LES VACANCES … ET SI ON LES PRENAIT !
Cet article a été rédigé par Sylvie Boulet, consultante en promotion de la santé avec l’équipe de Prévention AVC du COIP. Veuillez adressez vos questions/commentaires à l’adresse suivante : sylvie@preventstroke.ca
Avez-vous pris la totalité de vos vacances annuelles cette année? Est-ce que vos vacances se réduisent à des jours de congé pris ici ou là ? Si vous répondez positivement à l’une de ces questions, vous faites peut-être partie de 25% de Canadiens qui priorisent le travail sur leur temps de vacances !
Le présent article traite du sujet des vacances. Il est basé sur les résultats d’une récente étude reprise par la majorité des journaux démontrant que les Canadiens ne prennent pas leurs vacances en totalité. Il traite donc des six points suivants :
1. Les Canadiens se privent de leurs vacances
2. Les raisons pour ne pas prendre de vacances
3. L’ABC des vacances
4. Les conséquences de se priver de vacances
5. Au niveau de la société
6. Pour vous aider à prendre vos vacances, considérez
1. Les Canadiens se privent de leurs vacances
En avril dernier, les résultats d’un sondage sur les habitudes de vacances commandité par Expedia et réalisé par Ipsos-Reid a fait couler beaucoup d’encre (http://www.canoe.ca/CareerConnectionNews/050608_workaholics.html). On a interrogé 1,274 travailleurs canadiens sélectionnés au hasard sur leurs habitudes de vacances. Voici ce qu’on a trouvé :
- Le nombre de jours de vacances annuelles accordé aux employés varie d’un pays à l’autre : vient en premier de ligne la France avec ses 39 jours de vacances, suivi de l’Allemagne avec 27, les Pays-Bas avec 25, la Grande Bretagne avec 23, le Canada avec 21 et les États-Unis avec 12
- En France, 25% des travailleurs ont annulé ou retardé leurs vacances à cause d’obligations reliées au travail. Au Canada, 23% ont fait de même, suivi de l’Allemagne par 22% et des Etats-Unis avec 19%
- Même si les Canadiens ont en moyenne 21 jours de congé annuellement, ils en redonnent 3 à leurs employeurs (http:// www.theglobeandmail.com/serlet/story/LAC.20050518.Globetrotter18-2/BNPrint// et http://www.thestar.com). Les Français quant à eux, redonnent qu’une seule journée de vacances à l’employeur et les Britanniques une demi-journée.
Les journaux ont traité du sujet et publié plusieurs articles dont les suivants : « Vacances ? 25 pour cent d’entre nous priorisons le travail » (Macleod, Toronto Star, 24 mai 2005); « Les Canadiens tombent dans le piège du bourreau de travail » (White, Toronto Sun, section CareerConnextion); « Prendre un repos! Comment relaxer durant les vacances » (Wintrob, 2005, Financial Post); « De plus grandes vacances pourraient enlever de la pression sur le système de santé » (Banner, Toronto Star, 5 août 2005); « Le coût de dix jours de vacance se totaliserait à $2,467 » (Daily Mercury, Guelph, 23 juillet 2005); « Le ressourcement des employés bénéficient les employeurs » (Mangion, Toronto Star, 10 août 2004,); « Seulement le travail, peu de jeu au Canada » (Toronto Star, 19 août 2004) [articles disponibles sur http://pqasb.pqarchiver.com/thestar/search.html, traduction libre des titres].
Dans ce dernier article du Toronto Star, on y apprend entre autre que :
- l’Ontario est l’une des 3 provinces canadiennes qui se prive de vacances. L’article y décrit les Ontariens comme étant “de bons travailleurs de nature, qui passent plus heures au travail au détriment du temps passé en famille ou avec les amis”;
- 40% des résidents de l’Ontario et 38% des résidents du Manitoba/Saskatchewan ne prenaient pas leur temps de vacance en totalité; et
- c’est au Québec que l’on retrouve le plus haut pourcentage de travailleurs qui prennent leurs vacances (72%).
