traditionnel.  Ce dernier est véhiculé par les élites traditionnelles dans une économie agraire (prêtre, docteurs, avocats, etc)qui maintiennent l’argument que pour survivre les Canadiens-Français doivent rester sur la terre, accepter une condition économique qui les maintien dans la pauvreté et de procréer pour maintenir un équilibre démographique favorable à la survie (revenge des berceaux.)  Avec le déclin de l’influence de l’église catholique et la montée du nationalisme québécois à la fin des années cinquante et au début des années soixante, un second discours dit moderne éclos, celui-ci base son idéologie sur l’obligation du gouvernement fédéral à supporter les communautés linguistiques minoritaires du Canada à travers des lois, des institutions, des activités culturelles, etc.  Ce discours utilise les tribunaux comme source de la défense de langue et de la culture.  Finalement, un troisième discours présentement en émergence depuis le depuis des années quatre-vingt-dix (suite aux coupures du gouvernement fédéral pour lutter contre le déficit) s’appuie sur le phénomène de la globalisation des échanges économiques pour soutenir la cause de la langue française en Ontario.  Ce discours mondialisant fait la promotion de la valeur ajoutée de la langue dans le développement économique régional, le développement de l’industrie du tourisme et l’immigration de francophone.  Ce discours est plus instrumentaliste que les deux premiers discours puisqu’il transforme la langue et la culture en objet de consommation ce qui permet aux intervenant(es) d’utiliser un vocabulaire du monde des affaires tel qu’il faut investir dans la langue, le français est une valeur ajoutée, le fait français peut attirer des touristes de France, etc.  Ce discours également propose comme solution au déclin démographique l’immigration de francophones originaires des pays francophones.  Cette politique d’immigration transforme les communautés Francophones particulièrement fragilisées en communautés d’accueil ce qui provoque des tensions communautaires entre les différents représentants des communautés dites de souches et les communautés culturelles et les minorités raciales. 

Finalement, nous avons défini quelques termes liés à la sociolinguistique pour comprendre les rapports de pouvoir entre les dominés et les dominants en terme linguistique.

Le deuxième module se préoccupait de présenter en terme démographique et statistique les communautés franco-ontariennes.  Divisé selon les régions administratives de l’Ontario français (Nord-ouest, Nord-est, Est, Centre et Centre sud-ouest), le module présentait une série de tableaux statistiques dont le pourcentage de la population francophone dans chaque région, le pourcentage de francophones par municipalité.  Plus troublant pour les participants fût de prendre conscience des taux d’assimilation et la discussion qui suivit autour de la terminologie.  Nous avons par ailleurs regardé les courbes démographiques qui brossent le portrait d’une communauté vieillissante.   Nous avons regardé les lieux de provenance des différents membres de la communauté. De ce module, deux problématiques ressortent de toutes évidences.  La première est la graduelle diminution des francophones des régions du Nord et du centre Sud-ouest, avec une légère augmentation des les zones plus urbanisées (centre et Est.)  Cette situation peut s’expliquer par la chute des prix des matières premières, la compétition internationale pour des ressources similaires, la faible diversification économique et l’exode des jeunes. La hausse de la population dans les zones urbaines s’explique par l’arrivée des personnes en provenance des régions rurales mais aussi par l’arrivée d’immigrants francophones.  Cette urbanisation a comme principale conséquence l’isolement des individus et des familles francophones dans l’environnement anglo-dominant, diminution de la fréquence de parler la langue dans le milieu et une dépendance accrue sur le milieu scolaire francophone pour reproduire la langue.

Ce profile statistique nous a amené à présenter un profile type des franco-ontariens lorsqu’il s’agit de les rejoindre.  Ce profil très général a généré une vive discussion quand il fût temps de développer un plan de communication et de promotion.  Il fût admis par tous que les principes d’un plan de communication sont semblables peu importe la communauté ou le publique ciblé. Nous avons donc identifié les différents médias disponibles, les moyens plus pratiques tel que le partenariat pour les activités de promotion, présentation dans le milieu scolaire, les activités communautaires, etc. 

Toutefois, la question qui restait à aborder, demeurait celle de la prestation de service en français. Une discussion très animée à permis d’identifier une série d’étapes préparatoires avant de se déclarer comme organisme bilingue.  À savoir, la direction développe une phase de consultation avec les membres du conseil d’administration, le personnel de l’organisme, les partenaires communautaires ainsi que d’inclure des personnes/ organismes communautaires francophones sur ce comité.  Puis la direction doit développer un plan d’action qui, soit transforme partiellement, ou totalement,  l’organisme comme offrant des services bilingues.  Ce plan d’action doit déterminer les étapes d’implantation ainsi que des indicateurs de succès ou de rendements, évaluer les ressources nécessaires pour la transformation l’échéancier, etc.  Le plan d’implantation doit inclure également des temps d’arrêt pour évaluer les progrès réaliser et surtout s’assurer que tous les partenaires engager dans ce processus sont satisfaits et sinon d’apporter les correctifs appropriés.  Finalement, le comité de direction développe une stratégie de communication pour faire connaître à la population francophone l’offre de services en français.

Sommes toutes, la demie journée fût très fructueuse pour tous.  J’en retiens ces deux commentaires, celui d’une participante : « maintenant, je comprends un peu plus pourquoi je n’aie pas pu rejoindre les francophones avec ma dernière campagne de promotion.  La prochaine fois, je serai plus en mesure de les rejoindre. » Ou encore ce commentaire de ce participant : « je saisis un peu plus pourquoi les francophones ont tendance à être suspicieux des initiatives gouvernementales. »  Bref, pendant un cours instant, pendant quelques heures, les deux solitudes se sont comprises…

Si vous désirez présenter cette formation à vos partenaires bilingues ou anglophones,  n’hésitez pas à communiquer au Centre ontarien d’information en prévention,  nous nous ferons un plaisir de vous aider à sensibiliser davantage les intervenants et dirigeants des organismes de votre communauté.  Pour consultations et information à ce sujet,  communiquez avec  Hélène Roussel,  au 416-408-2249 poste 244 ou  par courriel à h.roussel@opc.on.ca <mailto:h.roussel@opc.on.ca>

Autre outil d’intérêt sur ce sujet : <http://www.patrimoinecanadien.gc.ca/guide/demarche_outils_proposes_f.html>

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