SOUS UNE OPTIQUE D’INCLUSION
Par Malcolm Shookner de l’Unité de recherche sur la santé de la population de l’Université Dalhousie
Traduction et adaptation de l’article The Inclusion Lens
Qu’est-ce que l’inclusion socioéconomique?
Le concept d’inclusion sociale est apparu relativement récemment dans les milieux des sciences sociales et des politiques sociales comme une nouvelle manière de définir les facteurs et systèmes complexes qui sous-tendent les désavantages et la marginalisation. Ce concept est fondé, notamment, sur les connaissances actuelles en matière de pauvreté et d’exclusion sociale, et, il est complémentaire aux théories relatives au capital social et aux déterminants de la santé. Le principe d’inclusion sociale est basé sur une stratégie de changement et sur des perspectives concrètes quant à l’amélioration des conditions de vie des citoyens. (Source : L’inclusion sociale et le développement économique communautaire, août 2004)
L’inclusion est donc une expression familière pour la plupart des gens dans le contexte de leur vie de tous les jours. Nous nous sentons inclus ou exclus des activités de notre famille, de notre quartier ou de notre collectivité. En Europe, l’inclusion et l’exclusion sont reconnues comme étant des questions sociales depuis les années 70, et elles sont devenues un élément central des politiques gouvernementales. Au Canada atlantique, les intervenants préoccupés par la pauvreté et ses nombreux effets négatifs sur la population s’intéressent de plus en plus au phénomène de l’exclusion et de l’inclusion socioéconomique. La personne exclue – à cause de sa situation économique, de son sexe, de sa race, de problèmes de santé ou d’un manque d’instruction – n’est pas en mesure de récolter les mêmes bienfaits socioéconomiques que les autres membres de la société.
Qu’est-ce qu’une optique d’inclusion?
L’optique d’analyse est un outil de réflexion permettant de voir plus clair. Elle peut également offrir une façon novatrice d’aborder les causes fondamentales de problèmes traditionnels, tels la pauvreté, la discrimination, les désavantages et l’invalidité. L’optique d’inclusion permet d’examiner les lois, les politiques, les programmes et les pratiques afin de vérifier s’ils encouragent l’inclusion socioéconomique des individus, des familles et des collectivités. Elle favorise la recherche de nouvelles façons de penser et offre des solutions nouvelles à des problèmes qui se perpétuent depuis plusieurs décennies. En dernière analyse, elle présente une nouvelle façon de favoriser les changements qui transformeront la société.
L’optique d’inclusion est donc conçue pour aider les décideurs, les gestionnaires de programmes et les dirigeants communautaires qui travaillent dans le contexte de l’exclusion socioéconomique, tant du secteur public que sans but lucratif. Il s’agit également d’un outil pratique pour les activistes des mouvements sociaux, tels que les regroupements de femmes et de personnes handicapées, et pour les intervenants qui cherchent à promouvoir la santé et le développement durable au sein des collectivités. Elle permet d’analyser les facteurs d’exclusion et les solutions qui facilitent l’inclusion, et elle fournit un moyen d’élaborer un plan d’inclusion. Enfin, elle propose un moyen d’engager un dialogue avec les groupes exclus, de sensibiliser la population aux différents facteurs d’exclusion et de déterminer les étapes à franchir en vue d’adopter des politiques, des programmes et des pratiques inclusives. L’optique d’inclusion peut se faire à différents paliers peuvent intervenir de différentes façons :
Les paliers gouvernementaux : peuvent appliquer l’optique d’inclusion pour analyser leurs lois, politiques et programmes afin de déterminer s’ils favorisent l’exclusion ou l’inclusion des personnes marginalisées, désavantagées, pauvres ou victimes de discrimination.
Les organisations non gouvernementales : peuvent vérifier si les politiques, programmes et pratiques qu’elles emploient favorisent l’exclusion ou l’inclusion des personnes dans les situations de vulnérabilité.
Les groupes communautaires : peuvent appliquer l’optique d’inclusion dans leurs activités de planification, de développement et d’action sociale afin de déterminer les sources d’exclusion dans les collectivités et les politiques gouvernementales et de trouver des solutions qui favorisent l’inclusion.
Les valeurs : la pierre d’assise de l’inclusion
L’optique d’inclusion doit être fondée sur des valeurs fondamentales qui guideront son utilisation. Ces valeurs découlent des travaux déjà menés au Canada atlantique sur l’exclusion et l’inclusion socioéconomiques, soit :
Justice sociale
Distribution des ressources sociales et économiques de la société au profit de l’ensemble de la population.
Mise en valeur de la diversité
Reconnaissance et respect de la diversité des cultures, races, origines ethniques, langues, religions, capacités, âges et orientations sexuelles; valorisation de la contribution des femmes et des hommes à la vitalité sociale, économique et culturelle de la société.
Possibilité de choisir
Respect du droit de chacun de prendre les décisions qui touchent sa propre vie.
Droit aux services et à la reconnaissance de ses droits
Reconnaissance de la jouissance universelle des droits et des services, telle que stipulée dans nos pactes, chartes et lois sur les droits de la personne.
Collaboration
Développement d’intérêts communs et établissement de réseaux de relations qui forment le point de départ des actions visant à atteindre des objectifs communs.