Une étude du bureau de santé public de York (Canada) démontre que
- le temps de vacances moyen est seulement de 3 à 4 jours et
- qu’un employé sur sept n’en prend pas. (Banner, Toronto Star, 5 août 2005, http://pqasb.pqarchiver.com/thestar/search.html)
2. Les raisons pour ne pas prendre de vacances
Les raisons citées dans l’étude Ipsos-Reid par les travailleurs expliquant pourquoi ils préféraient travailler au lieu d’aller en vacances :
- Je ne peux pas me payer de vacances (18%)
- Je reçois un surplus financier pour mon solde de vacances (10%)
- L’horaire d’école de mes enfants (9%)
- Je veux assister à un importante rencontre / décision de mon entreprise (8%)
- J’ai peur que prendre la totalité des vacances menace ma sécurité d’emploi (5%)
Ce qui n’est pas mentionné là-haut est le fait que certains travailleurs n’ont pas de vacances payées tels que les travailleurs à la pige, contractuels et à temps partiel. Certains travailleurs veulent aussi éviter de vivre l’anxiété du retour qui consiste pour eux à rattraper le travail perdu et se retrouver embourbé dans les courriels, les dossiers, et les tâches routinières.
3. L’ABC des vacances
Les vacances sont définies par le Nouveau Petit Robert comme étant un « repos, cessation des occupations, du travail ordinaires » ou bien une « période annuelle d’arrêt du travail coïncidant en partie avec les vacances scolaires, pendant laquelle un grand nombre de personnes se déplacent » (Robert, 1993). L’Association Canadienne de la santé mentale soutient qu’une période de vacances loin du travail, et avec peu de stress est essentielle pour maintenir la santé mentale et physique de l’organisme aussi bien que les relations saines avec les amis et la famille http://www.acsm.ca/bins/index.asp?lang=2
La durée idéale des vacances selon Beverly Beuermann-King, experte sur le sujet de la gestion du stress et du bien-être personnel, et consultante à l’Association Canadienne de la santé mentale, semble être de deux semaines puisqu’on utiliserait la première pour décompresser. D’après elle, pour bien bénéficier des vacances, il faut les prendre en totalité. “Pour la majorité des individus, il n’est pas suffisant de prendre une journée ici et là pour relâcher pleinement le stress accumulé. Les travailleurs ont besoin de temps spécifiques dévoués à la relaxation, pour relâcher la tension accumulée et retourner au travail rechargé” White, Linda, 2005, http://www.canoe.ca/CareerConnectionNews/050608_workaholics.html
Elle ajoute qu’il ne faut pas tomber dans le piège d’avoir à annuler des vacances ou un arrêt de travail ou encore d’avoir à interrompre du temps de qualité avec sa famille et les siens.
A l’autre extrême, c’est-à-dire prendre une période de vacances trop longue aurait pour effet d’augmenterait l’anxiété du retour (“qu’est-ce que ce je vais trouver à mon retour au travail“).
Les avantages de prendre des vacances sont nombreux. On s’entend pour dire que les vacanciers dorment et mangent mieux, ralentissent leur rythme de vie ce qui auraient de bonnes conséquences pour le corps. Les vacanciers interrogés dans l’étude Ipsos-Reid sont unanimes à dire que les vacances permettent de reconnecter avec la famille et les amis.
Répondre à ses besoins L’étude Ipsos Reid a rapporté que seulement 54% des répondants se sentent mieux après leurs vacances. Qu’arrive-t-il au 46% autres personnes ? Mme Beuermann-King répond que trop souvent les personnes se planifient des vacances qui ne répondent pas à leurs besoins. Cela se produit souvent lorsque les vacanciers ont un horaire trop chargé par un circuit d’attractions touristiques ou un trop grand nombre de personnes à visiter. La définition des besoins conduira le vacancier à la découverte d’un nouveau coin, s’isoler sur le bord de la plage, reconnecter avec la nature ou encore s’entourer d’un climat social avec plusieurs personnes. http://pqasb.pqarchiver.com/thestar/search.html
4. Les conséquences de se priver de vacances
Kodz et al (2003) ont fait une revue d’études scientifiques sur les employés qui avaient de longues heures de travail, c’est-à-dire plus de 48 heures par semaine. Les résultats démontrent que le travail de longue durée peut amener à :
. une détérioration dans la performance des tâches ( niveau d’erreur, rythme du travail et comportement social) ;
. une plus grande fréquence de maladies et d’accidents au travail ;
. un impact négatif sur la motivation, l’absentéisme et le roulement du personnel et
. une augmentation des problèmes de santé mentale et cardio-vasculaire.
