OBJECTIFS EN MATIÈRE DE SANTÉ – UNE STRATÉGIE PAN-CANADIENNE
Par : Connie Clement, directrice générale, Centre ontarien d’information en prévention
D’ici un an, les nouveaux objectifs du Canada en matière de santé publique devraient avoir reçu l’approbation du gouvernement fédéral. En septembre dernier, dans le cadre de l’élaboration d’une stratégie pan-canadienne pour le secteur de la santé, les premiers ministres se sont mis d’accord pour « établir des buts et des cibles pour améliorer l’état de santé de la population canadienne en s’alliant à des experts. » Cette décision s’appuie sur la prémisse que la définition d’objectifs communs servira de cadre à partir duquel les différents gouvernements provinciaux et territoriaux et le gouvernement fédéral pourront aligner leurs efforts respectifs et conjoints en matière de santé publique. Les objectifs seront atteints lorsque, au cours de l’étape suivante, chaque instance établira des cibles pertinentes lui permettant de surveiller les activités engagées relativement à son mandat, ses capacités et ses priorités. Le processus fédéral-provincial-territorial est dirigé par Carolyn Bennett, ministre d'État à la Santé publique, et Theresa Oswald, ministre déléguée à la vie saine au Manitoba.
À partir de la fin mars et jusque dans le courant de l’été, sera organisée une série de consultations sur invitation : tables rondes régionales; tables rondes thématiques ou portant sur une question précise (par exemple : sommet de la jeunesse, questions autochtones, et tables rondes animées conjointement par les Centres de collaboration de l’Agence de santé publique); elles seront suivies de près par des tables rondes de citoyens. En parallèle, sera mis en place un processus électronique d’engagement des citoyens, similaire à celui dont s’est servie la Commission Romanow. Tous les Canadiens et Canadiennes sont invités à utiliser le site Web sur les objectifs de santé publique, le cahier d’exercices, le sondage et les fenêtres de dialogue afin d’y faire leurs suggestions. On a également demandé aux députés d’organiser des consultations à l’échelle locale. En principe, les unités de santé publique, les centres de santé communautaire et les autres organismes de promotion de la santé participeront directement à ces actions en organisant des débats publics et des consultations ou en encourageant la participation de la collectivité. Une rencontre nationale aura lieu à l’automne en vue de ratifier ces objectifs et de fournir des conseils aux premiers ministres quant aux démarches à mettre en œuvre durant la prochaine étape du processus, et notamment en vue de définir des cibles permettant de faire le suivi des progrès réalisés pour atteindre les objectifs fixés.
Ce projet d’établissement d’objectifs en matière de santé publique vient renforcer le travail entrepris au Canada ces vingt dernières années avec plus ou moins de succès. En 1994, le Comité consultatif fédéral-provincial-territorial sur la santé de la population (CCSP) démarrait un projet visant à définir des objectifs nationaux en matière de santé. Dans un souci de cohérence, ce comité réexaminait les objectifs que les provinces et territoires s’étaient fixés à l’époque et, en 1996, il recensa les 14 « défis » (s’interprétant plutôt comme des objectifs) présentés dans le Premier rapport sur la santé de la population canadienne. Ces défis visaient l’amélioration des déterminants de la santé. En 1997, on y donnait suite en élaborant des directions stratégiques et en 2000, les sous-ministres mettaient à jour ces directions stratégiques et adoptaient une série minimale d’indicateurs.
La plupart des provinces et territoires ont également défini des objectifs. En 1987, en Ontario, le Groupe d'experts sur les objectifs en matière de santé en Ontario, présidé par Roberts Spasoff, recommandait sept objectifs en matière de santé, à savoir : parvenir à l’équité en matière de santé; permettre à la population ontarienne d’atteindre le plein épanouissement de sa santé; augmenter l’espérance de vie de la population ontarienne; offrir des milieux favorables à la santé; encourager les attitudes qui favorisent la santé; fournir des services de santé qui ont pour objet d’appuyer la santé; instaurer des politiques publiques qui favorisent la santé. Le Groupe d’experts a recommandé des objectifs connexes, ainsi que des stratégies et des actions pour atteindre les sept objectifs principaux.
