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Le bilinguisme retarderait de quatre ans l’apparition de la démence

le 9 mars 2007

Des chercheurs canadiens ont découvert des preuves étonnantes selon lesquelles l’utilisation de deux langues pendant toute sa vie aiderait à retarder de quatre ans l’apparition des symptômes démentiels, comparativement à l’utilisation d’une seule langue.

On s’intéresse de plus en plus dans la littérature scientifique à l’influence qu’ont plusieurs facteurs de style de vie comme l’activité physique, l’éducation et l’implication sociale sur l’établissement de « réserves cognitives » plus tard dans la vie.

Par « réserves cognitives », on veut dire l’amélioration de l’agilité neurale, l’utilisation de zones cérébrales alternatives et l’amélioration de l’irrigation sanguine du cerveau, autant de facteurs qui protégeraient contre l’apparition des symptômes démentiels.

Récemment, des chercheurs affiliés au Rotman Research Institute du Baycrest Research Centre for Aging and the Brain (centre de recherche sur le vieillissement et le cerveau) ont trouvé les premières preuves de l’effet favorable d’un autre facteur de style de vie, soit le bilinguisme, sur le retardement de l’apparition des symptômes démentiels.

L’étude en question paraît dans le numéro de février 2007 de la revue Neuropsychologia.

« Ces résultats nous ont vraiment éblouis ! », s’est exclamée l’investigatrice principale, la Dre Ellen Bialystok, dont l’équipe de recherche se composait également du Dr Fergus Craik, psychologue et autorité mondiale sur les changements liés au vieillissement et les processus de la mémoire, et du Dr Morris Freedman, spécialiste des mécanismes sous-jacents de la dysfonction cognitive attribuable aux maladies comme l’Alzheimer.

« Notre étude nous a permis de constater que le fait de parler deux langues pendant toute sa vie semblait contribuer à retarder de quatre ans l’apparition des symptômes de la démence, comparativement aux personnes unilingues », a expliqué la Dre Bialystok, professeure de psychologie à l’Université York et chercheuse associée au Rotman Research Institute.

Cette étude fait écho à plusieurs rapports publiés précédemment par la Dre Bialystok et ses collègues qui ont montré que le bilinguisme stimulait l’attention et le contrôle cognitif et ce, tant chez les enfants que chez les adultes âgés. Ces résultats précédents avaient poussé la Dre Bialystok et son équipe de recherche à poser la question suivante : « Quel est donc l’impact sur l’apparition de la démence ? »

Dans le cadre de la présente étude, les chercheurs ont tenté de trouver réponse à cette question en examinant les rapports diagnostics de 184 patients qui avaient consulté l’équipe de la Sam and Ida Ross Memory Clinic (fait partie du Baycrest Research Centre) entre 2002 et 2005 pour des problèmes d’ordre cognitif.

De ce groupe, 91 personnes étaient unilingues et 93 autres, bilingues. Les personnes bilingues parlaient 25 langues différentes, notamment le polonais, le yiddish, l’allemand, le roumain et le hongrois.

Les chercheurs ont trouvé que 132 patients répondaient aux critères d’une maladie d’Alzheimer probable; les 52 autres étaient atteints d’une autre forme de démence. Les données sur les patients incluaient leurs résultats au mini-examen de l’état mental (MEEM – une évaluation des fonctions cognitives générales), leur nombre d’années de scolarité et leur occupation.

Les résultats du MEEM étaient équivalents chez les groupes unilingue et bilingue lors de la consultation initiale, ce qui indique un niveau de dysfonction comparable. L’âge auquel la dysfonction cognitive est apparue a été déterminé par le neurologue lors de la première visite à la clinique. Entre autre, celui-ci demandait aux patients et à leurs proches ou soignants à quel moment ils avaient remarqué les symptômes pour la première fois.

Les chercheurs ont déterminé que la moyenne d’âge des patients lors de l’apparition des symptômes était de 71,4 ans chez le groupe unilingue, comparativement à 75,5 ans chez le groupe bilingue. Cette différence a même résisté à l’examen d’autres facteurs comme les différences culturelles, l’immigration, l’éducation formelle, l’emploi et le sexe.

« Il n’existe aucune intervention pharmacologique qui produise un effet aussi spectaculaire », a déclaré le Dr Freedman, chef de la division de neurologie et directeur de la clinique sur la mémoire du centre Baycrest, en faisant allusion au retard de quatre ans affiché par les patients bilingues en ce qui concerne l’apparition des symptômes démentiels.

« Ces données montrent un effet protecteur énorme », d’ajouter le co-investigateur, le Dr Craik. Notant qu’il s’agit d’un résultat préliminaire, ce dernier a tout de même indiqué que cette étude faisait écho à plusieurs autres découvertes récentes sur les effets du style de vie sur la démence.

L’équipe travaille actuellement à une étude de suivi qui examinera en profondeur l’effet du bilinguisme sur l’apparition de la démence. Les chercheurs prévoient réaliser des entrevues et des évaluations cognitives auprès des patients bilingues et unilingues de la clinique sur la mémoire du centre Baycrest. Ils comptent aussi suivre ces patients pendant quelques années.

Source : Baycrest Centre for Geriatric Care – Femmesensante.ca 

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