L'obésité et la minceur seraient socialement contagieuses, selon des chercheurs américains
Source: Louise-Maude Rioux Soucy
Le Devoir édition du jeudi 26 juillet 2007
Quelques kilos en trop peuvent-ils être le prix à payer pour une belle amitié? Des chercheurs américains de Harvard et de l'Université de la Californie croient que si, selon ce qu'on pourra lire aujourd'hui dans le très sérieux New England Journal of Medicine. En épluchant patiemment les réseaux sociaux de plus de 12 000 personnes sur une période de 32 ans, ceux-ci ont en effet découvert que lorsqu'une personne devient obèse, ses proches voient leurs probabilités de prendre du poids grimper sensiblement. La bonne nouvelle, c'est que l'effet inverse serait tout aussi vrai.
Ainsi, l'obésité -- comme la minceur, d'ailleurs -- serait en quelque sorte «socialement contagieuse»? Au bout du fil, le coauteur de cette étude, le Dr Nicholas Christakis, confirme sans hésiter. «Absolument! En fait, nous avons découvert que l'obésité se répand dans un réseau social donné en passant d'une personne à une autre», explique le professeur à l'école de médecine de Harvard.
Ce phénomène serait très puissant puisqu'il pourrait couvrir jusqu'à trois degrés de séparation. Ainsi, si une personne devient obèse, ses amis auront plus de chances de le devenir à leur tour, tout comme les amis de ses amis d'ailleurs.
Étonnamment, cet effet serait plus important lorsqu'il se produit entre deux amis qu'au sein d'une même famille. Ainsi, si une personne que vous considérez comme un ami devient obèse, vos chances de le devenir à votre tour sont de 57 %. Si ce même ami vous considère lui aussi comme un intime, les probabilités grimpent pour atteindre les 171 %! À ce compte, l'influence de la fratrie est moindre, tout comme celle de la douce moitié d'ailleurs, puisque celles-ci font pencher la balance dans une proportion de 40 % pour la première, et de 37 % pour la seconde.
Peut-on voir là une forme de ségrégation, consciente ou non, qui ferait en sorte que les gens choisissent de nouer des relations avec des personnes qui leur ressemblent physiquement? C'est beaucoup plus subtil que cela, répond le Dr Christakis, en précisant que le phénomène se produit une fois l'amitié installée. «Lorsqu'une personne devient obèse, cela change les perceptions des membres de son réseau social. Consciemment ou non, ces gens en viennent à se dire qu'il est correct d'être plus gros puisque ceux qui les entourent le sont, et cette sensibilité se répand d'une personne à l'autre.»
Étrangement, la proximité ou l'éloignement géographique ne change absolument rien à ce phénomène de vases communicants, précise le partenaire du Dr Christakis dans cette aventure, le professeur James Fowler, de l'Université de la Californie, à San Diego. «Lorsque nous avons évalué l'effet de la distance, nous avons pu constater qu'un ami qui vit à 500 milles de chez vous a autant d'influence que celui qui vit juste à côté.» À l'inverse, les voisins avec lesquels on n'entretient que des relations cordiales, celles propres au bon voisinage, sans plus, n'ont aucune influence.
Cette anomalie géographique a suscité beaucoup de curiosité chez les chercheurs. «Ce qu'on comprend, c'est que les facteurs environnementaux ne sont pas essentiels pour que l'obésité apparaisse, alors qu'on a toujours cru que l'environnement jouait un rôle décisif. En clair, nous pensons que ce qui est véhiculé dans le réseau social, ce sont d'abord des normes et non des comportements donnés», précise le Dr Christakis. ....suite de l'article au lien suivant:
http://www.ledevoir.com/2007/07/26/151530.html
Lien du sommaire de recherche au New England Journal of Medecines
http://content.nejm.org/cgi/content/full/357/4/370