D’autres pays effectuent des démarches semblables
- Au début des années 90, l’Angleterre a commencé par cibler cinq états de santé donnés. À l’heure actuelle, le Royaume-Uni s’est résolument engagé à réduire les inégalités en matière de santé publique. Cet engagement s’accompagne de deux cibles nationales (l’une axée sur l’amélioration de la santé des enfants et l’autre sur les régions connaissant l’espérance de vie la plus faible).
- La politique en matière de santé publique de la Suède, vieille de deux ans, cherche à intégrer la santé publique dans la politique sociale du pays. Le but primordial visé est de créer les « conditions voulues pour que toute la population bénéficie des mêmes chances d’être en bonne santé. » Onze objectifs ont été fixés en matière de santé afin d’en améliorer les déterminants.
- Le plan d’action « Healthy People 2010 » lancé par les États-Unis comporte deux objectifs très importants : améliorer l’égalité en matière de santé et augmenter l’espérance de vie, et éliminer les disparités relatives à la santé. Ces objectifs sont appuyés par de nombreuses cibles connexes. Pratiquement tous les états ont instauré un tel plan d’action.
En dépit du degré de cohérence élevé quant aux améliorations recherchées en matière de santé publique, il existe des variations importantes d’un bout à l’autre du pays et d’une instance à l’autre en termes de types d’objectifs visés, de méthodologie adoptée pour la consultation et de processus d’approbation. Les divers objectifs et enjeux approuvés au Canada au cours des quinze dernières années indiquent que les fonctionnaires – aussi bien les hauts fonctionnaires que le personnel de soutien – comprennent et montrent, par leur engagement, l’importance des déterminants de la santé. Le Comité consultatif sur la santé de la population du Canada (CCSP) a fait remarquer que les processus d’établissement des objectifs eux-mêmes ont joué un rôle important pour amener une compréhension des déterminants de la santé. En raison précisément du consensus notable qui existait précédemment dans les instances canadiennes, le processus actuel est en mesure d’améliorer la situation plutôt que devoir partir de zéro. Il propose par conséquent des mesures ciblées et rapides. Toutefois, le CCSP a également constaté que les divers objectifs établis précédemment n’ont pas été directement intégrés aux mécanismes de planification, de prise de décision et de reddition des comptes de façon significative dans la plupart des provinces et territoires. On risque par conséquent de créer des objectifs qui n’aboutiront pas aux résultats escomptés – servir de base à la coordination de la planification, des politiques et des initiatives de programmes.
Qu’est-ce qui va permettre de garantir que les objectifs 2005 en matière de santé publique aboutiront aux résultats escomptés?
- Les objectifs 2005 en matière de santé publique doivent être suffisamment larges et établis dans une perspective d’avenir.
- Le processus d’approbation doit recueillir l’appui et l’engagement de tous les intéressés, et lier le gouvernement actuel et les prochains gouvernements. De plus, les objectifs doivent être appuyés par des structures qui garantissent une reddition des comptes de la part de tous les ministères et des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux.
- Le processus d’établissement de nos nouveaux objectifs en matière de santé publique doit renforcer l’infrastructure de ce secteur, engager une participation élevée des collectivités et des professionnels, et intégrer l’éducation en matière de la santé du public et de la population, et des déterminants de la santé.
Le Canada a choisi d’inscrire ces objectifs à venir au titre d’objectifs en matière de « santé publique » plutôt qu’en matière de « santé », ce qui présente l’avantage de pouvoir aborder clairement les déterminants de la santé et du bien-être collectif plutôt que de susciter la création d’objectifs portant sur le traitement, la guérison et les soins. L’attention centrée sur les objectifs propres à la santé publique confère des rôles clés de leaders à la nouvelle Agence de santé publique du Canada, à la Ministre d'État (Santé publique) dont le poste a récemment été créé, et à l’un des quelques nouveaux ministres provinciaux ayant pour mandat particulier la santé de la population. Ce leadership doit être accompagné de l’appui d’un public, de professionnels de la santé et de politiciens intéressés et prêts à coopérer, qui comprennent dans quelle mesure la politique en matière de santé publique naît de la coopération interministérielle et intergouvernementale.