Mme Beuermann-King affirme quant à elle que les Canadiens font un lien entre “travailler fort” et “produire davantage”. Cette relation aurait des impacts négatifs sur la santé puisqu’en travaillant davantage nous devenons “pessimistes, d’humeur changeante, irritable, et perdons notre concentration plus facilement”. De plus, les longues heures de travail affectent la créativité et notre habileté à résoudre des problèmes. Au niveau physique, cela amène à avoir des maux de tête, d’être plus susceptible aux rhumes et fièvres, à avoir des problèmes de sommeil (White, Linda, 2005, http://www.canoe.ca/CareerConnectionNews/050608_workaholics.html
Un psychologue, Dr. Martin Rappeport, va dans le même sens avec la relation que plus on passe de temps au travail, plus c’est stressant et qu’il faut prendre des vacances. (Mangion, 10 août 2004, Toronto Star, http://pqasb.pqarchiver.com/thestar/search.html
5. Au niveau de la société
Le Réseau de santé canadien a tracé un tableau global de la problématique travail-vie de famille et société dans un article sur la conciliation travail-vie familiale :
“Au cours de la dernière décennie, la population canadienne a éprouvé de plus en plus de mal à concilier responsabilités personnelles et exigences professionnelles. Il en découle que les travailleurs sont plus stressés, l'état de santé physique et mentale de la population s'est détérioré, l'absentéisme est en hausse, on retire moins de satisfaction du travail, l'engagement de l'employé n'est plus ce qu'il était, le moral est à la baisse dans les entreprises, et la vie familiale est de moins en moins satisfaisante”.
“De nos jours, les travailleurs subissent toutes sortes de pressions liées aux exigences de productivité et de qualité, aux contraintes de temps et à la compétitivité. Ils doivent en même temps faire face aux pressions associées à la famille, à la maison, aux loisirs, à la communauté et à d'autres engagements. C'est lorsque la vie professionnelle rivalise d'exigences avec la vie personnelle que les conflits travail vie familiale surgissent”
(conciliation travail-vie familiale sur le site http://reseau-canadien-sante.ca)
Dr. Rappeport amène l’importance d’avoir des vacances en parlant du travail comme faisant partie de la société moderne. Il ajoute que “le travail est devenu une partie majeure de la vie et de notre conscience. Il est difficile de s’en dégager. Nous avons besoin de vacances pour avoir une perspective [de la vie] ” (Banner, Toronto Star, 5 août 2005, http://pqasb.pqarchiver.com/thestar/search.html).
Beuermann-King, nous invite quant à elle à regarder les conditions actuelles du marché du travail qui mettent souvent le travailleur dans un emploi exigeant, peu récompensé, sans sentiment de contrôle sur le travail et qui demande beaucoup d’effort. Ces conditions conduisent à des problèmes de santé tels que de maux de dos, problèmes gastro-intestinaux, de risque de cancer plus élevé ainsi que d’accidents et de dépression. Elle ajoute aussi qu’il est dans le meilleur intérêt de l’employeur de s’assurer que les vacances des employés sont prises puisque nous assistons à une montée de l’utilisation des médicaments prescrits ainsi que des absences d’invalidité du travail à court et à long terme. Les compagnies progressistes ont un système de contrôle pour s’assurer que leurs employés prennent leurs vacances. D’autres personnes vont dans le même sens : “un employé stressé et brulé peut faire plus d’erreur et prendre plus de temps de congé de maladie” (Banner, 5 août 2004, Toronto Star, http://pqasb.pqarchiver.com/thestar/search.html).
Le même article traite aussi du sujet des vacances en faisant un lien entre un plus grand nombre de semaine de vacances et une baisse de demande dans les soins de santé. Elle rapporte que même si le gouvernement est d’accord sur le principe d’accorder de l’importance aux vacances des employés, les lois en place supportent peu cette notion en offrant qu’un minimum de deux semaines par année en comparaison avec la Suède où les employés ont cinq semaines de vacances.
6. Pour vous aider à prendre vos vacances, considérez
- un bon décrochage
Il est très important de planifier un vrai temps d’arrêt et de ressourcement d’une période d’au moins 2 semaines étant donné le stress vécu par les travailleurs aujourd’hui. Il semble à cet effet que 54% des Canadiens se sentent mieux et sont plus productifs après seulement 2 semaines de vacances. Fait intéressant, en France, même si les employés ont pris une plus grande période de vacances (de trois à quatre semaines), seulement 45% d’entre eux ont ressenti le même bienfait (http:// www.theglobeandmail.com/servlet/story/LAC.20050518.GLOBETROTTER18-2/BNPrint//).
