Conférence de Franco-Queer lors de la journée mondiale contre l'homophobie:un succès de la promotion de la diversité

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Je veux être authentique mais j’ai peur des représailles! 

Conférence présentée par FrancoQueer dans le cadre de la journée internationale contre l’homophobie

Par Marcel Grimard M.Ed, D.Ed (abt)
Co-président FrancoQueer

Toronto, 23 mai 2007.  Le 17 mai dernier, FrancoQueer organisait une conférence dans le cadre de la journée internationale contre l’homophobie. Cette dernière intitulée, je veux être authentique mais j’ai peur des représailles! On ne choisit pas son orientation sexuelle a été prononcé par le professeur à la retraite de l’université du Québec à Montréal (UQAM), M. Richard DesRosiers, au centre communautaire The 519.

M. DesRosiers au cours de sa carrière s’est penché sur l’histoire des gais et lesbiennes au Québec pour écrire cet histoire tabou, cet histoire caché à tous et en particulier aux gais et lesbiennes du Québec et du monde. 

La conférence a su attirée un auditoire de 45 personnes issues de la diversité FrancoQueer (de la femme lesbienne âgée de 75 ans au nouvel immigrant d’origine africaine en passant par des enfants de 8 ans avec leur mère).

Celle-ci a fait un tour historiques sur les pratiques sociales entourant les relations de même sexe depuis l’antiquité jusqu’au temps moderne période où la société occidentale s’accommodait à travers différentes formules juridiques et spirituelles de cette réalité humaine. 

Arrive le dix-huitième siècle (le siècle des lumières),  la pensée cartésienne fait son apparition avec le mouvement médico-juridique qui s’efforce de catégoriser les comportements humains, de la nature et de la physique. Cette période correspond également à la période des révolutions politiques où la bourgeoisie triomphante désire s’établir au pouvoir et se démarquer de l’ancien régime aristocratique avec ses abus financiers, sexuels et de classe.

La conjonction des forces entre la bourgeoisie et le système médico- juridique va contribuer à l’émergence de ce que Michel Foucault à nommer le bio-pouvoir.  Ce dernier consiste à établir un contrôle social et sexuel sur quatre groupes d’individus pour préserver de la pollution sociale la classe au pouvoir ou d’empêcher certains groupes de répandre cette pollution sociale. Ces quatre groupes sont : les femmes, les enfants, les malades mentaux et les pervers.

Sans entrée dans le détail,  le bio-pouvoir sur les enfants et les femmes vise à maintenir le « stock » génétique de la classe bourgeoise le moins pollué possible par l’environnement social. Ainsi naît, les mythes de la mère au foyer, aimante, heureuse de se consacrer à sa famille ou de l’enfant asexué, naïf et pur. De même,  apparaissent les interdits légaux et médicaux concernant la sexualité des femmes : interdiction de l’avortement, criminalisation de la prostitution, le statut de mineur juridique des femmes (pas de droit de vote, pas de droit à la propriété, pas le droit à hériter, etc.) Pour les enfants, toute une littérature sur la pédagogie apparaît pour éduquer un enfant digne de sa classe sociale, de même les essais scientifiques prolifèrent sur l’interdiction de la masturbation, les relations sexuelles prénuptiales, etc.

Pour les personnes souffrant d’une maladie mentale, l’ « invention » de la psychiatrie est à elle seule une discipline où durant plus d’un siècle ces personnes ont subis une oppression sociale et légale qui perdurent encore aujourd’hui.

Le dix-neuvième siècle va codifier les comportements sexuels en deux catégories : normaux et anormaux. La première catégorie se verra supporter à travers un ensemble de privilèges sociaux, fiscaux et légaux. La seconde se verra pourchasser, opprimer, enfermer, criminaliser et médicaliser.

Ainsi les différents traités médicaux et légaux vont tenter d’éliminer du corps social les personnes qui expriment un désir sexuel vers les personnes du même sexe ce qui va cumulé vers le dernier quart du siècle avec l’apparition du terme homosexuel. La catégorie homosexuelle est la réalisation du corps médical pour établir une cartographie diagnostique des déviations sexuelles (par exemple : hystérie, travestisme, masochisme, sadisme, fétiches, etc)

La naissance de la sexologie à la même période va voir éclore plusieurs théories qui tenteront d’expliquer l’origine de ces troubles sexuels. 

Sur le plan juridique, la création de l’homosexuel et des autres déviants permettra d’établir un code criminel visant à contrôler ces « anormaux » de se répandre dans le corps social soit en limitant la possibilité de rencontres (contrôle des lieux de boissons, des lieux publiques, des maisons closes, etc) ou en « éduquant » la population du danger qu’ils représentent pour la société (le recrutement, les comportements de débauches, les actes indécents, etc.)

Après la première guerre mondiale, quelques sexologues vont questionner la criminalisation et la médicalisation des  comportements sexuels en particuliers en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis. Elis, Marcus, Hirshield, Kinsey (pour ne nommer que les plus célèbres) vont démontrer que les comportements sexuels dits déviants sont plus fréquents qu’ils ne laissent croire, en particulier en raison de l’oppression systémique que ces personnes vivent et l’obligation de cacher ces comportements au risque d’être poursuivi par la justice ou enfermer dans un institut psychiatrique.  

La publication après la deuxième guerre mondiale du rapport Kinsey sur les activités sexuelles des Américains provoque une remise en question de la normalité sexuelle. Le rapport amorcera le processus d’émancipation sexuelle qui culminera avec la révolution sexuelle des années ’70. Le rapport soutien également la mise sur pied d’associations, de groupes et d’intellectuels demandant la fin du régime sexuel opprimant les homosexuels comme les filles de Bilitis, la société Mattachine aux Etats-Unis mais également en Europe et au Canada.

L’émeute de Stonewall en 1967 à New York représente la prise de conscience collective de l’oppression que vivent les homosexuels et la fin de leur passivité face aux autorités juridiques et médicales. Le retrait de la catégorie homosexuel du manuel des diagnostiques et statistiques des  maladies mentales au courrant des années 70 permettra une lente normalisation des gais et lesbiennes. La décriminalisation des rapports sexuels entre personnes consentes de même sexe au Canada et dans la plupart des pays occidentaux (à quelques rares exceptions) dans les années 60 et 70 permettra l’éclosion de communauté gaie et lesbienne dans la plupart des grandes agglomérations urbaines. L’enchâssement des droits des gaies et lesbiennes dans les différentes chartes des droits de la personne permet une contestation du régime juridique opprimant les gais et les lesbiennes. 

Toutefois, l’acquisition de statut juridique n’élimine pas la reproduction des préjugés, de la bigoterie ou de la discrimination. Nous l’avons entendu lors du débat sur le mariage. Non plus que l’obtention de droits ne prévient la violence et la discrimination faîtes aux gais, les lesbiennes, bisexuel/les, transgenres et intersexe (GLBTI) de toutes âges.

En terminant comme le mentionnait le Dr Desosier, l’histoire nous démontre que l’oppression des gais et lesbiennes est de nature cyclique et si nous vivons une période de l’humanité relativement tolérante envers les GLBTI, il faut se rappeler l’inquisition, les asiles, les camps de concentration nazi, les meurtres et la rhétorique haineuse des groupes d’extrême droite pour maintenir notre vigilance dans le but de préserver nos droits et de lutter contre l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie, la biphobie.

Pour de plus amples information visitez le site web suivant: http://www.francoqueer.ca