Si on ne limite que les objectifs à la santé publique on risque – dans le cas où l’on ne recueillerait pas la volonté politique et l’effort collectif suffisants – de les marginaliser et, avec eux, l’ensemble de la santé publique, ne leur faisant récolter que 2 ou 3 % du budget de la santé qui finance la santé publique. Dans ce cas, les objectifs ne seraient pas en mesure d’influer de manière pertinente sur la politique sociale dans son ensemble – telle que la réforme concernant le revenu et les impôts, le logement, l’éducation, le développement du jeune enfant et son apprentissage – indispensable pour assurer la santé de la population et réduire les iniquités à cet égard. En Angleterre, ce sont le premier ministre et le ministre des finances qui se départagent les rôles de premier plan afin de résoudre les iniquités en matière de santé; dans son évaluation financière de toutes les politiques proposées, le ministre des finances doit examiner l’impact de celles-ci sur la santé.
Les objectifs qui ont été fixés jusqu’à présent n’ont eu qu’un pouvoir minime en raison des changements de gouvernement. Bien qu’ils aient été établis par des fonctionnaires dans toutes les instances et qu’ils aient fait l’objet de consultations publiques et d’experts, ils semblent avoir été considérés comme reflétant la politique d’un parti et liés à un gouvernement donné plutôt que d’être accueillis comme un engagement permanent appuyé par les différents partis. Si ce projet peut se prolonger assez longtemps pour permettre aux provinces et territoires de définir des objectifs et des indicateurs, les objectifs pan-canadiens en matière de santé publique auront des chances de devenir un outil de gestion de la santé durable.
Cela en vaut-il la peine?
Oui, certainement. Mais pour que le processus d’établissement des objectifs aboutisse et qu’il ait des effets durables, il doit être conçu et mené de sorte à renforcer l’infrastructure de la santé publique au Canada. Il doit également faire appel à des méthodes d’approches basées sur un engagement civique en vue de forger une compréhension générale – de même que politique et professionnelle – des déterminants de la santé et un engagement vis-à-vis de leur amélioration, en tant qu’éléments sous-jacents de l’amélioration de la santé des Canadiens.
Alors, sur quoi va porter la consultation de cet été?
À l’heure actuelle, on propose six thèmes à l’étude pour la consultation canadienne. (Le processus consultatif est à un pas de proposer des objectifs en suspendant toute action à l’étude dans les domaines suggérés!) Les thèmes qui ont été proposés pour lancer les consultations sont les suivants :
- Occasions de développement et d’apprentissage sains de la naissance à la mort
- Appui des collectivités et milieux de travail sains
- Milieux sécuritaires, diversifiés et durables
- Populations vulnérables
- Mesures de soutien pour appuyer les compétences, les aptitudes et les choix personnels qui favorisent la santé
- Système de santé intégré offrant des mesures de soutien
Il est déjà ressorti clairement des discussions qui ont eu lieu lors des premières consultations que les objectifs définitifs divergeront des thèmes initialement suggérés. On a ainsi proposé de remplacer l’idée de « populations vulnérables » par un thème qui porterait sur l’équité; les participants ont aussi exprimé leurs préoccupations quant aux lacunes (p. ex., la santé mentale) et proposé des idées de changement d’un certain nombre de thèmes (p. ex., l’idée de séparer le milieu communautaire du milieu de travail).
Le succès de cette initiative repose sur un taux de participation élevé
Pour vous procurer des outils et des références, consulter le site Web à l’adresse www.healthycanadians.ca. Affichez-y un lien menant au site de votre organisme. Faites une demande de dépliants pour en distribuer largement autour de vous. Publiez un court article dans le journal communautaire local. Organisez une réunion communautaire et inscrivez-la à l’ordre du jour de votre conseil ou de votre groupe consultatif. Encouragez vos partenaires communautaires à en faire de même. Faites la promotion des activités entreprises sur le site Web des objectifs pour la santé publique. Faites-le dès maintenant, et vous saurez que vous et ceux qui vous entourent, aurez contribué à l’établissement d’objectifs qui orienteront la réforme et le développement de la santé publique et aideront du même coup notre société à offrir à toutes et à tous la santé.