- de l’aide pour décrochez de la technologie
La dépendance technologique est une entrave aux vacances. Il existe maintenant un centre anglophone d’aide pour les personnes dépendantes de la technologie à Philadelphie, le Center for Online Addiction (http://www.netaddiction.com/bio/research.htm). Il a été fondé suite au fait que 80% des personnes interrogées avaient une relation de dépendance avec la technologie. Les symptômes de la dépendance inclus entre autre la vérification obsessive des courriels, un très grand nombre d’heures passé ‘en ligne’, un sentiment que l’internet a pris le contrôle de sa vie ou qu’il provoque un dérangement dans votre vie personnelle ou professionnelle.
- faire l’antivacances
Tel que lancée par la Maison du Portugal de Paris qui définit le concept de la facon suivante: Vacances prises après le tohu-bohu et le « cirque » du plein été, dans la sérénité propice à la vraie découverte comme à la vraie détente, là où le soleil de l'arrière-saison n'est pas un « mini-soleil ». (www.granddictionnaire.com)
- une consultation au Programme d’aide aux employés de votre organisation
De plus en plus d’organisme offre un programme d'aide aux employés. Ces spécialistes en counselling sauront vous guider dans l’atteinte de votre but.
- de l’aide pour changer une vieille habitude
C’est un tout défi que de changer une habitude. A cet effet, regarder les stages de changements de comportement sur le Réseau Canadien de la santé (http://www.canadian-health-network.ca/servlet/ContentServer?cid=1121004944155&pagename=CHN-RCS%2FCHNResource%2FCHNResourcePageTemplate&c=CHNResource&lang=Fr).
- que vous n’êtes pas indispensable
Certains se privent de vacances car ils ont l’impression que personne ne peut faire la même tâche qu’eux ou vivent de l’anxiété avec le retour au travail. Le diction le dit bien : “Il n’y a personne d’irremplaçable”. Prenez des vacances et vous verrez bien!
- la planification de vos vacances
Quelques conseils du Dr. Rappeport (Mangion, 2004, Toronto Star, http://pqasb.pqarchiver.com/thestar/search.html) :
.Retournez dans la nature à travers le camping, canot, ou bien en prenant des marches dans un parc,
.Essayer un nouveau sport ou loisir,
.Visitez différents événements culturels tels que galerie d’art ou festival de musique,
.Revenez de vacances un jour plus tôt afin de vous permettre de retrouver votre mode de vie habituel,
.Organisez une redistribution de vos tâches avec vos collègues,
.Laissez en arrière la technologie reliée au bureau : ordinateur portatif, téléphone et cellulaire et
.Faite ce que vous aimez le plus!
Bonnes vacances!
REFERENCES :
Banner, E (2004) Longer Vacations could take pressure off health care system. Toronto Star. 5 août 2005, tiré du site http://pqasb.pqarchiver.com
Fondation travail et santé mentale: http://www.fondation-travailsantementale.qc.ca/
Ipsos Reid (2005) Global Vacation Deprivation survey commissioned by Expedia tiré du site http://www.canoe.ca/CareerConnectionNews/050608_workaholics.html
Kodz, et al (2003) Working long hours: a review of the evidence. Volume 1 – main report. The Institute for employment studies. Royaume-Uni. 264 pages, site internet http://www.dti.gov.uk/er/emar/errs16vol1.pdf
Mangion, P. (2004) Letting workers recharge benefit employers, too; Toronto Star, 10 août 2004, sur le site http://pqasb.pqarchiver.com/thestar/search.html
Office de la langue française. Site http://www.granddictionnaire.com
Réseau Canadien de la santé : http://www.canadian-health-network.ca/servlet/ContentServer?cid=1093450836979&pagename=CHN-RCS%2FCHNResource%2FFAQCHNResourceTemplate&c=CHNResource&lang=Fr)
Robert, P. (1993) Le Petit Robert. Dictionnaire de la langue francaise. Paris.
The Globe and Mail : http:// www.theglobeandmail.com/servlet/story/LAC.20050518.GLOBETROTTER18-2/BNPrint//)
The Toronto Star sur les sites http://www.thestar.com et http://pqasb.pqarchiver.com/thestar/search.html
White, L. (2005) Canadians falling into ‘workaholic trap’ cité sur le site Carreerconnectiononline.com à l’adresse http://www.canoe.ca/CareerConnectionNews/050608_workaholics.html
Wintrob, S. 2005 Take time off, eh! How to relax during your vacation, Financial Post cité sur le site http://www.canada.com/national/features/summerguide2005/ontario/index.html
