La grossesse après 35 ans : réflexion sur les tendances

Par Louise Choquette, Consultante bilingue en promotion de la santé,

Centre de ressources Meilleur départ  

 

Le Centre de ressources Meilleur départ a récemment produit un manuel intitulé « Reflecting on the trend : Pregnancy After Age 35 ». Ce document n’a pas été traduit en français et cet article vise à résumer le contenu afin de rejoindre les intervenants francophones à ce sujet. Le manuel peut être commandé ou téléchargé à http://www.beststart.org/resources/rep_health/index.html#35  Ce manuel met l’emphase sur les femmes ayant leur premier bébé à 35 ans et plus. 

 

Le choix du moment de la première grossesse

Les femmes choisissent davantage d’avoir leur premier enfant plus tard qu’auparavant et les moyens de contraception permettent ce délai. L’âge moyen de la première grossesse est passé de 23 ans en 1976 à 28 ans en 2003. Il y a plusieurs causes à ceci : le choix d’établir une carrière avant d’avoir des enfants, l’âge du mariage plus élevé, la mobilité géographique nécessitant plus de temps pour établir une stabilité, la situation économique des jeunes ainsi que les innovations dans le domaine des techniques de reproduction artificielles.  En Ontario, les femmes vivant dans les grands centres urbains ont davantage tendance à retarder leur première grossesse, comparativement aux femmes vivant dans des régions rurales ou éloignées. 

 

Avantages de retarder la première grossesse

En retardant la première grossesse, plusieurs femmes peuvent accéder à un niveau supérieur d’éducation et établir une situation économique plus stable. Ceci favorise la santé des enfants, car l’éducation et le revenu sont des déterminants de la santé.  Il existe aussi plusieurs avantages de retarder la grossesse au niveau des comportements personnels positifs associés à la santé. Les femmes plus âgées sont généralement mieux renseignées et ont un plus grand nombre de grossesses planifiées. Par exemple, les femmes plus âgées sont mieux renseignées sur leurs besoins en acide folique et il y a davantage de probabilités qu’elles prennent les suppléments nécessaires pour réduire le risque d’anormalités du tube neural. Les femmes plus âgées ont aussi un taux d’allaitement plus élevé que les femmes plus jeunes. Soixante pourcent (60%) des femmes de 25 à 29 ans allaitent au moins trois mois, comparativement à 75% pour les femmes de 35 ans et plus. 

 

Survol des préoccupations relatives à la santé

Les femmes de plus de 35 ans ont souvent des inquiétudes relatives à leur santé et à celle de leur futur bébé. Il est important pour les fournisseurs de soins de santé de discuter avec toutes les femmes dans la trentaine de leurs intentions face à la maternité, afin que celles-ci soient bien informées des choix qu’elles font, et ce, sans porter de jugement. Une bonne santé avant la conception peut aider à mettre toutes les chances du côté de la femme. La décroissance de la fertilité d’une femme avec l’âge est indéniable. Alors que 91% des femmes sont physiologiquement capables de devenir enceintes à l’âge de 30 ans, cette capacité est réduite à 77% à l’âge de 35 ans et à seulement 53% à l’âge de 40 ans. Certaines femmes croient que les techniques de reproduction assistées permettent de compenser pour la décroissance de fertilité mais elles ne se rendent pas toujours compte que l’efficacité des techniques est aussi beaucoup moindre pour les femmes plus âgées. Par exemple, la probabilité d’avoir un bébé après un cycle de fertilisation in-vitro est de 32% pour une femme de 35 ans et moins, mais tombe à 10% pour une femme de plus de 40 ans. Les parents doivent parfois choisir d’utiliser les ovules où le sperme d’un donneur et leur idée de la famille «idéale» doit s’ajuster en conséquence. Bien que certains comportements sains soient davantage présents chez les femmes plus âgées, la consommation d’alcool est plus élevée chez elles, augmentant ainsi le risque d’avoir un enfant souffrant d’un trouble d’alcoolisme fœtal. Il est important pour les fournisseurs de soins de santé de ne pas présumer qu’une femme ne prend pas d’alcool et de poser des questions de dépistage à toutes les femmes enceintes, suivi de la recommandation de s’abstenir de boire durant la grossesse. Les femmes plus âgées ont des probabilités accrues d’avoir déjà développé des conditions médicales chroniques telles que le diabète, l’hypertension et l’arthrite. De telles conditions peuvent avoir un impact sur la fertilité et la grossesse. Les médicaments et traitements nécessaires peuvent eux aussi avoir un impact.  L’emploi d’une femme peut aussi lui causer certaines difficultés, particulièrement si celui-ci est stressant, exige d’elle de longues heures (plus de 8 heures par jour) ou nécessite d’être debout plus de 4 heures à la fois. Par exemple, les femmes qui enseignent ou qui travaillent dans le domaine des soins de santé sont souvent debout plusieurs heures par jour.  