Les dimensions de l’exclusion et de l’inclusion
L’exclusion et l’inclusion socioéconomiques englobent différentes dimensions : culturelle, économique, fonctionnelle, participative, physique, politique, structurelle et relationnelle. Il faut tenir compte de nombreux éléments d’exclusion et d’inclusion pour chacune de ces dimensions en analysant une politique, un programme ou une pratique. Ces éléments peuvent être : pauvreté, désavantage, inégalité, discrimination, barrières à l’accès, handicap, isolement ou marginalisation. Les éléments d’inclusion peuvent être : revenu adéquat, écarts réduits, droits de la personne, accès, possibilité de participer, contribution appréciée, sentiment d’appartenance, autonomisation.
Questions à se poser d’un point de vue d’inclusion
1. Comment la politique ou le programme contribue-t-il à l’augmentation ou à la réduction de la discrimination fondée sur le sexe, la race, l’âge, la culture ou l’origine ethnique?
2. Comment la politique ou le programme contribue-t-il à l’augmentation ou à la réduction du revenu personnel et des ressources qui permettent à chacun de participer aux activités socioéconomiques et qui favorisent l’équité en matière de revenu?
3. Comment la politique ou le programme contribue-t-il à l’augmentation ou à la réduction de l’isolement et de l’accès aux ressources?
4. Comment la politique ou le programme accroît-il ou réduit-il les possibilités de participation à la prise de décisions?
5. Comment la politique ou le programme ajoute-t-il ou supprime-t-il des barrières aux espaces communs, aux milieux sécuritaires et aux interactions sociales?
6. Comment la politique ou le programme protège-t-il ou compromet-il les droits des personnes?
7. Comment la politique ou le programme accroît-il ou réduit-il les possibilités de développement personnel et de soutien social?
8. Comment la politique ou le programme accroît-il ou réduit-il les possibilités d’accès aux ressources et aux programmes pour les groupes exclus?
Chacun peut dégager les éléments qui contribuent à l’inclusion pour ensuite développer un plan d’action qui favorise l’inclusion la participation des personnes exclues. Certains éléments qui contribuent à l’exclusion au sein d’une population ou dans le cadre d’un programme ou d’une politique doivent être pris en considération. Parmi ces points importants à considérer pour élaborer un plan d’action nous retrouvons :
- la population à inclure
- les politiques, programmes ou pratiques à changer
- les principales stratégies à adopter
- les rôles des partenaires ou collaborateurs à identifier
- l’identification des ressources nécessaire
- le développement d’un processus de participation
- les échéanciers
- l’identification d’indicateurs de succès
- les résultats attendus
N’importe qui peut décider d’agir afin de promouvoir une société davantage inclusive, tant sur le plan social qu’économique. Les intervenants qui œuvrent au sein des administrations publiques, des organisations non gouvernementales, des groupes communautaires et des organismes sociaux peuvent faire leur part dans la promotion de l’inclusion socioéconomique.
Pour plus de renseignements sur l’inclusion :
Boîte à outils sur l'inclusion sociale et économique
http://www.opc.on.ca/francais/nosprogrammes/centre/projets/soc_et_econ/full/index.htm
Le développement d’une boîte à outils sur l'inclusion sociale et économique pour les communautés ontariennes est un projet du COIP, en partenariat avec la Fondation Laidlaw. Cette boîte à outils vous propose une définition de l'inclusion, des indicateurs; et vous décrit certains projets de démonstration qui existent à travers l'Ontario, couvrant les réalités aussi bien urbaines et rurales, que francophones et des premières nations.
Dialogue sur l’inclusion
Au cours de l’année 2005, le Centre ontarien d’information en prévention (COIP) organisera plusieurs dialogues sur l’inclusion à travers la province. Les intervenants, bénévoles, représentants gouvernementaux seront invités à venir partager ensemble leurs points du vue et expertise dans ce domaine. De plus des actions concrètes seront identifiées dans chacune de rencontres afin de développer une approche axée sur l’inclusion dans les régions respectives. Des renseignements sur l’inclusion seront également disponibles sur le site web du COIP. Si vous ou votre organisme désire s’impliquer dans la planification et l’organisation de ces rencontres, veuillez communiquer avec Christiane Fontaine au 1 800 263-2846 ou (416) 408-2249, poste 229 ou Hélène Roussel au poste 244.
Une optique d’inclusion - Cahier d’exercices pour un regard sur l’exclusion et l’inclusion socio-économiques
http://www.phac-aspc.gc.ca/canada/les-regions/atlantique/pdf/inclusion_lens-F.pdf
Ce cahier d’exercice a été développé par Malcolm Shookner, auteur de l’article de cette semaine, avec la collaboration du Social Inclusion Reference Group. Ce cahier permet d'examiner les lois, les politiques, les programmes et les pratiques afin de vérifier s'ils encouragent l'inclusion socio-économique des particuliers, des familles et des collectivités. Il est conçu pour aider les décideurs, les gestionnaires de programmes et les dirigeants communautaires qui travaillent dans le contexte de l'exclusion socio-économique. Il constitue également d'un outil pratique pour les activistes des mouvements sociaux et pour les intervenants qui cherchent à promouvoir la santé et le développement durable au sein des collectivités.