 

Survol des préoccupations relatives aux risques prénataux

Une grossesse à un âge plus avancée comporte des risques prénataux spécifiques et ceux-ci sont largement médiatisés. Certaines de ces préoccupations sont justifiées mais il est tout de même important de noter que la plupart des femmes de 35 ans et plus accoucheront d’un bébé en santé.  Les risques suivants sont plus élevés pour les femmes plus âgées, et ceci se combine souvent aux pressions causées par le temps qui passe : perte fœtale due à une fausse couche ou à une grossesse ectopique, anormalités chromosomiques, grossesse multiple, complications médicales et complications lors de l’accouchement.  Plusieurs tests de dépistage et de diagnostic existent pour aider à connaître les risques de problèmes. Le manuel explique d’ailleurs clairement la différence entre les tests de dépistage, qui aident à établir le niveau de risque d’avoir une certaine condition et les tests de diagnostic, qui indiquent si la condition existe où non. Le manuel décrit les tests spécifiques pouvant être effectués et le temps idéal de la grossesse pour effectuer ceux-ci.  Idéalement, les tests de dépistages sont faits durant le début de la grossesse, soit avant la 11e semaine. Ceci nécessite que la femme enceinte voie son fournisseur de soins de santé très tôt durant la grossesse afin que les tests puissent être arrangés. Ceci devient d’autant plus difficile pour les femmes qui n’ont pas de médecin de famille ou qui doivent attendre pour un rendez-vous. Un suivi régulier avec la femme enceinte est nécessaire pour obtenir les résultats dans un délai permettant de prendre les décisions qui s’imposent. Dans certains cas, les femmes font face à des choix déchirants, particulièrement lorsque des décisions doivent être prises pour terminer une grossesse ou pour réduire le nombre de fétus dans le cas de grossesses multiples. Le soutien du fournisseur de soins de santé est essentiel afin d’aider les futurs parents à faire des choix éclairés.  

 

La préparation au rôle parental

Bien que les femmes plus âgées aient souvent une expérience de vie et une stabilité économique qui peuvent les aider à s’occuper d’un bébé, il y a tout de même un grand nombre de facteurs qui leur posent un défi. Les nouveaux parents plus âgés sont d’ailleurs très conscients des défis à venir et, selon un sondage d’Investir dans l’enfance, ils sont généralement moins confiants dans leurs habilités parentales que les parents plus jeunes. Les nouvelles mères qui sont plus âgées ont généralement une plus grande adaptation à faire et leur réseau social et leur statut dans le monde du travail ne les aidera pas nécessairement à faire la transition. L’ajustement à la perte de liberté peut être très difficile pour certaines.  Dans beaucoup de cas, elles ne peuvent compter sur les membres de leur famille pour aider : seulement 28% des parents de plus de 35 ans pouvaient compter sur leurs parents pour garder leur bébé, comparativement à 87% des parents plus jeunes.  Encore une fois, il est important de ne pas présumer que les femmes plus âgées auront plus de facilité à prendre soin de leur bébé. Il est bon que les fournisseurs de services aident les femmes à bien se préparer en leur demandant quels soutiens elles auront après la naissance du bébé et en les encourageant à suivre des cours prénataux et post-nataux. La sensibilisation aux troubles de l’humeur post-partum est aussi un élément important de la préparation et du suivi. Tous les parents peuvent grandement bénéficier du réseautage disponible à travers les programmes pour les nouveaux parents. 

Références

Le manuel cite un grand nombre de références et offre un glossaire de la terminologie. Voici quelques références en français du Centre de ressources Meilleur départ sur des sujets connexes : Insuffisance de poids à la naissance et naissances multiples prématurées  Profil préparé pour les professionnels de la santé sur les sujets associés aux naissances multiples et prématurées. Inclut des définitions, des statistiques et des renseignements sur la prévention ainsi que des références pour des renseignements supplémentaires.Disponible à http://www.meilleurdepart.org/resources/faible/index.html  Partir du bon pied: guide de grossesse et d'accouchement - 3e éditionDéveloppé par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, avec l'assistance du Centre de ressources Meilleur départ, de la Société canadienne de pédiatrie et d'une variété d'experts en la matière.Disponible à http://www.meilleurdepart.org/resources/repro/index.html  Santé avant la grossesse - Cahier d'exercicesLe cahier d'exercices Votre santé avant la grossesse discute des aspects qui affectent les hommes et les femmes quant à la santé de leurs enfants futurs et fournit des réponses aux questions courantes posées par les futurs parents. Vous trouverez des réponses aux questions les plus courantes, des listes de vérification, des activités à faire, ainsi qu’une énumération d’endroits où aller et de gens avec qui parler pour vous informer.Disponible à http://www.meilleurdepart.org/resources/repro/index.html